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"En Suisse, on dénombre chaque année 5000 nouveaux cas d'aphasie"
Reportage de Couleurs locales sur la RTS



«A près de 60 ans, j’ai réappris à parler»

A la suite d’un accident vasculaire cérébral, Patrice Birbaum devient aphasique. Il perd l’usage de la parole, ne peut plus lire ni écrire. Mais grâce à une rééducation intensive au CHUV et à une incroyable volonté, il a pu retrouver le sens des mots. Son témoignage.


Patrice Birbaum

Chez Patrice Birbaum, dans un appartement lumineux d’Avenches, de nombreuses photos témoignent de sa vie d’avant. On le voit en moto au Rallye des pharaons dans le désert égyptien, à ski aux côtés de la championne Lise-Marie Morerod ou encore sur une planche à voile. Ce père de 6 enfants raconte: «J’avais une vie très active, un poste à responsabilités, j’étais président de conseil. Mais il y a 5 ans, j’ai été victime d’un accident vasculaire cérébral. Je buvais un café avec mon amie et j’ai été tout d’un coup incapable

de lui parler. Des mots, des sons incompréhensibles sortaient de ma bouche. Elle m’a dit «Arrête, on dirait un fou!», mais je ne pouvais même pas lui dire que je ne le faisais pas exprès.»


Son amie l’amène rapidement à l’Hôpital de Payerne, d’où il est immédiatement emmené au CHUV en ambulance. Là, il reste une semaine aux Soins intensifs. Il souffre d’aphasie, un trouble de la communication causé par l’accident vasculaire cérébral. Cela se manifeste chez lui par une incapacité à parler, mais également à écrire et à lire. «Au début, je ne me rappelais même plus du nom de mes enfants, poursuit Patrice Birbaum. Aux Soins intensifs, j’ai commencé à rechercher mes mots. Mais ils restaient en grande majorité incompréhensibles pour mes interlocuteurs.»

Il commence ensuite une rééducation intensive au Service de neuropsychologie et de neuroréhabilitation durant quatre mois, où, à force de travail et de ténacité, il retrouve peu à peu le sens des mots. «Je voyais par exemple la lune par la fenêtre, mais son nom ne me venait pas, explique-t-il. J’écrivais alors sur une page une succession de mots comme «leuve, lurme, meule, lume» jusqu’à ce que j’entende le nom juste. C’était comme ça pour chaque terme. Mais j’avais néanmoins de la chance, car certains de mes compagnons de chambre n’arrivaient pas à entendre le bon mot.»

Il s’accroche également pour former des phrases: «Un jour, à l’hôpital, comme les toilettes étaient bouchées, j’ai voulu mettre un panneau sur la porte. Rien que pour écrire «Ne rentrez pas», c’était un travail de fou. Et quand je voulais expliquer pourquoi, mon esprit partait dans des méandres où j’inversais tous les mots. Quand je relisais, ça donnait «Ne rentrez pas, parce qu’il ne faut pas rentrer», ça n’allait pas. J’y ai passé finalement tout l’après-midi. Et quand j’ai voulu accrocher mon papier à la porte, un panneau y figurait déjà avec l’inscription «Fermé». C’est ça l’aphasie!»

A l’hôpital, Patrice Birbaum est suivi par une équipe de logopédistes pour travailler son expression orale et écrite. Il suit également un entraînement sur ordinateur qui lui permet de répéter des mots ou des phrases et de s’entendre parler. Accompagné par une ergothérapeute, il part en ville s’exercer à parler, à compter, à lire et à comprendre ce que lui disent ses interlocuteurs en situation réelle. «C’était dur d’être pris par la main par une jeune fille de 25 ans, explique-t-il. Mais je tiens à souligner que toute l’équipe était formidable - Laurence, Jocelyne, Aline, Christelle et Grégoire -, car ils m’ont réappris à parler. Plus ils voyaient que je progressais, plus ils voulaient me garder pour que je progresse encore!»

A sa demande, Patrice Birbaum peut rentrer chez lui. Mais pendant plusieurs mois, il éprouve des difficultés pour se débrouiller dans la vie de tous les jours: «J’alignais des mots qui ne voulaient rien dire dans les mails que j’écrivais ou je ne distinguais pas ce que l’on me disait au téléphone. J’avais aussi de la peine à m’orienter dans la rue. J’ai pu heureusement compter sur mon amie qui a toujours été à mes côtés pour m’expliquer ce que je ne comprenais pas.»

Il est à présent photographe officiel pour la ville d’Avenches. «On m’a dit que j’étais un modèle de volonté. Certes, ma vie n’est plus la même qu’avant, conclut-il, mais je suis heureux de pouvoir être à nouveau autonome.»