Des champignons toujours plus résistants aux antifongiques

Publié par Dominique Sanglard le 26.05.2018
L'utilisation des antifongiques en milieu hospitalier et dans l'environnement est mal gérée. Voici le constat dressé par un article qui vient d'être publié dans la prestigieuse revue Science.

Une équipe internationale de recherche impliquant le Professeur Dominique Sanglard de l'Université de Lausanne (CHUV) vient de publier un article de synthèse qui met en garde contre l’utilisation des antifongiques. Publié dans une édition spéciale de la revue Science, l’article avertit: des mesures sont nécessaires dans l’utilisation des antifongiques existants afin d'éviter l’effondrement de notre capacité à contrôler et combattre les infections fongiques.

D’importants enjeux pour la santé et l’environnement

En effet, les infections liées aux levures et aux moisissures chez les humains peuvent être mortelles dans certains cas. Les chercheurs estiment que le nombre de décès dus à des maladies fongiques chez les humains - affectant souvent ceux dont le système immunitaire est affaibli - dépasse maintenant ceux du paludisme et du cancer du sein et est comparable au nombre de ceux causés par la tuberculose et le VIH. Et si les infections fongiques concernent notre santé, elles sont également une véritable problématique pour l’environnement. On estime que les champignons affectant les cultures agricoles sont responsables de la perte de 20% des récoltes mondiales chaque année.

Vers des antifongiques inefficaces et des maladies incurables

Les auteurs montrent que de nombreux médicaments utilisés pour traiter les infections fongiques du monde agricole deviennent inefficaces et il est à craindre que cette tendance se manifeste pour les traitements utilisés en médecine humaine. Cette crainte est d’autant plus fondée dans la mesure où de mêmes molécules antifongiques sont utilisées par l’agriculture et la médecine. Les résultats rapportés dans l’article publié mettent aussi en évidence une augmentation sans précédent des souches émergentes de champignons qui sont résistants aux antifongiques. Les auteurs expliquent que, bien que la problématique de la résistance bactérienne aux antibiotiques soit bien connue, l'ampleur de la résistance aux antifongiques a été largement négligée chez les champignons. La variété des substances antifongique étant très limitée, on peut craindre que l’émergence de résistance ne rendent certaines maladies incurables. Les auteurs insistent donc sur l’urgence d’une meilleure gestion dans l’utilisation des antifongiques dans l’environnement ainsi qu’en milieu hospitalier. Ils souhaitent aussi stimuler la recherche pour découvrir de nouvelles sources de substances antifongiques.

 Dernière mise à jour le 23/06/2018 à 20:10