Stimuler le cerveau en douceur
En pleine expansion dans le domaine médical, la stimulation non-invasive du cerveau permet d’inhiber ou de stimuler l’activité de certaines régions cérébrales sans avoir recours à la chirurgie.

«Les méthodes de stimulation non-invasives du cerveau sont prometteuses dans la pratique médicale et la recherche. Cela a notamment été démontré pour le traitement de la dépression ou des douleurs chroniques», indique le Dr David Benninger, responsable du Laboratoire de recherche en neurophysiologie centrale et périphérique du CHUV. «Nous avons conduit plusieurs études pour évaluer leur potentiel thérapeutique dans le traitement des troubles du mouvement, tels que la maladie de Parkinson. Mais il y a encore de nombreuses recherches à faire pour augmenter leur efficacité.»
Le spécialiste dispose ainsi, avec son équipe, d’un matériel d’exception pour continuer à évaluer ces nouvelles méthodes, dans le but plus large de soigner les patients atteints de maladies affectant le système nerveux.
Comprendre la maladie de Parkinson
L’une de ses recherches vise à étudier les troubles moteurs de la maladie de Parkinson et d’autres maladies du cerveau, mais également à explorer les mécanismes neurophysiologiques sous-jacents à ces troubles grâce à la stimulation non-invasive.
Une vingtaine de patients volontaires ont été recrutés pour recevoir, lors d’études en cours, de brèves impulsions magnétiques délivrées par une bobine placée sur leur cuir chevelu. Ces impulsions traversent leur crâne sans douleur ni dommage et peuvent atteindre certaines zones superficielles du cerveau. Elles y modulent l’activité des neurones.
La zone visée est celle du cortex moteur, une région du cerveau qui dirige les mouvements des muscles. «Cette technique est unique, car elle nous donne la possibilité d’agir sur des aires cérébrales précises et d’en explorer directement les effets, explique le Dr Benninger. Nous pouvons mesurer, par exemple, les effets de la stimulation sur la rapidité avec laquelle un patient bouge ses doigts. Mais nous pouvons également étudier les interactions entre la région stimulée et les régions avec lesquelles elle est connectée et tester leur plasticité. C’est-à-dire les capacités de réarrangement du cerveau, des connexions des neurones entre eux. Cette méthode de stimulation non-invasive nous permet ainsi de comprendre les effets de la modulation sur l’activité cérébrale et d’envisager déjà son potentiel thérapeutique.»
Réduire au silence les acouphènes
Une autre étude vise à mesurer concrètement le potentiel thérapeutique de la stimulation non-invasive. Elle porte sur la diminution des acouphènes chroniques, qu’aucun traitement ne permet de guérir. «Les acouphènes ne sont pas uniquement provoqués par un dysfonctionnement de la sphère auditive, explique le Dr Benninger. Plusieurs études ont établi que la plasticité neuronale est impliquée dans la génération de l’acouphène. Grâce à ces découvertes, nous allons tenter de rééquilibrer l’activité cérébrale au moyen de la stimulation non-invasive à bas courant continu. C’est une première qui n’a jamais été réalisée auparavant.»
Une quarantaine de volontaires souffrant d’acouphènes chroniques participeront à une étude dite en double aveugle (médecins et patients ne savent pas quel est le traitement donné). Un groupe de participants recevra de faibles courants électriques, tandis que le deuxième recevra des stimulations factices. Tous seront ensuite revus après un et trois mois pour évaluer la diminution des acouphènes à long terme. «La stimulation ne va pas faire disparaître ces symptômes, mais les soulager, précise le Dr Benninger. J’ai l’espoir que les patients puissent bénéficier à terme de séances de stimulation en ambulatoire à l’hôpital ou à la maison pour réduire au silence ces bruits obsédants!»
En savoir plus
La maladie de Parkinson demeure un problème de santé publique majeur qui touche plus de 1% des personnes âgées de plus de 65 ans. Actuellement, des médicaments permettent de corriger les symptômes précoces de la maladie, mais leur efficacité diminue à mesure que la maladie évolue et souvent des complications apparaissent, telles que les mouvements anormaux involontaires (dyskinésies).
Le Centre hospitalier de Lausanne bénéficie d’une longue tradition pour traiter les formes avancées de la maladie grâce à la stimulation cérébrale profonde. Cette intervention consiste à insérer de fines électrodes qui stimulent, au moyen de courants électriques, des régions précises du cerveau afin de diminuer les troubles moteurs. «Cette technique a démontré que le concept de la stimulation cérébrale peut améliorer d’une manière décisive la qualité de vie des patients, précise le Dr Benninger. Cela nous conforte dans l’idée de proposer des méthodes de stimulation qui ne sont pas invasives. Elles pourraient représenter une option thérapeutique pour des patients qui ne sont pas candidats à une intervention chirurgicale.»
