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Le "Dr House" du CHUV

L’Unité de lits d'investigation «inflammatoire» du Service de médecine interne, c'est un peu le Dr House du CHUV. Depuis plusieurs années, la célèbre série télévisée américaine a popularisé le personnage du Dr Gregory House, interprété par l'acteur Hugh Laurie. A la tête du Département de diagnostic de l'hôpital fictif Princeton Plainsboro, dans le New Jersey, House est chargé à chaque épisode, avec l'aide de son équipe, de résoudre un mystère médical posé par l'état de santé d'un patient. C'est là le point commun entre l’Unité de lits inflammatoires et la série américaine. Mais la comparaison s'arrête là.


Ce n'est pas un seul médecin hors norme mais un collège de spécialistes qui joue le rôle du Dr House au CHUV. Le patient qui souffre d'une maladie complexe, inflammatoire, pour laquelle le diagnostic et le traitement sont difficiles à établir voit son cas examiné par toute la palette des spécialistes concernés.



Immunologues, néphrologues, pneumologues, gastro-entérologues, mais aussi rhumatologues, infectiologues, neurologues, dermatologues et internistes, se réunissent dans le Service de médecine interne pour discuter tous ensemble de son cas. Autour de la table, une réflexion commune est menée sur toutes les données recueillies: symptômes, résultats d'examens de laboratoire, imagerie, etc., afin d'établir de manière consensuelle un diagnostic puis un projet thérapeutique.

Un exemple vécu? Une patiente présentait toute une série de symptômes: une fièvre d'origine inconnue, une baisse de son état général, des difficultés à respirer et d’étranges troubles électrolytiques…

«On a tous tiré à la même corde, explique le professeur Gérard Waeber, chef du Service de médecine interne. Chacun a donné des idées, on a progressé, on a fait des investigations complémentaires. Pour finir, la patiente s'est révélée avoir une artérite giganto-cellulaire ou maladie de Horton. C’est une maladie assez courante mais les manifestations cliniques de cette artérite étaient totalement atypiques, principalement sous forme de symptômes pulmonaires."

Autre exemple de situations sur lesquelles nos «docteurs House» ont eu à phosphorer: une patiente souffrait de maladie de Wegener, une maladie qui touche le nez, les poumons et les reins, mais avec une atteinte inhabituelle du foie, manifestation atypique qui posait un problème de stratégie thérapeutique à définir en collège d’experts.

Accès rapide et ciblé à toutes les compétences

L’unité permet d'offrir au malade un accès rapide et ciblé à toutes les compétences requises par son état, en les réunissant au même endroit.  Une section de 10 lits - officiellement appelés "lits d'investigation inflammatoire" - est située au niveau 16 du Bâtiment hospitalier principal, spécialement dédiée à cette mission. Tous les spécialistes dont le patient a besoin sont là, autour de son lit. Ils investiguent le cas de deux à cinq malades par semaine.

Le Service de médecine interne constitue le lieu d'accueil. Ses médecins cadres, chefs de clinique et médecins assistants assurent la permanence et le support médical de l’unité. Mais c'est l'un des spécialistes qui assume, à tour de rôle pendant un mois, la direction des modalités de la prise en charge des patients.

Pour quels patients?

Il ne suffit pas que la situation d'un malade soit complexe pour qu'il soit hospitalisé dans un lit d'investigation pour une courte durée, le temps d'examiner son cas. Le bilan d'une greffe d'organe, par exemple, est une situation complexe mais les équipes savent très bien ce qu'elles doivent faire. Pour les patients accueillis dans un lit d'investigation, au contraire, on ne connaît pas d’avance la procédure à suivre: il faut précisément chercher ce dont souffre le patient et quel traitement lui appliquer, raison d’être de ce collège de spécialistes. Il arrive aussi que des patients souffrant de pathologies complexes déjà diagnostiquées ambulatoirement soient hospitalisés uniquement pour définir une stratégie thérapeutique lors de tels colloques.

Les pathologies susceptibles de faire l'objet d'une telle investigation présentent souvent un tableau de symptômes peu spécifiques communs aux maladies inflammatoires: une augmentation de la vitesse de sédimentation du sang et de la CRP¹ dans le plasma, associée à une fièvre d'origine inconnue et à une perte de poids. Ces maladies ont également en commun la particularité de toucher de nombreux organes, pas nécessairement en même temps, ce qui rend plus difficile l'établissement d'un diagnostic.

Mais ces pathologies prennent évidemment des formes très variées et relèvent, selon les cas, de l'une ou l'autre des spécialités réunies autour des lits d'investigation. Elles portent alors des noms compliqués qui relèvent du dictionnaire médical, et dont le seul énoncé n'apporte rien au grand public (voir page suivante). Leur diagnostic permet en revanche aux spécialistes d'adapter le traitement au cas particulier du patient.

L'engagement de toute une équipe

Si cette section de lits d'investigation pour les maladies inflammatoires est soutenue par le Service de médecine interne que dirige le professeur Gérard Waeber, l’idée du projet fut initialement suggérée par le professeur Giuseppe Pantaleo et le Dr Pierre-Alexandre Bart, immunologues au sein du Département de médecine. L’appui important de tous les spécialistes et en particulier des professeurs Michel Burnier, néphrologue, Laurent Nicod, pneumologue, Darius Moradpour et Gian Dorta, gastro-entérologues, et François Spertini, immunologue, a permis de cristalliser le projet en 2009. C'est une belle manière de mettre en pratique le leitmotiv du CHUV: le savoir au service du patient.

¹ La CRP (C Reactive Protein) est une protéine spécifique de la réaction inflammatoire aiguë. Très rapidement synthétisée par le foie lors de la réponse inflammatoire, elle se mesure dans le plasma issu du sang du patient.