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Dans les airs, en mer ou sur les cimes: le sommeil malgré tout

L’équipe du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS) s’est spécialisée dans l’étude du sommeil dans des conditions extrêmes. Son co-directeur, le Dr Raphaël Heinzer, détaille quelques exemples de rude mise à l’épreuve de la capacité d’éveil, entre bateaux transatlantiques et avions solaires. Entretien.


Vous avez travaillé avec des navigateurs, des pilotes ou encore des alpinistes. Comment gèrent-ils leur sommeil?

Ce sont des personnes qui font face à des conditions extrêmes, peu propices au type de sommeil dont nous avons l’habitude. Le navigateur Eric Llull nous a par exemple contactés l’an passé car il souhaitait gérer au mieux son sommeil durant la Mini-Transat, une course en solitaire entre La Rochelle et Bahia au Brésil sur des bateaux de 6,50 mètres. Nous lui avons appris une technique de sommeil polyphasique: au lieu de dormir d’une traite, la journée se répartit entre des petites siestes d’une demi-heure et des périodes de veille d’une heure et demie. Cette technique lui a été profitable: il a fini 8ème sur 48 concurrents, après avoir longtemps fait course en tête, et a mieux géré les épisodes de tempête la nuit, alors que ses concurrents étaient en proie au sommeil. Il n’a pas eu de «dette du sommeil» au retour, et a conservé des réflexes et capacités intellectuelles stables.

Cette répartition peu habituelle du sommeil n’a donc pas de conséquences négatives sur l’organisme?

Non. Je vais vous donner un autre exemple. Nous avons étudié  le pilote André Borschberg dans le cadre du projet d’aviation Solar Impulse. Lors de nos examens, nous avons constaté qu’il gardait des très bons réflexes et une vigilance satisfaisante après 72 heures passées dans un simulateur aérien, et des périodes de repos restreintes à des tranches de 20 minutes. Il faut dire qu’il a une sacrée capacité de résistance!

Autre milieu extrême: la haute montagne. Quels sont les problèmes rencontrés dans cet environnement?

Il se produit des apnées du sommeil lorsqu’on va en altitude. Contrairement aux apnées en plaine dues au fait que la gorge se referme, les apnées d’altitude sont causées par le cerveau, qui ne donne plus l’ordre de respirer. Ces courtes périodes sans respiration sont suivies de brefs réveils qui altèrent la qualité du sommeil en montagne. A partir de 5'000 mètres, tout le monde est concerné; plus bas, des variations existent d’une personne à l’autre. Nous allons mener prochainement une expérience à la Jungfraujoch avec le professeur Millet de l’Université de Lausanne pour évaluer le rôle joué d’une part par le manque d’oxygène, d’autre part par la baisse de la pression atmosphérique dans la survenue de ces apnées.

Quels traitements développez-vous contre ce type d’apnées?

Nous avons pu aider des alpinistes au Ladakh, dans l’Himalaya, à lutter contre l’apnée grâce à des masques qui permettent d’inspirer une partie du gaz carbonique que l’on rejette, de manière à maintenir un taux de gaz carbonique suffisant dans le sang et de garder une respiration stable. Nous sommes en train de développer des solutions similaires pour des paysans en Bolivie, également concernés par l’apnée du sommeil.