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Les trois champs de la médecine palliative enseignés aux étudiants de médecine
  • Le savoir scientifique:

    l’identification et le contrôle des symptômes, la médication appropriée contre la douleur

  • Le savoir-faire:

    la connaissance du cadre légal, la maîtrise des diverses ressources pour intervenir, la responsabilité de communiquer au patient et à son entourage

  • Le savoir-être:

    la conscience de ses propres limites et de sa propre finitude ainsi que l’attention au patient et la reconnaissance de son droit à l’autonomie.

Tiré de Mourir, Gian Domenico Borasio, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2014, p.43.

Faculté de biologie et de médecine

La médecine palliative: une discipline médicale?

La première chaire de médecine palliative de Suisse a été créée en 2006 à l’Université de Lausanne. Ses buts sont nombreux: renforcer l’offre clinique, compléter la formation des médecins et développer la recherche pour améliorer le sort des personnes en fin de vie.


En raison du vieillissement de la population, les hommes et les femmes sont davantage atteints de maladies dégénératives ou touchant leurs fonctions cognitives. Face à ce constat, le gouvernement et les cantons ont développé en 2009 une stratégie nationale pour étoffer et faire connaître auprès de la population l’offre de soins palliatifs dans le pays.

«La chaire de médecine palliative de l’Université de Lausanne joue un rôle important dans le développement de cette stratégie, explique le Pr. Gian Domenico Borasio, titulaire de la chaire et chef du Service de soins palliatifs. Créée en 2006, elle a constitué une première étape dans la reconnaissance scientifique de la médecine palliative, longtemps vue comme pourvoyeuse uniquement d’antidouleurs. Or c’est une vraie discipline, dans laquelle il est urgent d’encourager la recherche et la formation des médecins.»

Réformer les études de médecine

Le Pr. Borasio a notamment coprésidé un groupe d’experts mandatés par l’OFSP pour définir les nouveaux objectifs en médecine palliative que tous les étudiants doivent avoir acquis au terme de leurs études de médecine en Suisse. Fait remarquable, les décisions ont été acceptées à l’unanimité par les cinq facultés de Genève, Lausanne, Berne, Bâle et Zurich.

Auparavant disparate, la formation de base de tous les futurs médecins couvrira dorénavant les trois champs de la médecine palliative: le savoir scientifique, le savoir-faire et le savoir-être (voir encadré). «Ce dernier point est extrêmement important, souligne le professeur. Cela signifie que le médecin sera rendu particulièrement attentif aux besoins et volontés de son patient et de sa famille. Celui-ci préfère peut-être rester à la maison plutôt que d’être transféré dans un hôpital. Il faut savoir reconnaître le moment où le bien-être et la qualité de vie du patient priment sur l’objectif de la guérison.»

Les cinq facultés sont chargées de mettre en place cette réforme pour la rentrée 2014. A la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, de nouvelles périodes d’enseignement portent notamment sur le contrôle des symptômes de fin de vie, la notion de la finitude et sur le concept primordial du changement de l’objectif thérapeutique.

Cette étape sera suivie par une autre action capitale, à laquelle le Pr. Borasio a collaboré dans le cadre de la stratégie nationale: la création d’un titre de formation post-graduée en médecine palliative, reconnu par la Fédération des médecins suisses (FMH), qui couronnera une formation de médecin rigoureuse et spécialisée.

Changer les perspectives

«Une recherche de haute qualité est déterminante pour améliorer les soins donnés aux patients, poursuit le Pr. Borasio. Des études portent sur le contrôle des symptômes, tels que la douleur, la nausée. Mais il faut également prendre en compte les aspects non physiques. La recherche démontre que la question du sens de la vie, les valeurs personnelles ou le bien-être des proches améliorent la qualité de vie des personnes malades.» Et de rappeler que des patients cancéreux ayant bénéficié aux Etats-Unis de soins palliatifs à un stade précoce ne voyaient pas seulement une diminution de leurs symptômes dépressifs et des séances de chimiothérapie, mais également une prolongation de leur survie de quasi trois mois!

A Lausanne, une étude sur l’accompagnement spirituel, financée par le Programme national de recherche "Fin de vie" (PNR 67), se penche sur le rôle joué par le concept du sens de la vie et les valeurs des patients dans les décisions thérapeutiques. Il s’agit de mieux comprendre leur influence pour que les professionnels puissent les utiliser comme ressource bénéfique chez les personnes en fin de vie. D’autres domaines sont explorés: l’efficacité des offres en médecine palliative ou l’expérience des proches de patients ayant eu recours au suicide assisté.

Deux plateformes, latine et alémanique, ont été créées respectivement en 2008 et 2012 pour coordonner les activités de recherche en soins palliatifs entreprises au sein des facultés de médecine suisses, des hôpitaux et des hautes écoles. Et actuellement, l’Académie suisse des sciences médicales lève des fonds pour la création d’une seconde chaire de médecine palliative, vraisemblablement située en Suisse alémanique. Signe que la reconnaissance de la discipline a franchi une nouvelle étape.

Pour mieux répondre aux besoins de la population des patients palliatifs âgés, qui est en augmentation constante, le CHUV vient de mettre au concours la première chaire mondiale dédiée aux soins palliatifs gériatriques. Elle sera subventionnée par trois fondations, dont la Fondation Leenaards, avec 3,9 millions de francs sur dix ans. Avec cette collaboration entre les services de gériatrie et de soins palliatifs, on essaye d’aborder le plus grand défi de la médecine moderne: le changement démographique.


Le rôle exemplaire du canton de Vaud

Le canton de Vaud a joué un rôle de pionnier. En 2002, le Grand Conseil a adopté un décret pour renforcer les soins palliatifs, afin de garantir à tous un accès à des soins de qualité.

Des premières mesures furent alors adoptées pour couvrir les besoins de la population et améliorer la formation des professionnels: la mise sur pied d’équipes mobiles se rendant au chevet des personnes malades, la création au CHUV de lits consacrés uniquement aux soins palliatifs, le renforcement de la formation du personnel soignant et la création en 2006 de la première chaire universitaire de médecine palliative.