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Département de psychiatrie
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«Sans m'en rendre compte j'étais arrivée au bord du gouffre»

Depuis quelques années, Patricia Leroy consacre tout son temps libre à s'occuper de ses proches. Installée dans un état d'épuisement permanent, elle a trouvé de l'aide auprès de la Consultation psychologique pour Proches aidants.

Publié par Rachel Perret Antille

«Ma mère a développé un alzheimer à 80 ans. J’allais chez elle 2 fois par jour, avant et après le travail. Quand elle est entrée en EMS, je passais la voir 3 ou 4 fois par semaine, pour la distraire ou la faire marcher un peu. Son décès, en 2015, a coïncidé avec une dégradation de l’état de mon père, dont je m’occupais déjà. Quant à mon compagnon, lui aussi âgé, je l’aide depuis plusieurs années.» Patricia Leroy, 61 ans, se retrouve alors à devoir gérer le quotidien, les soins et l’administratif de 2 personnes proches, qui, petit à petit, perdent leur autonomie. «J’ai réduit mon taux de travail à 50%. Désormais, tout le temps que je ne passe pas au bureau, je le consacre à mon père ou à mon conjoint.»

La situation de Patricia Leroy n’est de loin pas unique. En Suisse, une personne sur 7 reçoit de l’aide de proches – et parmi celles et ceux qui sont âgés de plus de 85 ans, une personne sur trois est concernée. Dans la classe d’âge des 55-64 ans, une personne sur 5 fournit de l’aide à un proche malade, âgé, en situation de handicap ou en fin de vie.

Epuisement physique et psychique

C’est lors d’une consultation pour son compagnon au SUPAA (Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé), qu’une infirmière l’approche. «Je ne m’en étais pas rendu compte, mais j’étais au bord du gouffre. A force de chercher à nouer tous les bouts et de gérer les urgences sur plusieurs fronts, j’étais épuisée et dans une situation de tension interne intense. Lorsqu’on vous dit: «sans toi je serais mort depuis longtemps», on se sent rempli de reconnaissance mais aussi sous pression», relate Patricia.

«Il y a quelque chose de spontané dans le fait d’aider un proche – on prend le rôle de proche aidant souvent s’en rendre compte. Demander de l’aide dans une telle situation l’est beaucoup moins. Pourtant, l’épuisement physique et psychique est un risque important, explique Melissa Riat, de la Consultation psychologique pour Proches Aidants du CHUV. Aider une personne qui souffre de troubles cognitifs implique de faire face à de l’imprévu et d’assumer de nombreuses tâches de jour comme de nuit. Le quotidien devient lourd et chaotique. Les relations de couple ou au sein de la famille sont modifiées, car la personne aimée n’est plus tout à fait la même.»

Verbaliser la situation a permis à Patricia Leroy de clarifier les choses et d’admettre qu’elle ne pouvait pas tout résoudre. La sexagénaire s’octroie désormais 2 périodes de vacances par année. «Je m’échappe. Je pars seule, et loin! Je me suis organisée pour que tout roule en mon absence: entre l’aide des soignants à domicile, les amis ou avec des étudiants que j’engage pour la période. Mais l’affect reste difficile à gérer. Quand mon père ou mon compagnon vont mieux, je me sens bien. Quand ils n’ont pas le moral, ça se complique pour moi aussi.» Veiller sur soi-même permet de mieux prendre soin de l’autre et de réduire le risque de s’épuiser, conclut Melissa Riat. Patricia Leroy, elle, sera à la retraite dans 2 ans et compte bien en profiter.

Les prestations de la Consultation psychologique pour les proches aidants (CPA) sont gratuites et s’adressent à toutes les personnes concernées dans le canton de Vaud.
vd.ch/proches-aidants
chuv.ch/cpa



Lien(s)

30 octobre, Journée des proches aidants
La consultation psychologique pour proches aidants (CPA)
Proches aidants: informations sur le site de l'Etat de Vaud



Dernière mise à jour le 27.10.2016 17:55