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Des câlins pour le fonctionnement du cerveau des prématurés

Les résultats d'une étude réalisée par le Professeur Micah Murray vient de paraître dans la revue Current Biology.

Publié par Micah Murray

15 millions de prématurés naissent chaque année, dont les premières semaines se passeront dans une unité néonatale de soins intensifs (UNSI). Bien qu'indispensable à la survie de ces nouveau-nés, l'environnement sensoriel d'une telle unité diffère dramatiquement de l'environnement où se développent les enfants nés à terme; ce qui a un impact sérieux sur le développement de l'organisation fonctionnelle de leur cerveau. Cet impact est amplifié par le fait que le développement sensoriel initial est une donnée critique sur quoi se fonde, et dont dépend, le développement des capacités perceptuelles, comportementales et cognitives ultérieures de l'enfant.

Chez les bébés, le sens du toucher est un élément constitutif fondamental dans le développement des interactions interpersonnelles et des fonctions sensorielles et cognitives. Un grand nombre de traitements utilisés en UNSI afin d'améliorer le pronostic neurodéveloppemental font appel au sens du toucher. Pourtant, nous savons bien peu de choses sur la manière dont les expériences tactiles au tout début de la vie influent sur le développement progressif du cerveau chez les prématurés.

Dans une étude publiée aujourd'hui dans Current Biology, le Docteur Nathalie Maître et ses collègues démontrent que plus un bébé est prématuré, plus il y a de chances que ses réactions cérébrales à une stimulation douce de la main soient faibles quand il quittera l'hôpital pour rentrer à la maison. Cependant, il a été constaté que la qualité des expériences tactiles reçues en UNSI modifie considérablement le développement de ces réactions cérébrales. En particulier, on peut affirmer que plus les prématurés ont des expériences sensorielles douces pendant leur séjour en UNSI, plus leurs réponses neurales au toucher se rapprocheront de celles des enfants nés à terme, au moment de leur sortie de l'hôpital. A contrario, plus les prématurés subissent de procédures douloureuses, moins leurs réponses neurales ressembleront à celles des bébés nés à terme, et cela même si on leur administre des antidouleurs.

Cette recherche est le fruit d'une collaboration internationale entre Nationwide Children's Hospital (Columbus, Ohio, USA), Vanderbilt University (Nashville, Tennessee, USA), et l'Université de Lausanne (Suisse). Cette recherche est soutenue par le National Institutes of Health (USA), la Swiss National Science Foundation, la Fondation Pierre Mercier et Carigest SA. Le Docteur Nathalie Maître, Professeur de Pédiatrie à Nationwide Children's Hospital a dirigé ces recherches, qui ont débuté à Vanderbilt University. Elle déclare que « le toucher est un des éléments constitutifs fondamentaux pour l'apprentissage chez les bébés. Il les aide à apprendre à se mouvoir, à découvrir le monde qui les entoure et à communiquer avec leur famille. C'est le toucher qui leur permet d'acquérir ces aptitudes avant même qu'ils puissent voir clairement, et sans aucun doute avant qu'ils puissent parler. »

Le Docteur Micah Murray, Professeur de Radiologie et de Neurosciences Cliniques à l'Université de Lausanne a décrit l'idée initiale qui inspira la recherche en ajoutant : « Alors que certains croyaient pouvoir dire ce que les bébés ressentaient, leurs suppositions se basaient, pour la plupart, sur les réponses enregistrées chez des enfants plus âgés. Notre équipe a utilisé des techniques de pointe en électroencéphalographie pour observer l'activité du cerveau des bébés nés à terme afin de voir ce qu'ils ressentaient réellement lors d'un toucher léger ». Le Docteur Maître et ses collègues se refusaient à supposer que des signes comme des expressions du visage ou des signes vitaux peuvent nous indiquer comment le cerveau d'un bébé perçoit le toucher. C'est pour cette raison qu'ils ont utilisé un filet électroencéphalographique souple et ont effectué des séries de mesures sur les réponses cérébrales du bébé à la stimulation d'un souffle d'air. Ces mesures furent effectuées aussi bien en crèche hospitalière sur des bébés nés à terme, que sur des prématurés en UNSI, avant qu'ils ne rentrent à la maison.

Le Docteur Maitre souligne ainsi : « il est essentiel que les prématurés reçoivent de leurs parents des stimulations réconfortantes telles que le contact peau à peau ; cela aide leur cerveau à réagir au contact léger de la même manière que les bébés nés à terme. Les parents peuvent être certains que chaque minute où ils tiennent leur bébé dans leurs bras a son importance, car elle favorise la croissance de son cerveau et de son corps. Si les parents ne sont pas disponibles, les hôpitaux pourraient prévoir des physio- ou ergothérapeutes afin que soit prodiguée à l'enfant une expérience de contact doux programmée avec soin. »

Le Professeur Wallace, spécialiste en neurosciences et Doyen de la Graduate School à Vanderbilt University, rappelle que l'étude publiée dans Current Biology s'appuie, en les prolongeant, sur les travaux d'autres chercheurs sur la douleur ressentie par les bébés et confirme « qu'il est absolument essentiel de réduire au minimum les interventions douloureuses auxquelles les bébés sont fréquemment soumis pendant leur séjour à l'hôpital ». Administrer des antidouleurs ou du sucrose n'est pas une façon fiable de pallier les dommages causés par la douleur au cerveau d'un bébé ; il se peut que ces agents ne fassent que masquer les signes manifestes de la douleur. En attendant que de nouvelles recherches prouvent quels médicaments évitent efficacement les altérations du fonctionnement du cerveau chez les bébés, nous devons absolument centrer nos recherches sur des méthodes alternatives non pharmacologiques de gestion de la douleur.

Notre équipe se penche actuellement sur de nouvelles techniques destinées à produire un contact doux et positif en UNSI et cherche à déterminer comment la réponse neurale du bébé est modifiée par le son d'une voix caressante comme celle d'une maman. Ce thème de recherche, centré sur les interactions entre les différentes stimulations sensorielles, fournira de précieuses indications sur la manière dont les bébés développent leur capacité à communiquer et à comprendre les signaux reçus pendant les premiers mois suivant la naissance, que ce soit par le toucher, l'ouïe ou la vue. Cette meilleure compréhension du fonctionnement cérébral en réponse aux signaux sensoriels chez les bébés permettra au Docteur Maître et à ses collègues, travaillant de concert avec les parents, de concevoir de nouveaux traitements pour les enfants ayant subi des perturbations du système nerveux et du développement.

 

Professeur Micah Murray

 





Dernière mise à jour le 28.03.2017 10:59