Le Managed Care aux Etats-Unis:

état actuel et orientations futures

Sylvia MORIN 1, André MORIN 2

1. Clinique du Val Josselin, 22120 YFFINIAC (France)

2. Protagonists, Paris

Qu'est-ce exactement que ce Managed Care dont tout le monde parle ? Rappelons sa définition : c'est un système de gestion rigoureuse de la délivrance des soins médicaux couplée à son financement dans le but de réduire ou de contenir leur coût. Le Managed Care est donc un partenariat entre fournisseurs de soins et financeurs (assureurs). Ceux-ci utilisent différents moyens pour restreindre les dépenses. Le contrôle de l'utilisation et de l'accès à ces soins en constitue l'un des principaux. Plus loin, nous décrirons la création de filières et de réseaux de soins parmi les moyens ainsi que l'intégration d'un troisième partenaire, parfois d'un quatrième, sous forme de Pharmaceutical Benefit Management (PBM) et de Disease Management.
 
 

I. HISTORIQUE


Pour mieux comprendre le développement du Managed Care outre-Atlantique, il est pertinent de rappeler quelques étapes historiques.
La gestion coordonnée des soins et de leur financement n'a rien de nouveau aux USA. Déjà au moment de la guerre d'indépendance, le Général George Washington contracta pour un prépaiement à prix fixe la délivrance de soins, notamment chirurgicaux, pour ses troupes.

Plus près de notre époque, différents présidents américains prirent des initiatives en ce qui concerne la santé publique et l'assurance maladie. Franklin Roosevelt dans les années 1930, l'époque de la grande dépression économique, essaya à l'occasion de la politique du "New Deal" d'ajouter à la création de la sécurité économique des citoyens une assurance maladie au niveau national. Mais par crainte de menacer l'adoption de son programme de Sécurité Sociale qui sert une pension à partir de 65 ans à toute personne ayant travaillé, ses conseillers repoussèrent l'idée de la couverture médicale qu'ils laissèrent aux assureurs privés.

Le Président Harry Truman, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, a pu faire voter la délivrance de soins aux personnes âgées nécessiteuses. Sous l'impulsion du Président Lyndon Johnson en 1964, le Congrès étendit les prestations de soins à tous les bénéficiaires de la Sécurité Sociale. C'était le programme Medicare pour les citoyens âgés. Puis suivit le programme Medicaid pour les personnes démunies quel que soit leur âge.

Dans les années 1970, le Président Richard Nixon proposa l'extension des programmes Medicare et Medicaid à un système d'assurance maladie généralisée par un plan dit "Comprehensive Health Insurance Plan", non approuvé par le Congrès en première lecture. Puis ce plan fut mis de côté en raison de la négociation de la fin de la guerre du Vietnam qui accabla le premier terme présidentiel. Et le scandale du Watergate mit prématurément fin au second mandat de R. Nixon.

Les présidents Ford, Carter, Reagan et Bush, occupés par maints autres problèmes, ne prirent pas d'initiatives importantes en matière de santé publique. D'ailleurs, pendant leurs mandats il n'existait pas de sentiment national d'urgence ou de crise, d'autant plus qu'une majorité d'Américains était assurée au moyen de plans mis en place par les Etats, ou sous leur contrôle, et financés pour la plupart par les employeurs. D'autre part, la privatisation de plus en plus poussée des hôpitaux et d'autres organismes de soins ainsi que la pénétration de sociétés d'assurances privées à but non lucratif comme Blue Cross puis Blue Shield et la Fondation Kaiser, parmi les plus importantes, évitaient au gouvernement des dépenses dans le domaine de la santé (20).

Enfin, à partir des années 1980 le Managed Care a pris son essor tel que nous le connaissons aujourd'hui. Bien avant l'élection du Président Clinton, de nouvelles méthodes de gestion des soins visant la réduction de leur coût excessivement croissant ont démarré à l'initiative d'assureurs privés. Les initiatives de ceux-ci intervenaient en réponse aux demandes des gros employeurs qui exigeaient non seulement une assurance maladie convenable pour leurs employés, mais aussi un ensemble de prestations qui ne dépassaient pas les taux plafonnés des cotisations.

Pour répondre à cette demande, différentes modalités de soins gérés ont donc vu le jour. Elles ont dû s'adapter à un milieu compétitif, contrairement à ce qui se passe en France où l'assurance maladie n'est pas concurrentielle. Les employeurs privés américains négocient donc avec les organismes de Managed Care et souscrivent un contrat avec celui qui offre la meilleure qualité de soins au meilleur prix.

Aujourd'hui le Managed Care, en réduisant le coût des soins, les a rendus accessibles à un plus grand nombre de personnes aussi bien sur le plan individuel et familial que sur le plan collectif. On peut dire qu'à présent, la santé américaine a subi une réforme industrielle bien avant la réforme politique si attendue. Cependant, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le rejet de la réforme proposée par le plan Clinton, très médiatisé, n'a pas bloqué la politique de santé publique. Au contraire, celle-ci a changé plus que durant les vingt années qui ont précédé ce plan.

Comme souligné dans un précédent article (24), un des grands mérites du plan Clinton a été de galvaniser la conscience nationale concernant le problème et la nécessité d'une réforme du système de santé. Depuis l'échec de la réforme originellement proposée, trop complexe, trop mal conçue et trop contestée pour être adoptée, le Président Clinton a changé de tactique.
Aujourd'hui une approche plus acceptable consiste à adopter des réformes ponctuelles en s'appuyant sur les renseignements tirés de l'expérimentation et de l'innovation pratiquées par les Etats et par les organisations de Managed Care. Bien que la couverture universelle ne soit pas encore acquise, quelques petites étapes viennent d'être franchies.

Ainsi, en juin 1996, le Congrès américain a voté une loi permettant aux employés qui changeaient ou perdaient leur travail de continuer à bénéficier pendant 6 mois de l'assurance maladie qu'ils avaient contractée durant leur emploi. Car jusque là, ils perdaient cette assurance en quittant l'employeur. Cette même année l'American Medical Association a réussi à faire adopter par le Congrès l'obligation pour les HMOs et assureurs, d'assurer au moins 48 heures d'hospitalisation lors d'un accouchement. Car avant cette loi, certains assureurs privés encourageaient des 'drive through deliveries" (renvoi de la parturiente quelques heures après une naissance). Plus récemment encore le Président Clinton vient de proposer dans le cadre du budget 1998 un programme de couverture pour 5 des 10 millions d'enfants américains qui ne disposent actuellement d'aucune assurance maladie. Enfin, les personnes qui, tels les artisans et les professions libérales, travaillent isolément (self-employed) auront droit à une plus grande exonération fiscale pour leurs frais médicaux. La réforme est en marche - très lentement mais sûrement - grâce en large partie aux méthodes du Managed Care.
 
 

II. ORGANISATION STRUCTURELLE


Examinons maintenant le fonctionnement des organismes de Managed Care. Tout d'abord, quelle est la différence entre l'assurance maladie traditionnelle aux USA et le Managed Care ? C'est que depuis le début du siècle les contrats d'assurance maladie étaient traditionnellement de type "indemnitaire" (indemnity insurance) à guichet ouvert et avec libre accès aux systèmes de soins. Ceci favorisait la séparation entre les assureurs et les prestataires de soins.

Par la suite, le développement du Managed Care a conduit à l'élaboration de différentes structures organisationnelles qui rapprochaient les assureurs et les fournisseurs de soins. L'introduction d'incitations financières et d'outils de gestion a entraîné la mise en place de procédures plus ou moins contraignantes qui permettent le partage du risque.

D'après E. Lévy et V. Rodwin [21] on peut classifier la structure des organismes de Managed Care en 4 modèles :
 

1. L'assurance maladie à gestion encadrée (managed indemnity)

C'est le remboursement d'une somme calculée de façon actuarielle pour tout service médical consommé (fee for service : paiement à l'acte) mais sous contrôle prospectif et continu sur l'utilisation des soins, par exemple l'utilisation des médicaments (drug utilization review).
 

2. L'assurance maladie incitative

Il y a incitation à se faire soigner au sein d'un groupement ou d'un réseau de soins dit PPO (Prefcrred Providers Organization). Il s'agit d'un groupe de médecins et d'autres prestataires de soins qui s'entendent avec l'assureur pour ne pas dépasser un prix plafonné des services.
 

3. L'intégration d'assurance maladie et de production des soins

C'est le Health Maintenance Organization (HMO), qui pratique le prépaiement des soins à un prix forfaitaire annuel, et restreint le choix des fournisseurs de soins. De plus, l'accès aux traitements est soumis à autorisation par un médecin, le plus souvent un généraliste, dit "gate-keeper" (celui qui garde la porte d'entrée ou littéralement le garde-barrière).

Ce type de modèle, le HMO, est lui-même organisé selon une des modalités suivantes :

a) Le staff model

Le HMO salarie les médecins qui travaillent en équipe pluridisciplinaire. Le HMO possède son centre de soins ambulatoires et son hôpital.

b) Le group model

Le HMO passe des contrats avec des groupes de médecins qui s'organisent en général en groupes pluridisciplinaires (multispeciality group practice) et reçoivent un prix fixe per capita pour les soins donnés sans tenir compte du volume des actes effectués.

c) L 'Independant Physician (oa Practition er) Association (IPA)

Le HMO passe des contrats avec des médecins individuels ou des groupes de médecins indépendants qui exercent dans leurs propres cabinets et qui sont rémunérés à l'acte (fee for service). Mais certains IPA organisés en groupes choisissent un directeur médical qui négocie avec le HMO un prix forfaitaire per Capita ainsi que le respect de certaines procédures de contrôle.
 

d) Le network model (réseaux)

Le HMO passe des contrats aussi bien avec des médecins organisés, en "multispeciality group practice" qu' avec ceux organisés en IPA ou en staff model. Il peut également passer accord avec certains hôpitaux et d'autres organismes de soins. Ce sont des filières et des réseaux de soins.
 

4. Le point of service plan (POS)

Il s'agit d'un HMO ouvert. C'est-à-dire que le HMO autorise le bénéficiaire du contrat de soins à être soigné en dehors du centre ou du réseau des traitements, à condition de payer une prime d'assurance plus élevée.

On connaît aux Etats-Unis l'importance et la prolifération des HMOs, qui gèrent à la fois les modalités de soins et leur financement. Mais comme le montre cette classification, ce ne sont pas les seuls exemples de structures de Managed Care. C'est la structure du premier modèle décrit ci-dessus, l'assurance maladie à gestion encadrée (managed indemnity), qui ressemble le plus au système français car il y a paiement à l'acte et liberté du choix du prestataire de soins, mais sous contrôle et à prix fixé par convention.
 

5. Physician sponsored organizations (PSO)

En plus de ces quatre modèles structurels du Managed Care décrits par E. Levy et V. Rodwin, un modèle plus récent s'est formé. Il ressemble à un IPA élargi. C'est-à-dire qu'un groupe de médecins se met d'accord pour négocier des prix et volumes par paiement à l'acte avec toute compagnie d'assurance, HMO, Health Plan ou hôpital qui s'intéresse à constituer avec le groupe une filière ou réseau de soins. En général, les patients relevant du Medicare sont limités à 10 ou 15 % et Medicaid est refusé.

On peut voir dans tous ces modèles des recoupes et des similitudes, mais leur classification permet de définir des termes fréquemment rencontrés dans la littérature consacrée au Managed Care.
 

III. ASPECTS FINANCIERS : INCITATIONS A LA MAITRISE DES DEPENSES


Etant donné que 70 % des dépenses de santé sont directement liés aux décisions médicales prises par les médecins, les MCOs (Managed Care Organizations) et les compagnies d'assurance tentent d'influencer les décisions médicales. Contrairement au système de paiement à l'acte en toute liberté où les médecins n'encourent aucun risque, dans les organismes de Managed Care, les financeurs transfèrent aux médecins et autres prestataires de soins tout ou partie du risque financier, ce qui les incite à réduire les dépenses.

Pour les MCOs qui sont à la fois prestataires de soins et assureurs, le paiement prospectif (prix forfaitaire réglé au début du contrat) représente, bien entendu, un risque financier. Mais le risque clinique existe aussi. Et il est nécessaire de parvenir à une qualité suffisante des soins au moindre coût. Nous verrons au chapitre des outils de gestion des méthodes qui combinent l'économie et la bonne qualité des soins.

Tous les modèles décrits ci-dessus font appel à différents types d'incitations financières. Celles-ci s'articulent autour de deux mécanismes intimement liés : les modes de rémunération des prestataires de soins, et les systèmes de partage de risque entre assureurs et fournisseurs de  soins.
 

1. Modes de rémunération des prestataires

En ce qui concerne les HMOs organisés autour du Staff Model (médecins salariés) et du Group Model (rémunération per capita à prix forfaitaire i.e. capitation), la direction peut employer des incitations telles l'octroi d'un bonus ou d'une ristourne pour diminuer le volume des actes et pour restreindre l'accès aux spécialistes et à l'hospitalisation. D'ailleurs, la capitation à prix forfaitaire pour chaque acte médical quel que soit son importance, n'encourage pas une prise en charge médicale trop poussée.

Certains HMOs ont été critiqués parce qu'ils incitent les médecins à ne pas divulguer de l'information aux malades (cela s'appelle le "gag"), afin d'éviter que les patients exigent des soins coûteux lorsque ceux-ci ne sont pas urgents ou strictement nécessaires. Si un médecin n'applique pas les consignes, il risque de perdre sa place.

Pour les médecins organisés autour des IPAs (Independant Physician Association) et des réseaux (networks), c'est plutôt la pratique de sanctions financières en cas de dépassement d'objectifs fixés, par exemple des retenues d'honoraires, et à l'inverse, des ristournes en cas de moindres dépenses.

Ainsi, même pour la tarification à l'acte, il existe divers systèmes de bonus et de rémunération basée sur des résultats sous forme d'un pourcentage retenu ou ristourné, selon que les dépenses ont dépassé ou non les limites initialement prévues. Ceci est possible seulement parce qu'aux Etats-Unis l'ensemble des prestations à l'hôpital ou en ambulatoire font l'objet d'une codification détaillée permettant un chaînage des informations soit sur le médecin, soit sur le malade. En tout cas, ces incitations encouragent les médecins à pratiquer leur art de façon économe.

A ce point de notre exposé, il faut savoir qu'un grand nombre d'HMOs ont été créés par des capitaux privés, la plupart à but lucratif, mais aussi certains à but non lucratif. La seule différence se situe au niveau des statuts juridiques et fiscaux. On comprend donc mieux que depuis quelques années, plusieurs HMOs privés ont fusionné, le plus souvent des networks models et des POS (Point of Service) plans. La tendance actuelle des HMOs est en effet de s'agrandir de plus en plus pour mieux gérer les risques. Certaines grandes compagnies d'assurance privées possèdent et leurs HMOs et leurs propres réseaux de soins. Ces gros organismes de soins sont introduits en bourse et proposent de nombreux systèmes de partage du profit, non seulement pour les médecins mais aussi pour tout le personnel à qui peuvent être attribuées des actions gratuites ou des options d'achat à un taux préférentiel (stock options). On peut comprendre que cette cotation en bourse exerce un effet considérable sur la motivation du personnel.
 

2. Le partage des risques entre financeurs (assureurs) et prestataires de soins

Les systèmes de transfert du risque financier à ceux à qui revient la responsabilité de gérer la prime d'assurance, c'est-à-dire médecins, hôpitaux et autres prestataires, sont différents. Aux Etats-Unis cette prime d'assurance est versée soit par l'employeur et les employés, soit par Medicare et Medicaid, soit par des bénéficiaires non pris en charge dans le cadre de leur travail. Ces systèmes de transfert dépendent davantage d'outils de gestion provenant de systèmes d'information et intégrant des stratégies élaborées. Les modes de rémunération des médecins interviennent aussi mais à un moindre degré. En effet, la rémunération par capitation totale transfère le risque financier aux prestataires de soins. De même pour le paiement à l'acte à prix plafonné et à volume contrôlé.

Pour la majorité des différents contrats d'assurance maladie, le risque est partagé à un degré plus ou moins important entre le payeur et le bénéficiaire par l'adjonction d'une "co-insurance", équivalente à l'assurance complémentaire des mutuelles en France, ou/et d'un "deductible" franchise. Dans ce dernier cas, le remboursement des soins n'intervient qu'au-delà d'une certaine somme à la charge du patient, et le montant est habituellement de l'ordre de $100 à $1000 par an selon l'assureur et le type de contrat souscrit. Dans le programme Medicare, la "co-insurance" est souvent appelée "Medigap".

En ce qui concerne le risque financier, il faut ajouter ici que les malades à haut risque, c'est-à-dire ceux atteints d'une affection chronique et coûteuse, se voient souvent refuser une prise en charge par les organismes d'assurance privée, qui transfèrent les mauvais risques à l'hôpital public. Car les hôpitaux publics sont dans l'obligation de prendre en charge dans leurs services d'urgence tout malade, avec ou sans couverture sociale, dont l'état nécessite des soins et au besoin une hospitalisation. De ce fait ces établissements publics reçoivent en compensation une subvention de l'Etat et des avantages fiscaux.
 

IV. OUTILS DE GESTION

L' utilisation de systèmes d'information et l'élaboration de stratégies gestionnaires constituent des outils habituels de gestion (21). Parmi ces derniers. les plus fréquents sont les suivants :
 

1. Transmission et analyse de l' information

Les Managed Care Organizations (MCO) ont des systèmes informatiques très élaborés qui permettent une analyse fine, non seulement de la comptabilité, mais aussi des dépenses par catégorie de malades et par catégorie de médecins et d'autres prestataires de soins. Ces systèmes permettent également de suivre individuellement les dépenses concernant un malade ou un fournisseur de services C'est un équivalent de notre système de PMSI.
En ce qui concerne l'information médicale, le codage des actes et des pathologies (Groupes Homogènes de Malades : Diagnostic Related Groups) sert de base au calcul du montant des remboursements aussi bien à l'hôpital qu'en ambulatoire.

En ce qui concerne les médecins, des références médicales (guide-lines) constituent des outils d'évaluation d'une bonne pratique médicale.
 

2. Contrôle prospectif et contrats sélectifs

Un des principes de la maîtrise du coût des soins réside dans la mise en place de systèmes d'autorisations préalables avant tout recours aux spécialistes et à l'hospitalisation. Ces autorisations sont bien plus systématiques que nos ententes préalables. Les acheteurs de soins médicaux (employeurs, assureurs) cherchent à souscrire des contrats d'assurance les moins chers mais avec une couverture suffisante. Du côté des prestataires, que ce soit des IPA ou des organisations hospitalières, ces contrats définissent des prix, des volumes et la durée en cas d'hospitalisation, ainsi que l'obligation de se soumettre à certains contrôles et aux autorisations pré-citées. Du côté des acheteurs, pour les soins ordinaires, les employeurs ou assureurs identifient les médecins économes, parfois au moyen de fichiers qui permettent de comparer les pratiques de chacun. Pour les soins spécialisés, les acheteurs cherchent le meilleur rapport qualité-prix.
 

3. Contrôle de l'utilisation des soins

Les organismes de Managed Care exercent un contrôle continu avec suivi longitudinal des services médicaux ("concurrent review" : contrôle prospectif). Un bon exemple concerne les séjours hospitaliers dont la durée est limitée. Dans certains cas, une prolongation soumise à autorisation peut être accordée.
Le contrôle rétrospectif (retrospective review) des services est employé par cer-tains organismes de Managed Care. Sur l'avis d'un médecin expert choisi, ils peuvent refuser de rembourser des traitements inutiles, ou parfois même demander la restitution d'un remboursement.

Le contrôle des prescriptions (drug utilization review) utilise différents moyens d'économie, tels le remboursement limité aux médicaments génériques. Dans le programme Medicare, les médi-caments ne sont pas remboursés. Mais les pharmaciens font un rabais de 10 % pour ces patients. Il existe aussi un système d'achat par correspondance de médicaments à prix contrôlé. Certains HMOs et fondations demandent un prix forfaitaire pour les médicaments prescrits lors d'une consultation. Pour la Kaiser Foundation, ce prix est de $7.
 

4. Contrôle de la qualité des soins

Des études d'évaluation des résultats des traitements (outcome mesures) et leur efficacité sont largement utilisées aux Etats-Unis. Elles servent à élaborer des références médicales. L'étude détaillée de la satisfaction des patients joue également un rôle important dans l'évaluation de la qualité des soins.

L'évaluation des pratiques médicales par des pairs (peer review) est utilisée pour identifier les médecins qui transgressent trop fréquemment des références médicales.

Les hôpitaux et les HMOs publiques ont une obligation de qualité de soins "suffisante". Pour recevoir une subvention du gouvernement, ils doivent obtenir une accréditation. Celle-ci est donnée par une commission gouvernementale, le 'Joint Commission on Accreditation of Health Organisatons" (JCAHCO). Les hôpitaux et HMOs privés ne sont pas obligés d'être accrédités. Mais en fait, le plus souvent ils demandent une accréditation à la JCAHCO en raison de la concurrence. La compétition entre fournisseurs de soins aboutit à la meilleure qualité au moindre prix.
 

5. Applications

L'application de ces quatre outils de gestion a conduit au développement de certaines pratiques ayant engendré une terminologie qui fait couler beaucoup d'encre aux Etats-Unis et qui commence à faire de même en France. L'un des termes concerne les prescriptions des médecins. C'est le "Pharmaceutical Benefit Management" ou PBM : la gestion encadrée du financement des médicaments. Un autre terme concerne les patients et leur parcours. C'est le "case management", consistant en une stratégie qui, en fonction des besoins des malades et des contraintes financières, coordonne les divers services appropriés. Il vise surtout les handicapés, les malades chroniques et les personnes âgées. La vedette de ces termes est le "disease management" : gestion qui vise des pathologies coûteuses, chroniques et qui s'attache à coordonner tous les services nécessaires au cours de l'évolution d'une maladie particulière, aussi bien la prévention et l'éducation des malades que le recours aux spécialistes, à la rééducation et à la réhabilitation éventuelle.
 

a) PBM

Le développement du "Pharmaccutical Benefit Management" (PBM) introduit un 3e partenaire dans l'arène du Managed Care. Car certains organismes de Managed Care, qui gèrent une grande consommation de médicaments prescrits, sous-traitent avec des PBMs Ces derniers, en raison du large groupement d'achats, obtiennent des rabais de la part des labo-ratoires pharmaceutiques qui fabriquent les médicaments en question. En même temps. les PBMs indiquent aux prestataires de soins les produits ayant le meilleur rapport coût/efficacité pour telle ou telle pathologie. Ils le font au moyen du contrôle des ordonnances et de la consommation (drug utilization review) et par la limitation du choix des médicaments remboursables (formulary management).
 

b) Case management

Le case management présente beaucoup d'analogies avec le carnet de santé en France et la carte à puce qui le remplacera. C'est un suivi longitudinal axé sur le patient individuel.
 

c) Disease management

Le disease management vise une pathologie chronique spécifique et généralement coûteuse. Il dépasse les deux concepts précédents en ce sens qu'il gère à la fois la coordination des divers soins que subit un malade en fonction de son cas, et la meilleure façon d'utiliser un type particulier de médicament dans un contexte donné. Il concerne aussi le suivi longitudinal et l'intégration de tous les services de santé nécessaires au cours de l'évolution d'une pathologie. Cela inclut l'hospitalisation et ses différentes alternatives. De même pour des efforts préventifs et éducatifs tels qu'améliorer l'observance des mesures thérapeutiques et indiquer la pratique d'un style de vie approprié pour prévenir des complications secondaires.

Les malades pris en charge dans le cadre du disease management sont couverts pour un prix forfaitaire prédéterminé, souvent calculé par patient et par mois. Mais la question de l'assurance n'est pas le coeur du Disease Management. L'élément central en est en fait toute l'organisation des professionnels de santé entre eux. Pour encourager les médecins et les autres prestataires de soins à adhérer aux références (guide-lines). Le gouvernement américain a formé en 1989 l'Agency for Health Policy and Research (AHCPR) : l'Agence pour Soins et Recherche en Santé. Cette agence a promulgué fin 1994 quinze références parmi lesquelles les traitements du SIDA débutant, les douleurs chez les patients cancéreux, les tumeurs de la prostate, l'insuffisance cardiaque, les douleurs angineuses et les otites moyennes. Des organismes de Managed Care fournissent fréquemment à leurs employés prestataires de soins des protocoles de gestion englobant les références issues par l'AHCPR. D'autre part, des sociétés professionnelles médicales offrent périodiquement à leurs membres des références basées sur des expériences cliniques destinées à évaluer les résultats de traitements spécifiques (outcome measures).
 

d) Health care companies

Les efforts d'intégration des différentes facettes du Disease Managemcnt ont conduit au développement de "Health Care Companies" : bureaux de conseil en gestion de santé. C'est-à-dire des façons d'intégrer au mieux et simultanément l'ensemble des soins ambulatoires et pharmaceutiques, les analyses de laboratoire et d'autres investigations diagnostiques. De même pour l'hospitalisation et ses alternatives, la rééducation, le dépistage, la prévention, l'éducation des malades, etc. (cela correspond à la définition même du Disease Management). Ces bureaux de conseil font largement appel aux méthodes du  "concurrent review" (contrôle prospectif et continu), du "retrospective review", du "drug utilization and formulary reviews". De plus, ces compagnies mènent ou font mener des recherches cliniques et épidémiologiques dans le but d'évaluer le meilleur coût/efficacité des différents traitements et leurs résultats (outcome). Elles peuvent ainsi établir leurs propres références.
Elles peuvent aussi posséder leurs propres centres de diagnostic et de traitement spécialisés, par exemple pour des patients atteints de cancer et les complications que celui-ci peut provoquer. Un autre exemple concerne la dépression où le nombre de consultations annuelles et la durée d'une hospitalisation sont limités.

Lorsque des HMOs et des hôpitaux font appel aux services de ces bureaux de "health care" ou à des assureurs qui proposent des "health plans", il s'agit de l'introduction d'un 3e partenaire, et par-fois d'un 4e, entre le patient et le fournisseur de soins. En effet, un contrôleur en général un médecin contrôleur employé par l'entreprise de services en question, a pouvoir de décision sur l'au-torisation et le remboursement des soins. Ceci limite une partie de la liberté du médecin traitant (fournisseur de soins), et l'incite à pratiquer une médecine économique.

De grandes manoeuvres de fusion-acquisition ont commencé à partir de 1994. C'est ainsi que le géant pharmaceutique Merk Company a acheté pour plus de 6 billions de dollars Medco Containment Corporation, une importante "health care" compagnie spécialisée en Disease Management. D'autres fusions-acquisitions entre grandes compagnies ont suivi, notamment des PBMs entre eux. Il est d'ailleurs surprenant qu'un pays comme les Etats-Unis, qui possède une législation antitrust vis-à-vis de grands groupements de médecins qui s'entendraient entre eux pour fixer leurs prix, ainsi que vis-à-vis de l'industrie en général, n'applique pas ces lois à l'industrie du Managed Care. On peut se demander si la raison n'est pas liée au fait que l'explosion des MCOs réalise une maîtrise des coûts galopants de la santé, évitant ainsi au gouvernement des dépenses supplémentaires.
 

V. EVOLUTION ET ORIENTATION

1. Changement des comportements

Aujourd'hui aux Etats-Unis tous les acteurs de la santé reconnaissent que le Managed Care est devenu une force socio-politico-économique incontournable.
Ceci a transformé le paysage traditionnel du système de santé bien avant la réforme officielle promise, toujours en discussion dans ses grandes lignes au Congrès. Ce changement induit par le Managed Care s'est opéré surtout au niveau des comportements des prestataires de soins et à un moindre degré des patients. Comparé au passé où les patients ayant souscrit une assurance avaient toute liberté du choix de leur médecin, où les médecins déterminaient librement le type, l'intensité et la qualité des soins, où les médecins adressaient leurs patients à des hôpitaux indépendants et où les assureurs endossaient tout le risque financier, on voit que les exigences du Managed Care ont quasimcnt révolutionné les comportements.

Actuellement, près de 70 % des Américains sont inscrits dans un plan de Managed Care, soit par le biais de leur employeur, soit individuellement, soit par des programmes de Medicare et Medi-caid. Nous avons vu que l'adhésion à un health plan ou à un HMO comprend certaines contraintes, que les soins sont régis par des autorisations et des contrôles. Mais grâce à de nouvelles lois, une plus grande proportion de la population peut bénéficier d'une assurance maladie ou la conserver.
 

a) Conséquences pour l'hospitalisation

Les petits hôpitaux indépendants n'existent pratiquement plus car les méthodes du Managed Care ont abouti à leur faillite et aussi à celle des plus grands hôpitaux en raison du transfert des services de santé hors de l'hôpital vers les soins ambulatoires. En 1980, 72 % des hôpitaux étaient indépendants. En 1996, plus de la moitié ont fusionné en groupements hospitaliers. Le plus gros système hospitalier, Columbia-HCA Health Corporation est privé et gère 338 hôpitaux.

Plusieurs HMOs, eux aussi, possèdent des structures hospitalières. 69 % d'entre eux sont privés, et certains ont fini par fusionner pour faire face à la perte de clientèle.
 

b) Conséquences pour les organismes du Managed Care

Une autre conséquence du changement des comportements est la consolidation des différents organismes du Managed Care : HMOs, assurances gérées, health plans, programmes publics (Medicare et Medicaid), fondations, etc.

Globalement, en 1995 plus de 60 millions d'Américains (24 %) sont inscrits dans un HMO, et autant dans un autre type de Managed Care, soit dans le cadre de leur emploi, soit individuellement. Environ 22 % sont pris en charge par Medicare et Medicaid et 7 % sont assurés par leurs propres moyens. Près de 15 % (37 millions) n'ont aucune assurance maladie. Mais comme indiqué précédemment, en cas d'urgence ils peuvent se présenter dans un service d'urgence d'un hôpital public où l'on sera obligé de leur apporter des soins et si nécessaire prendre en charge leur hospitalisation

En ce qui concerne les HMOs, 69 % d'entre eux sont privés à but lucratif. Depuis quelques années plusieurs ont fusionné, et les grands sont cotés en bourse. La tendance ces derniers temps est vers le grand, le plus grand et l'encore plus grand, à un point tel que cette industrie a abouti à un véritable oligopole. En effet, les dix HMOs les plus importants soignent environ 60 % de tous les patients inscrits dans l'ensemble des HMOs [21].
A côté de ces HMOs géants, il faut savoir qu'aujourd'hui, la majorité des autres perdent de l'argent en raison du prix insuffisant des contrats accordés et de l'obligation d'offrir une bonne qualité de soins, concurrence oblige. En 1996, c'était le cas pour 65 % comparativement à 40 % en 1995, alors qu'en 1994, 90 % d'entre eux avaient réalisé des bénéfices.

Les HMOs qui restent bénéficiaires, les plus grands inclus, voient une nette diminution de leurs bénéfices, de même pour d'autres types de MCOs, qui tous essaient d'augmenter le nombre de leurs clients. A l'avenir, ils seront obligés d'augmenter le prix des contrats, notamment en raison de lois qui interdiront de sélectionner les souscripteurs. D'autre part, les MCOs entrent dans une époque où les économies viendront d'une meilleure gestion de stratégies, par exemple en réponse à la demande des patients, une augmentation de médecins spécialistes et une moindre dépendance de "gate-keepers" généralistes. Ceci serait rendu possible par l'accroissement du nombre de médecins libéraux qui s'engagent dans des MCOs à temps partiel pour augmenter leurs revenus.
 

2. Démographie des médecins

Plus de 75 % des médecins américains sont engagés dans des systèmes de Managed Care, soit sous forme d'un emploi direct soit au moyen d'un IPA ou d'un PPO. Si l'on considère la totalité des médecins recensés aux Etats-Unis (au nombre de 720 325 en 1996), 20 % exercent seuls en cabinet libéral, 19 % en cabinet de groupe, et le reste travaille pour d'autres dans divers secteurs : hôpitaux civils et militaires, facultés de médecine, administrations, industrie pharmaceutique, santé publique, assurances, etc. L'exercice libéral individuel ou en groupe a diminué de moitié depuis une dizaine d'années tandis que le travail salarié a pratiquement doublé au cours de la même période.
De plus en plus de praticiens libéraux qui travaillent seuls ou en groupe sont obligés de se joindre à un IPA ou PPO en raison d'une baisse de leurs revenus. Ceci est dû non seulement au nombre croissant d'inscriptions de patients dans des organismes de Managed Care, mais aussi à l'augmentation des frais administratifs résultant du nombre énorme de différents assureurs ayant des formulaires de remboursement différents. Les médecins ne peuvent pas se consacrer à cette tâche devenue trop complexe. Ils emploient alors un "office manager" (gérant de cabinet) ou font appel à une société de gérance spécialisée.
 

2. Le revirement

a) A propos de l'efficacité du Managed Cure

On dit couramment que le Managed Care aux Etats-Unis a contenu l'augmentation effrénée du coût de la santé. Mais cela n'est pas l'avis de tout le monde. Car on sait aussi que le coût de gestion des MCOs est très important, même phénoménal pour certains d'entre eux. Dans les MCOs cotés en bourse, le pourcentage des cotisations des assurés (premium revenues) affectées aux frais de gestion, varie d'environ 17 à 27 %. D'autre part, les salaires des PDG qui dirigent les grands MCOs sont exagérément élevés. A ce propos, l'Etat de Californie en réponse a un référendum qui a eu lieu en 1996, a proposé au Congrès de passer une loi qui limiterait la rémunération excessive des PDG et qui augmenterait leur imposition fiscale. Cette proposition a échoué mais elle démontre l'hostilité des réactions des consommateurs à la croissance du Managed Care.
Pour mieux cerner la question de l'efficacité du Managed Care, il est intéressant d'examiner quelques chiffres publiés en 1996 par le "Health Care Financing Review" (16)
 
 
 

Le pourcentage annuel des dépenses de  santé
par  apport  au  PNB américain est de :

- 13,6 % en 1995
- 13,5 % en 1994
- 13,6 % en 1993
- 13,4 % en 1992
- 12,9 % en 1991
- 12,1 % en 1900
- 10,2 % en 1985
-   8,9 % en 1980
-   7,1 % en 1970


Depuis 1992, le coût global de la santé n'a varié que de 0,1 à 0,2 %. C'est un argument en faveur de l'efficacité du Managed Care en général. Mais ces chiffres ne reflètent pas encore l'effet de la législation plus récente, qui limite partiellement  la liberté  des pratiques économiques des HMO.

 


Le pourcentage d'augmentation des coûts de l'hospitalisation, des honoraires et salaires des médecins et de la pharmacie pour les trois dernières années connues est :
 

 

1994/1995

1993/1994

1992/1993

pour l'hospitalisation

4,5 %

3,6 %

5,9 %

pour les médecins

5,8 %

4,4 %

4,0 %

pour la pharmacie

7,3 %

3,6 %

5,4 %

Le coût national de l'hospitalisation montre d'abord une nette réduction puis une augmentation raisonnable des dépenses dans ce secteur.

Par contre, l'augmentation des honoraires et salaires des médecins peut s'expliquer par le transfert des services de santé hors de l'hôpital vers les soins ambulatoires.

Concernant l'accroissement du coût de la pharmacie. on pourrait, de même, incriminer l'augmentation du nombre de prescriptions médicales due au plus grand rôle des traitements ambulatoires.

Nous ne mentionnons pas ici le coût détaillé des autres dépenses de santé parmi lesquelles les examens techniques, les soins préventifs et paramédicaux. En fait, la complexité du Managed Care est telle que les meilleurs économistes nord-américains sont incapables d'évaluer exactement le coût global des transactions. Ils ne peuvent pas dire si ce coût, notamment les frais administratifs, n'absorbe pas une trop grande part des économies réalisées. Jusqu'ici aucune enquête n'a tenu compte de tous les facteurs macro-économiques tels les coûts sociaux ou le prix comparatif des alternatives à l'hospitalisation ou de la prévention.

Sur le plan micro-économique, un des arguments, pour ne pas les citer tous, concerne une enquête sur les coûts des patients sous régime Medicare, qui ont choisi d'être suivis dans des HMOs. Leurs coûts sont de 6 % plus élevés que dans le système de paiement à l'acte à prix déterminé par convention.
 

b) A propos de considérations éthiques du Managed Care

En dehors des considérations financières, nous savons que beaucoup de méthodes du Managed Care ont abouti à des conflits éthiques largement étalés par les médias. Pour ceux qui connaissent la capacité du peuple américain à reconnaître ses torts et à rectifier le tir, ils ne seront pas surpris de constater un raz de marée d'actions d'opposition aux excès du Managed Care.

Durant cette dernière décennie, nous avons vu le transfert du pouvoir des médecins aux financeurs. Mais depuis peu, le corps médical commence à réagir plus vigoureusement contre la perte de son pouvoir et d'une bonne partie de sa liberté.

L'American Medical Association a récemment plaidé avec succès pour un certain allégement des lois anti-trust qui restreignaient les droits des médecins à s'entendre entre eux pour fixer leurs prix. D'autre part, des mesures ont été prises pour limiter le montant des sommes réclamées dans les "malpractice suits" (procès contre un médecin, souvent pour peu de choses).

Nous avons déjà mentionné la formation récente par des groupes de médecins de Physician Sponsored Organizations (PSO) ou Physician Sponsored Networks (PSN) qui font concurrence aux assureurs et qui conservent pour eux-mêmes les profits réalisés. Notons que ces groupes sont obligés d'utiliser des techniques du Managed Care parmi lesquelles l'application de références médicales. la minimisation du recours à l'hospitalisation et le développement de soins à domicile. Ceci avec le souci de rechercher la meilleure qualité des soins au moindre prix.

Certains groupes de chirurgiens s'unissent pour acheter tout ou partie d'un hôpital qui fait faillite. Ils réclament le transfert de l'autorisation originelle (certificate of need) à leur groupe en acceptant de diminuer le nombre de lits. Ceci concerne particulièrement des centres de chirurgie ambulatoire indépendants.

Il va de soi que les études de résultats (outcome studies), qui dépendent en premier lieu du ressort des médecins, devraient renforcer leur pouvoir de décision.

Les patients, consommateurs de soins, ont également réagi aux excès commerciaux des health plans et HMOs. Les médias ont beaucoup aidé en intervenant par la publication dans des revues et des journaux de palmarès (ratings) des meilleurs HMOs avec détails sur les critères de qualité des soins et les résultats (7,17).
Tout récemment, en mars 1997, le Président CLINTON a nommé une Commission pour élaborer une charte des droits des patients destinée aux organismes d'assurance maladie. Cette charte a déjà été précédée par une demande de l'American Medical Association d'interdire le "gag rule" (l'interdiction ou la limitation de ce que les médecins employés par les MCO peuvent dire aux malades). Nous avons déjà mentionné l'interdiction en 1996 des "drive through deliveries" (renvoi d'une parturiente de l'hôpital le jour même de l'accouchement). Avant cette loi, certains assureurs privés encourageaient cette pratique. La charte prévoit aussi d'interdire une sélection des clients.

Enfin, la télévision et la presse écrite livrent des renseignements destinés à aider les personnes désireuses de souscrire une assurance maladie à faire le meilleur choix entre plusieurs centaines d'assureurs et de plans quant au prix et au contenu des contrats. De même, une agence gouvernementale, "The Agency for Health Care Policy and Research" ainsi qu'une association nationale d'assurance maladie, ont mis à la disposition des consommateurs un guide pour les aider à choisir parmi les options d'assurance à complexité croissante [1].
 

VI. LE MANAGED CARE FRANCE-AMERIQUE

Maints articles dans la presse professionnelle ont traité de la possibilité ou non de transposer en France les méthodes du Managed Care à l'américaine. Il est évident que les outils de gestion mentionnés dans ce rapport constituent les principes de base de toute bonne gestion. Ceci est vrai pour tous les pays malgré les différences de culture, de structure socio-politique et de philosophie.
Certaines pratiques du Managed Care ont déjà eu ou auront lieu en France et font partie de la réforme envisagée par l'équipe JUPPÉ.

Parmi ces pratiques, considérons les filières et les réseaux. Leur objectif dans le système américain est de pouvoir négocier une baisse des prix de consultations, des investigations complémentaires, de l'hospitalisation et de ses alternatives. Cela ne pourrait pas se faire en France où les honoraires, examens et prix de journée sont fixés par convention. Tout au plus pourrait-on utiliser la capitation ou un forfait pour les médecins membres d'une filière, à condition de ne pas empêcher ces praticiens de consulter par ailleurs. L'avantage d'une filière se verra mieux lorsque les cabinets médicaux seront informatisés. Le suivi du patient évitera la répétition inutile des actes, les intolérances médicamenteuses non révélées et d'autres complications. A ce sujet, beaucoup de médecins américains libéraux qui exercent seuls ont informatisé leurs cabinets pour être reliés à des assureurs. Mais, ce n'est nullement obligatoire.

Le même raisonnement tient pour les réseaux. Bien que les négociations américaines ne correspondent pas aux conventions françaises, les réseaux du disease management, qui permettent la collaboration entre les différents prestataires de services nécessaires dans le suivi longitudinal et horizontal d'une pathologie chronique, seront certainement utiles pour optimiser les résultats et pour éviter certains gaspillages.

Les méthodes de "l'utilization review" (contrôle par les médecins conseils), des "guide-lines" (références), le codage des actes et le PMSI sont déjà employés en France Et la voie est maintenant ouverte à l'évaluation des soins en vue de l'accréditation. Aux USA, l'accréditation n'est pas obligatoire sauf pour les hôpitaux publics. Mais la plupart des hôpitaux privés la demandent volontairement en raison de la concurrence importante. Suivra en France l'étude des résultats (outcomes) non seulement à visée épidémiologique mais aussi pour élaborer de nouvelles références ou pour rectifier celles qui existent.

La décentralisation de l'allocation des ressources aux régions en France se rapproche du système américain où l'autorité est partagée entre les Etats individuels et le gouvernement fédéral, mais non pas pour les mêmes raisons.

Ce qui diffère le plus entre les deux pays est l'idéologie du Managed Care. Les Français cherchent à l'adapter selon l'idée de solidarité. Les Américains l'ont adapté selon les lois économiques du marché et de la concurrence commerciale. Dans ce grand pays de plus de 250 millions d'habitants, l'intervention du gouvernement fédéral dans les affaires de la santé est faible avec une réglementation contestée par des intérêts divergents. Mais il faut savoir qu'à la longue, le poids de la conscience morale des citoyens finit par peser sur leurs représentants au Congrès. Ceux-ci sont en train d'orienter très lentement mais sûrement le système de santé vers une allocation plus juste des ressources.
 

VII. ET L'AVENIR?

Les progrès de la science et de la technologie ont largement contribué à augmenter le coût des soins dans le monde entier. Le problème de l'allocation des ressources la plus juste est donc devenu quasi universel.
En France, comme aux Etats-Unis et dans les autres pays occidentaux, les citoyens ont pris conscience du fait que leur système de santé doit évoluer pour faire face au problème de l'allocation la plus équitable des ressources. Mais comme aux USA, le désaccord règne sur la modalité de cette distribution de ressources. Il existe aujourd'hui en France un grand malentendu pour beaucoup, qui confondent hiérarchisation avec rationnement. La hiérarchisation n'est pas le rationnement. Et devant l'augmentation continue des dépenses de santé, même contenue et bien gérée, personne ne nie que la hiérarchisation des besoins s'impose. On sait que la gestion rigoureuse nécessite des contrôles et des réglementations, des changements de comportements, des compromis dans la façon de pratiquer la médecine sans pour autant menacer la qualité des soins.

Depuis Hippocrate, parmi toutes les évolutions qui se sont produites au cours de l'histoire de la médecine, seul l'être humain n'a pas changé. Il est toujours constitué d'un corps et d'un esprit. La relation médecin-malade primera donc toujours quel que soit le système de soins. Malheureusement, cette relation est affaiblie dans le système du Managed Care porté à l'extrême. Pour la préserver, il faut rester très vigilant à l'égard des menaces d'aliénation de l'autonomie du corps médical et de la liberté totale du choix du soignant pour le patient.

Or, nous voyons qu'aux Etats-Unis le Managed Care est en train d'opérer un revirement. Les médecins, les patients et le gouvernement réagissent pour préserver les valeurs indispensables à la bonne pratique de la médecine. Au XXIe siècle, les HMOs et autres organisations du Managed Care ne perdront sans doute pas leur caractère compétitif, mais la concurrence est en train de se détourner de qui peut offrir les soins au prix le plus bas vers qui peut offrir la meilleure qualité de soins au prix raisonnable.

Enfin, il importe de garder présent à l 'esprit que les renseignements qu'un pays peut tirer de l'expérience des autres ne sont pas à sens unique.
 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES


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[8] Brink S. How your HMO could hurt you. US News & World Report janv. 15. 1997.

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[10] Le Pen C. La CNAM fait ses "Filières et Réseaux", Filières et Réseaux 3 avril 1997; 3.

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[13] Freudeheim M. Managed Care Empires in the Making, NY Times Apr. 2, 1996.

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[23] Rosenthal E. When Healthier isn't cheaper. NY Times March 16, 1997.

[24] Morin S. Nouvelles orientations du système de soins aux USA, Journal d'Economie Médicale juin-juillet 1995; 3-4