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«On doit faire face à de grandes détresses psychologiques»

Isaline Loizeau travaille aux Service des urgences du CHUV depuis 4 ans. Un métier sous haute tension, qu’elle évoque avec passion et enthousiasme.


C’est une idée qui l’a accompagnée longtemps. Pendant ses études, pendant ses quatre années au Service de chirurgie viscérale des HUG, et jusqu’en 2008, où elle s’est enfin lancée. Car Isaline Loizeau nourrissait l’ambition de revêtir la tenue d’infirmière urgentiste depuis un stage aux urgences de la Chaux-de-Fonds. Une évidence qu’elle a pris le temps de laisser mûrir. «C’est un milieu spécifique, il faut posséder des compétences professionnelles, mais aussi se connaître en tant que personne, affirme Isaline Loizeau, infirmière au Service des urgences. Il vaut mieux connaître ses limites, certaines situations de réanimation sont parfois délicates à vivre.»

Isaline Loizeaz

Engagée au Service des urgences du CHUV, elle entame alors une formation en cours d’emploi d’infirmière experte en soins d’urgence.

Diplômée depuis l’an dernier, Isaline se trouve à sa place ici. Même si les urgences hospitalières constituent un large condensé d’émotions, d’adrénaline et de diversité humaine. Difficile de s’ennuyer pendant ses 12 heures de service. «C’est un travail passionnant, dans les soins aigus, tout est à

faire. On voit arriver un patient avec une plainte et il y a un grand travail d’équipe pour découvrir quel est le problème et ainsi donner la bonne orientation au patient.»

De l’émotion à haute dose

Les urgences, théâtre des petits et grands drames de la vie, offrent un riche panorama de la société, une matière humaine qui fascine Isaline Loizeau.

Si les relations avec les patients sont courtes, les infirmières les côtoient au maximum 12h, elles n’en sont pas moins intenses. Il arrive qu’un patient écrive au service pour adresser ses remerciements au personnel. Des gestes qui touchent l’infirmière genevoise. «C’est important parce que cela gratifie notre travail.»

Une tâche parfois dévorante. Aux urgences, chaque journée et chaque nuit apportent son lot de bonnes et mauvaises surprises. «ll y a une grande diversité de population, et parfois les gens arrivent avec une profonde détresse psychologique. On est aussi beaucoup confronté à la solitude des personnes âgées, très fréquente, très abrupte. Et il ne faut pas l’oublier, l’une des autres réalités de notre métier: on meurt aux urgences. Et dans ces cas-là, il faut être présent pour accompagner les familles. Cela demande une certaine solidité.» En première ligne face aux patients et leurs famille, la jeune infirmière a dû apprendre à jongler avec des émotions intenses. Les canaliser pour ne pas se laisser submerger.

L’échange entre collègues devient alors la première soupape de décompression. «On reparle de certaines situations, d’émotions pénibles, on confronte nos expériences. Parfois, juste faire une pause entre deux patients permet de poser un peu tout cela. C’est très précieux», constate la jeune femme. L’aumônerie et le recours à des ressources extérieures au service comme des spécialistes en débriefing interviennent au second plan, quand les confrères et consoeurs ne suffisent plus à juguler ce trop plein d’émotion. L’équilibre vient aussi de l’entourage, du «monde extérieur». «Quand on pousse la porte, c’est un retour à la vie normale. Le pire serait de se laisser dépasser et d’emporter tout cela à la maison. Un entourage loin des réalités hospitalières aide souvent à créer une saine coupure.»

Soulager la douleur des patients

Bien heureusement, toutes les histoires ne sont pas dramatiques, il y a aussi des petits moments de grâce dans le service, comme cette jeune femme qui se présente pour une douleur abdominale et qui ressort des urgences avec la nouvelle d’un heureux événement. «La satisfaction quotidienne peut venir de cas très simples. Parfois, c’est juste d’avoir renseigné quelqu’un. On ne cherche pas à tout prix à solutionner des cas complexes.»

Isaline Loizeau ne se dit pas prête à quitter de sitôt ce poste où l’on a quotidiennement rendez-vous avec l’inconnu et l’adrénaline. «Je me sentirais à l’étroit dans un service plus traditionnel», glisse-t-elle dans un sourire. Pour l’heure, elle se réjouit de la tâche incombant à l’infirmière responsable de l’accueil et de l’orientation. Un poste auquel les infirmières sont assignées au plus tôt 18 mois après leur arrivée aux urgences. Depuis janvier 2013, l’infirmière pourra, grâce à un protocole médico-délégué, administrer certains antalgiques dès la zone de tri. Les patients seront ainsi plus rapidement soulagés. Un retour à l’essence même du rôle de l’infirmière.