Reportage à l'Unité de médecine des violences

Lorsqu’il pénètre dans la salle de consultation, Martin* a l’air très affecté. La veille, le jeune homme de 26 ans s’est fait passer à tabac par un inconnu. C’est sur conseil de la police qu’il a appelé l’Unité de médecine des violences.

Créée en 2006 au CHUV, cette consultation médico-légale unique en Suisse est présente sur trois sites : le CHUV de Lausanne, l’Hôpital d’Yverdon-les-Bains et, dès le 4 janvier 2016, l’Hôpital Riviera-Chablais site de Montreux.

365 jours pas an, une équipe composée d’infirmières spécialisées travaillant en collaboration avec des médecins légistes reçoit des adultes victimes d’agression, afin d’établir un constat médico-légal, qui pourra être utilisé devant les tribunaux. 65% des personnes qui poussent la porte de l’UMV sont victimes de violence communautaire (violence survenant dans la rue, au travail, entre voisins, etc.). Ce sont majoritairement des hommes. 30% des patients sont victimes de violence conjugale, essentiellement des femmes. 5% sont victimes de violence intervenant au sein de la famille.

Comme deux tiers des patients, Martin est victime de violence communautaire. Son agression est survenue en début de soirée, alors qu’il se rendait à un rendez-vous à pied. Dans une ruelle, un inconnu l’aborde pour lui demander une cigarette. Le jeune homme répond qu’il ne fume pas, l’inconnu lui assène alors plusieurs coups de poing au visage. Martin est pris de vertige et tombe à terre. L’agresseur s’assied sur lui et le roue de coups. «J’ai vu du sang jaillir de ma bouche, raconte le patient à l’infirmière, qui consigne chaque détail. J’ai eu peur de mourir. » Martin entend alors un passant crier qu’il va appeler la police. L’agresseur se lève et quitte la scène. « Il est parti en marchant tranquillement. » Sonné, le jeune homme se rend aux urgences, puis à la police, qui recueille sa plainte.

L’infirmière demande à Martin comment il se sent, s’il a peur, s’il a éprouvé de la peine à sortir dans la rue depuis l’agression. Le jeune homme serre nerveusement son téléphone. « Non, je n’ai pas peur. Je ne comprends simplement pas pourquoi il m’a frappé. Pourquoi moi ? Je ne lui ai rien fait. » Cette incompréhension, beaucoup de victimes d’agression la partagent. « Il faut être très attentif aux répercussions psychiques d’une agression, explique la Dre Nathalie Romain Glassey, responsable de l’Unité de médecine des violences. Certaines personnes n’osent plus sortir de chez elles. La qualité d’écoute de l’équipe infirmière est à ce titre fondamentale.»

 

Après avoir pris note du récit détaillé de l’agression, l’infirmière commence l’examen clinique du patient. Règle dans une main, appareil photo dans l’autre, elle relève chaque plaie, chaque hématome, puis dicte à un enregistreur le détail des lésions. « Il s’agit d’une étape de la consultation délicate, note la Dre Romain Glassey. Certains patients peuvent la vivre douloureusement. » En effet, Martin est livide. Au fil du long recensement de ses blessures, il semble prendre pleinement conscience de la violence de son agression. L’infirmière redouble d’attention. « Il est essentiel que le patient se sente en confiance.»

Martin remet son t-shirt. Après lui avoir une nouvelle fois expliqué que tout ce qui est consigné dans son dossier restera confidentiel, l’infirmière informe le jeune homme de la suite des démarches. La documentation médico-légale pourra l’aider à faire valoir ses droits. Il peut également s’adresser à différentes institutions, qui lui apporteront un soutien juridique et psychologique. « Nous ne faisons pas de suivi mais nous orientons les personnes vers les structures de soutien et d’accueil du réseau, notamment le Centre de consultation LAVI d’aide aux victimes d’infractions, explique la Dre Romain Glassey. Il ne faut pas oublier qu’une agression peut avoir des conséquences à long terme sur le plan de la santé, mais aussi sur le plan socioprofessionnel. »

Près de deux heures ont passé. L’infirmière demande une dernière fois à Martin comment il se sent. « Bien. Merci beaucoup. » Le jeune homme semble déchargé d’un poids infini. « Notre tâche ne se limite pas à la rédaction d’un constat de coups et blessures, cette consultation possède un rôle thérapeutique, nous explique l’infirmière. En écoutant le patient, on le reconnaît en tant que victime. Notre consultation va l’aider à entamer sa démarche de reconstruction. »

* nom connu de l’UMV

Pratique

La consultation de l’Unité de médecine des violences (UMV) est destinée à toute personne adulte victime de violence, qu’il s’agisse de violence de couple, familiale ou communautaire.

La consultation est gratuite et confidentielle.

Prendre rendez-vous du lundi au vendredi de 8h à 17h, les week-ends et jours fériés de 8h à 12h. Lausanne : 021 314 00 60. Yverdon-les-Bains : 024 424 42 20. Montreux : 021 966 64 77.

Chiffres

956 consultations dénombrées en 2014 à l’UMV

Contact

Unité de médecine des violences (UMV)
Secrétariat
Rue du Bugnon 44
1011 Lausanne
Prise de rendez-vous:
Du lundi au vendredi, de 8h à 17h
Samedi, dimanche et fériés, de 8h à 12h
Tél. +41 21 314 00 60
Formulaire de contact
Yverdon-les-Bains
Tél. +41 24 424 42 20
Montreux
Tél. +41 21 966 64 77
Dernière mise à jour
le 07/12/2017 à 18:32