1er bilan de la campagne de vaccination contre les HPV

Publié par Martine Jacot-Guillarmod le 08.03.2018
Une étude menée par le Service de gynécologie et les Instituts de microbiologie et de pathologie du CHUV a démontré l'impact positif de la vaccination contre certains papillomavirus humains (HPV) associés le plus fréquemment au cancer du col utérin.

Afin de mesurer l’impact à 10 ans de la vaccination HPV sur les jeunes femmes du canton de Vaud, le Service de gynécologie et les Instituts de microbiologie et de pathologie du CHUV ont réalisé une étude qui vient d’être publiée dans BMC Infectious Diseases. Un travail jamais initié en Suisse jusqu’à présent !

Contexte : prévention du cancer du col de l’utérus en Suisse

Une quinzaine d’HPV dits à haut risque sont à l’origine de plus de 99% des cas de cancer du col de l’utérus. Ce cancer ne se manifeste que chez un faible pourcentage de femmes (< 1 %), longtemps après l’infection initiale (> 10-20 ans) transmise sexuellement. Pour prévenir cette maladie, la Suisse a introduit son dépistage dans les années 1960. Depuis lors, l’incidence du cancer du col utérin a régulièrement diminué. Cependant, depuis plusieurs années, la courbe d’incidence s’est aplanie, suggérant que ce mode de prévention n’atteint pas l’ensemble de la population de femmes.

Pour réduire encore plus l’incidence du col de l’utérus, l’Office fédéral de la santé publique recommande depuis 2007 aux adolescentes de se faire vacciner contre le HPV afin de bloquer la transmission du virus au sein même de la population.  La vaccination est donc perçue à terme comme un moyen de prévention du cancer du col utérin dans l’ensemble de la population de femmes, y compris celles qui ne sont pas, ou mal, suivies par le dépistage.

Les virus HPV16 et HPV18 étant associés à près de 70% des cas de cancer du col de l’utérus, ils sont la cible de la première génération de vaccins offerte depuis 2008 en milieu scolaire par le canton de Vaud à toutes les adolescentes âgées de 11 à 14 ans, avant l’âge moyen des premiers rapports sexuels.

Un vaccin très bien adopté

Pour cette étude, les chercheurs ont évalué, par le biais d’un questionnaire, l’adoption du vaccin par les jeunes filles du canton de Vaud, cinq ans après qu’il leur a été proposé. L’analyse des données a permis de montrer que le vaccin a été très bien adopté (couverture vaccinale à cinq ans proche de 77%) et qu’il a été administré avant les premières relations sexuelles à près de 95% des vaccinées.

Cinq ans après le démarrage de la vaccination en milieu scolaire, la proportion des virus ciblés par le vaccin relativement à l’ensemble des HPV s’est révélée faible chez ces jeunes femmes, qu’elles aient été ou non vaccinées. La couverture vaccinale bien supérieure à 50% est probablement à l’origine de la protection indirecte des personnes non vaccinées via le blocage de la transmission du virus au niveau de la population (effet troupeau).

Diminution significative de la proportion des virus ciblés par le vaccin HPV dans une population à risque

« Cette faible proportion nous a incités à vérifier son évolution de 1999 à 2015 chez les femmes participant au dépistage du cancer du col utérin au CHUV» expliquent la Dre Martine Jacot-Guillarmod et le Dr Chahin Achtari du Service de gynécologie.

« L’analyse de notre base de données virologique a permis de confirmer la diminution significative de la proportion relative des HPV couverts par le vaccin qui est passée de 25 % avant l’implémentation du vaccin en 2008 à 11% dès 2013 chez les plus jeunes femmes (<26 ans) » complète le Dr Roland Sahli de l’Institut de microbiologie. « On s’attend à ce que cette proportion diminue également pour les tranches d’âges progressivement plus élevées dans le futur, car les femmes ayant bénéficié de manière directe ou indirecte de la vaccination constitueront une fraction de plus en plus forte de participantes au dépistage au fur et à mesure que l’on s’éloignera de l’année d’implémentation du vaccin. »

Continuer à encourager la vaccination, y compris chez les garçons


La diminution de la proportion des virus ciblés par le vaccin HPV chez les jeunes femmes participant au dépistage suggérant une protection indirecte des non vaccinées par les personnes vaccinées (effet troupeau évoqué plus haut), les auteur.e.s de l’étude souhaitent rappeler qu’il est important d’encourager la vaccination, y compris des garçons. « Plus de la moitié des cas de cancers du col utérin concernent des femmes qui n’ont pas bénéficié de dépistage optimal. La vaccination des garçons offrirait, outre un partage de responsabilité, une efficacité encore supérieure de la prévention du cancer du col de l’utérus, mais aussi d’autres cancers auxquels les HPV sont associés (anus, sphère oro-pharyngée) » commentent la Dre Jacot-Guillarmod, ainsi que le Prof. Massimo Bongiovanni de l’Institut de pathologie.

L’effet du vaccin sur la proportion des cas de cancers du col de l’utérus au niveau de la population ne sera pas visible avant une dizaine voire une vingtaine d’années étant donné la durée de persistance de l’infection précédant l’apparition du cancer. Avec l’implémentation de nouvelles générations de vaccins prévenant potentiellement plus de 90% des cas par une plus large couverture des HPV à haut risque oncogène, on peut toutefois espérer que le cancer du col de l’utérus devienne une maladie extrêmement rare en Suisse sur le long terme.
 

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Lire l’étude :

 

 Dernière mise à jour le 22/04/2018 à 10:10