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"Jardinier de l'âme, mon voisin pratique les greffes"

Dans un témoignage illustré, Stéphanie nous relate avec émotion l'attention particulière qu'elle apporte aux pérégrinations des nouveaux protégés de son voisin jardinier : des greffons de rosiers.



Mon voisin a septante ans, sa maison est agrémentée d'un immense jardin luxuriant qui fait toute sa fierté. Dès que l'on passe le portail, tous nos sens sont sollicités, du laurier sauce s'épanouissant en haie au bruit que fait une petite cascade près de l'entrée. C'est là que se trouve aussi un petit étang qui voit frayer chaque année une compagnie de poissons rouges, quelques feuilles de nénuphars leur servant de cachette.

C'est souvent lors d'un : « J'veux vous montrer » qu'il m'interpelle. La plupart du temps s'ensuit une heure de visite guidée. De l'étang où nous guettons l'éclosion des premières fleurs de nénuphars nous faisons ensemble le tour de sa maison pour passer en revue rhododendrons et hibiscus. Nous débouchons ensuite sur une petite colline aménagée en pierres du Jura, terrain propice pour les cyclamens, ficaires, sariette, différentes joubarbes et autres plantes de rocailles. Outre la serre au fond du jardin dont il s'occupe toute l'année et où poussent cerfeuil, choux-fleurs, persil, côte de bettes, tomates, véritable arche de Noé, son activité favorite reste, sans aucun doute, la greffe en écusson.



Mon voisin pratique la greffe de rosier et d'arbres fruitiers depuis aussi loin que remonte sa passion pour les plantes, autant dire, fort longtemps.


Penché au-dessus d'un plant, il m'explique avec détails comment il choisit méticuleusement un plant de rosier en fonction de sa couleur de fleurs, comment, avec un petit couteau, il prélève le long de la tige une petite pousse appelée greffon, pour ensuite l'appliquer à un autre plant de rosier dans lequel il a, préalablement, fait une entaille. Délicatement, il panse la plante avec de la ficelle naturelle et attendra de voir si la greffe « prend ». « Parfois » me dit-il, « c'est foutu » le greffon a fait un rejet.





Il est loin de se douter que, suite à une maladie génétique, je suis transplantée rénale et que je suis particulièrement sensible à son récit. J'ai en effet bénéficié d'un premier don de rein de mon père en 1997 puis, après neuf ans, j'ai fait un rejet chronique. En octobre 2007, après une période de dialyse, j'ai reçu un rein de mon époux. Je me porte bien et, contrairement aux greffes de rosiers et d'arbres, je dois prendre un traitement immunosuppresseur sur le long terme. Je suis donc avec une attention toute particulière les pérégrinations des nouveaux protégés de mon voisin. Je me surprends à espérer que chacun de ses nouveaux greffons, comme il dit, « prenne », et trouve en son nouvel antre terrain propice à son développement.



Greffe rénale


Formation d'un rameau à partir du greffon




D'autres fois poursuit-il, le rosier reprend, plus magnifique que jamais, donnant de nouvelles fleurs de couleurs différentes. Ainsi, sur un même plant, on peut alors trouver des roses de couleurs et de formes différentes. « Ce greffon a trois ans, celui-ci est plus ancien, celui-là n'a pas eu de chance, il avait pris et puis, malheureusement, il a gelé », me raconte mon ami.

Avant de rentrer, nous ferons encore un petit détour dans l'humidité ambiante de son jardin d'hiver où se lovent des orchidées de toutes sortes, il me fera cadeau d'un planton de l'une d'entre elles, une magnifique cymbidium. Je repars heureuse et je me réjouis déjà de ma prochaine rencontre avec ce jardinier de l'âme.

Stéphanie