La première, Mme Jovanovic, est une Serbe de 45 ans dont les vacances chez des amis en Suisse avaient été brusquement interrompues par une hémorragie cérébrale. La seconde, Mme Behluli, âgée de 80 ans, souffre d'un cancer incurable. Etant toutes deux soignées au CHUV, leurs demande de transferts parviennent en même temps à l'équipe de l'hôpital chargée des transferts internationaux.

| Une première évaluation de la situation a lieu aussitôt car il s'agit de répondre très vite à une multitude de questions: les patientes peuvent-elles supporter un transfert de plusieurs heures? Quels seraient les surveillances et soins nécessaires? Quelle est la destination exacte de chacune et qui prendra le relais une fois sur place? Comment un tel voyage peut-il être financé? Loin d'être évidente, cette étape initiale nécessite l'étroite collaboration des équipes médico-soignantes qui connaissent les patientes, leur entourage ainsi que les risques liés à leur état de santé. |
Il s'agit ensuite pour le Service social du CHUV d'examiner la couverture d'assurance pour déterminer les moyens à disposition. C'est finalement à un groupe d'experts spécialement constitué pour les situations complexes d'un point de vue médical, administratif et social que reviendra la décision de confirmer la décision de rapatriement.
Deux patientes, un voyage
Les contours du projet se dessinent peu à peu: l'état de santé des patientes leur permettra de supporter un voyage. Et comme les deux destinations sont proches l'une de l'autre, un rapatriement groupé est envisageable.,A condition toutefois de prendre en compte la situation politique qui règne dans la région: l'espace aérien du Kosovo est interdit à tout avion qui se pose préalablement en Serbie. Les nombreux contacts avec les différentes administrations n'y changeront rien. L'atterrissage dans un pays tiers est alors envisagé et l'équipe de rapatriement opte pour Tirana en Albanie. Cette destination est suffisamment proche de la frontière Kosovare et du domicile de Mme Behluli pour qu'un relais par une ambulance aux pieds de l'avion soit organisé.
Pour le choix du moyen de transport, l'équipe passe en revue les différentes alternatives qui permettraient de concilier à la fois les exigences en termes de sécurité médicale et la nécessité de limiter les coûts. Cette fois-ci, le recours aux vols de ligne est impossible -alors qu'on le privilégie généralement- car les compagnies émettent des restrictions liées à létat de santé des patientes. Il aurait en effet fallu réserver près de dix sièges dans deux avions différents pour y installer chaque patiente en position couchée, le matériel et les professionnels! | 
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Quant à l'ambulance, elle ne permet pas de réaliser des distances de ce type. Heureusement, une grande entreprise horlogère, sensible à la situation, accepte de mettre à disposition son jet privé à un tarif raisonnable. Tout est prêt, le voyage proprement dit peut débuter.

| Le jour J, deux ambulances quittent donc le CHUV à 7h du matin pour La Chaux-de-Fonds. Deux infirmiers de l'équipe de rapatriement les accompagnent. Le jet attend à l'aérodrome, où un membre de l'équipe médicale a préalablement installé les équipements nécessaires en présence des pilotes. Les formalités sont effectuées (l'équipe se déplace avec des médicaments et des stupéfiants) et les structures sanitaires se tiennent prêtes à réceptionner les patientes à l'autre bout du vol, en compagnie des familles. Après 2 heures 45 de vol sans incident, Mme Jovanovic est à Belgrade, aussitôt prise en charge par une ambulance. |
Puis l'avion s'envole à nouveau en direction de Tirana. Sur place, un membre de la famille de Mme Behluli l'accueille et l'accompagne dans l'ambulance qui la conduira jusqu'à son village. Surpassant la barrière linguistique et mêlant les gestes à la parole, toutes deux font part aux professionnels de leur soulagement et de leur reconnaissance une fois arrivées à bon port.
Sur le tarmac, l'équipage ne s'octroie que le temps de faire le plein. L'avion doit être de retour à La Chaux-de-Fonds avant la fermeture de l'aérodrome à 17h. Reste à récupérer les équipements médicaux, prendre congé des pilotes, puis retourner à Lausanne. Les patientes sont arrivées à bon port et le voyage n'a pas affecté leur état de santé, la mission est donc accomplie. Un nouveau vol, deux nouvelles histoires, au milieu des contraintes médicales, économiques et géopolitques avec lesquelles l'Unité de transfert des patients du CHUV doit composer quotidiennement.