Les miracles de la cicatrisation

En juin 2002, Christian Jeanneret est le seul rescapé d'un crash d'avion. Comment se remettre physiquement d'un tel trauma? Retour sur l'événement et sur les étapes de cette guérison.

Nos cicatrices racontent toutes une histoire différente; certaines témoignent de notre maladresse et des petits bobos du quotidien, tandis que d'autres sont la trace de passages à l'hôpital plus ou moins longs, comme la marque d'une ablation de l'appendice ou d'une opération du genou après un accident de ski.

Mais il y a une catégorie de blessures à part. Le genre de marques que laissent des événements si extraordinaires et dramatiques qu'il est impossible de deviner l'histoire qu'elles recèlent. Les cicatrices de Christian Jeanneret, seul rescapé d'un accident d'avion survenu en juin 2002, sont de celles-ci. Et pour en parler, seul ce vigoureux quinquagénaire peut trouver les mots qui conviennent.

Un choc dans le silence

«Une jeune membre de la Guggendont avait reçu pour ses 20 ans un bon pour un vol, avec deux passagers de son choix. Elle avait choisi son ami ainsi que mon épouse pour l'accompagner. Cette dernière n'aimant pas vraiment prendre l'avion, on m'a proposé de prendre sa place, ce que j'ai fait avec plaisir. Il faisait vraiment très chaud ce jour-là, et nous avons sorti tous ensemble l'engin de son hangar. Nous nous sommes ensuite installés dans l'avion: la jeune fille devant aux côtés du pilote, et les deux autres à l'arrière.»

Dans la voix de Christian Jeanneret, le récit est net, précis. Assis dans la salle à manger de son appartement montheysan, il repasse tout le déroulement du vol en détail jusqu'au moment où, embarqués pour un vol de loisir, trois des quatre passagers trouvent la mort suite au crash de l'appareil. «Juste avant que nous nous écrasions, je n'ai entendu aucun bruit dans l'avion. Tout le monde semblait comme pétrifié. J'ai cligné des yeux par réflexe au moment de l'impact, l'espace de quelques millisecondes. Mais j'ai vu les choses se secouer, puis s'arrêter autour de moi...»

Le pilote et la jeune femme sont tués sur le coup. A l'arrière, le 3e passager est encore vivant mais, au premier coup d'oeil, Christian Jeanneret réalise que l'état de ce dernier est désespéré: «Personne ne bouge. Je regarde mon bras droit et réalise qu'il n'y a plus d'avant-bras, j'ai la main au niveau du coude. Pourtant, même si je sens un boulon du plafond de l'avion appuyer contre mon crâne, je n'ai pas mal.»

L'attente des premiers secours

S'accrochant de sa seule main valide à sa ceinture de sécurité, le rescapé ne peut rien faire d'autre qu'attendre les secours. «Très vite, j'ai réalisé que cela ne servirait à rien de crier. J'ai donc attendu d'entendre les hélicoptères, persuadé que l'avion avait une balise pour les aider à nous repérer. Pendant ce temps, je parlais à mon voisin, lui disant que nous allions nous en sortir.»

Et puis c'est l'arrivée de l'hélicoptère de sauvetage: «Je me rappelle de chacun des mots de la doctoresse de la REGA, annonçant les décès des autres passagers à la radio, et du capitaine des pompiers. Ce dernier a fait un travail formidable, venant systématiquement m'expliquer ce qui se passait, à chaque fois que l'avion bougeait, et qui a tout fait pour que je ne panique pas, entre les secousses et l'odeur d'essence qui envahissait le cockpit. Vous ne pouvez pas vous imaginer le soulagement que j'ai ressenti lorsqu'il m'a dit: «Ne vous en faites pas. Nous sommes là, l'avion ne prendra pas feu...» Une fois sorti de l'avion, je me suis immédiatement retrouvé entouré d'une foule de personnes qui s'occupaient de moi.

En plus de ses blessures au bras, Christian Jeanneret est également touché aux cervicales. Et ses deux jambes, qui s'étaient littéralement enroulées sous le siège, sont brisées. «Avec toute l'adrénaline qui circulait dans mon corps, les drogues des médecins ont mis un temps fou à agir. Je ne me suis endormi qu'une fois au-dessus du lac, dans l'hélicoptère.»

A l'hôpital

«Après mon réveil, la famille et les amis sont venus me voir. Même si je voyais dans leur air horrifié que je devais être mal en point, je n'avais toujours pas mal. Du coup, c'était plutôt moi qui leur remontais le moral!"

Durant toute sa prise en charge au sein de l'Unité de traumatologie, Christian Jeanneret verra défiler psychiatres, inspecteurs du Bureau d'enquêtes sur les accidents de l'aviation civile et assureurs. "Avec un peu de recul, je considère vraiment cette période comme un grand repos. Quand je n'avais pas quelqu'un qui me rendait visite, je tapais la discussion avec mon voisin de chambre ou les infirmières.

Mais après un mois d'hospitalisation, les nouvelles ne sont pas réjouissantes: "Le chef de service est venu me voir pour me dire que les os de mes bras et de mes jambes consolidaient très difficilement. Et impossible de poser des vis, à cause du nombre de fractures. L'ultime solution était de tenter une greffe osseuse, en prélevant de la masse osseuse au niveau du bassin.» En cas d'échec, l'amputation représente la seule alternative.

Pour notre patient, ce sera l'un des rares moments où l'émotion prendra le dessus. «Quand mon fils est venu me rendre visite le soir même, je me suis mis à pleurer pour la première fois depuis l'accident. Je risquais de perdre mes membres. Mais le lendemain, je focalisais à nouveau sur la greffe, et l'espoir est vite revenu.» L'opération se déroule bien, «même si cette fois, je l'ai vraiment sentie passer!» admet Christian Jeanneret, qui se retrouve à ce moment-là obligé de garder le lit strict, pour laisser les os se reconstituer. Une attente qui met les nerfs de l'homme à rude épreuve: « Au bout de deux mois à l'hôpital, je n'en pouvais plus. Je voulais vraiment rentrer chez moi. J'en ai parlé aux médecins. Le chef de service m'a répondu: «Si tu arrives à marcher, je te signe le papier de sortie!» Et bien quelques heures plus tard, j'étais dans le corridor. Les médecins étaient prêts à me laisser sortir à condition que je sois traité par un physiothérapeute acceptant de venir me rééduquer à domicile et en qui ils auraient confiance. Ce qu'a accepté et fait Eric Diab du CHUV, avec qui j'avais sympathisé durant mon séjour.

Et plus encore

Retrouvez l'intégralité de l'interview dans le "CHUVIMagazine".

 Dernière mise à jour le 28/03/2018 à 12:08