Immunothérapie: retraitement et maladies auto-immunes

Publié par Kittel Amelie le 25.06.2020
Deux experts du CHUV proposent une stratégie de personnalisation de l’immunothérapie pour traiter les patients souffrant de maladies auto-immunes et pour reprendre le traitement après une toxicité importante. Un travail qui vient d'être publié.

Le Dr Michel Obeid, médecin associé au Service d’immunologie et allergie, et la Pr Solange Peters, cheffe du Service d’oncologie, ont publié  deux premiers consensus quant à l’utilisation de l’immunothérapie du cancer chez les patients affectés par une maladie auto-immune active (MAI) et à la reprise du traitement après un effet indésirable important*.

Historiquement, les patients atteints de cancer et de MAI préexistante ont été exclus des essais cliniques d'immunothérapie en raison d’un risque important de développer des effets indésirables graves et d’exacerber leurs maladies préexistantes. Non seulement il n’existe pas d’études prospectives pour déterminer la meilleure stratégie pour délivrer les inhibiteurs du point de contrôle immunitaire (ICI) à ce type de patients, mais il n'existe pas non plus de recommandations consensuelles pour traiter cette population spécifique ni aucun moyen de déterminer le rapport bénéfice/risque pour chaque cas individuel.

Cependant, un nombre croissant de preuves indique que les ICI peuvent être sûrs et efficaces pour cette catégorie de patients. Dès lors, les ICI restent une stratégie anticancéreuse prometteuse et ne doivent pas être de facto évités chez tous les patients.

Pour relever ce défi considérable, et au lieu de contre-indiquer la thérapie par ICI à tous les patients avec des MAI actives, les scientifiques proposent une approche préventive de traitement personnalisé en deux étapes. Une première étape de rotation thérapeutique, avant l’initiation des ICI, en optant pour la thérapie immunosuppressive sélective la plus appropriée afin de réduire le risque de compromettre l'efficacité des ICI. Puis, une deuxième étape de combinaison de l'ICI avec l'immunosuppresseur sélectif pour empêcher l'exacerbation de la MAI au cours du traitement.

Les auteurs ont également publié un premier consensus sur la reprise de l’immunothérapie chez les patients atteints de cancer ayant développé une toxicité de haut grade au cours de l’utilisation des ICI. La décision de reprise de l’ICI après une toxicité de haut grade est toujours une décision difficile en raison d’une éventuelle récurrence de cette toxicité et de l'absence des recommandations claires. Puisqu’un certain nombre de ces patients répondent bien à la reprise de l’immunothérapie sans pour autant présenter ni le même type de toxicité initiale ni la même gravité, il semble optimal de proposer une stratégie préventive afin de minimiser le risque de reproduire la toxicité initiale ou une nouvelle plus sévère avec la reprise des ICI. Une approche de prophylaxie secondaire mais personnalisée selon le profil de chaque patient pourrait être introduite après une discussion pluridisciplinaire.

Les efforts pour trouver des consensus internationaux sur ces thèmes d’importances et d’initier des projets de recherches translationnelles soutenus par notre institution (tels que le projet B-I/O-Mark visant à identifier de nouveaux marqueurs pour les ICI) permettront au CHUV d’atteindre un niveau d’excellence mondial dans la gestion des effets indésirables secondaires aux immunothérapies.

Ce travail n’aurait pas été possible sans la collaboration quotidienne avec l’ensemble du personnel soignant et collègues du Département d’oncologie ainsi que l’ensemble des autres services impliqués dans cette prise en charge pluridisciplinaire.

*Cette recherche a été réalisée avec des experts de l’ASCO, de l’ESMO, du SITC et du NCCN.

 Dernière mise à jour le 07/08/2020 à 14:10