Communiqué de presse
Lausanne, 15 février 2022

Le jeu Tetris permet de réduire les flashback liés à l’accouchement

Une équipe de chercheuses CHUV-UNIL vient de développer une activité thérapeutique de brève durée ayant permis de diminuer de 82% les flashback liés à l’accouchement. Ce traitement pourrait réduire, en un seul rendez-vous, les symptômes du stress post-traumatique lié à l’accouchement.

Le trouble du stress post-traumatique lié à l’accouchement (TSPT-A) est un trouble de la santé mentale que développent 4 à 6% des femmes après leur accouchement. Il se caractérise notamment par des flashback, c’est-à-dire des sensations ou images douloureuses de l’accouchement, qui reviennent spontanément en tête, telle que la vision du bébé inerte après la naissance. Ces fragments de souvenirs peuvent fortement perturber la vie quotidienne, mais aussi contribuer à aggraver les autres symptômes de TSPT-A. Actuellement, les traitements du TSPT-A sont peu nombreux et nécessitent généralement des rendez-vous répétés avec un·e thérapeute.

Utiliser les mécanismes de reconsolidation de la mémoire 
Cherchant à développer un nouveau traitement, l’équipe de recherche s’est appuyée sur les mécanismes de reconsolidation de la mémoire, qui permettent de travailler sur le vécu traumatique d’un évènement. L’activité a été proposée à 18 femmes souffrant de flashback réguliers de leur accouchement, qui avaient accouché en moyenne deux ans auparavant. Cette activité durait environ une heure et impliquait un bref récit de l’accouchement suivi d’une session du jeu Tetris : « Nous pensons qu’une tâche visuo-spatiale telle que Tetris permet d’éviter aux images traumatiques, que l’on retrouve dans les flashback, de se reconsolider en mémoire, et donc de surgir ensuite de façon intempestive à l’esprit » expliquent la Pre Antje Horsch, et la Dre Camille Deforges, toutes deux affiliées à l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins CHUV-UNIL (IUFRS) et qui ont coordonné cette recherche. Pour mesurer les bénéfices de l’activité, les femmes remplissaient un journal dans lequel elles notaient tous leurs retours en arrière durant les semaines précédant et suivant l’activité.

Les résultats de cette étude pilote, qui viennent de paraître dans le Journal of Affective Disorders, montrent que les flashback liés à l’accouchement ont diminué de 82% suite à l’activité, et que les symptômes de TSPT-A ont, quant à eux, diminué de 57%. « Avant [le rendez-vous], ce n’était pas du tout envisageable, mais maintenant on essaye de faire un deuxième enfant » témoigne l’une des femmes ayant participé à l’étude. « Pour être honnête quand j’ai joué à Tetris je n’y croyais pas trop », s’amuse une autre participante, « et au final je ne fais plus de cauchemars, je n’ai plus de flashback, je ne suis plus angoissée donc, pour moi en tout cas, ça a très très bien marché ».

Ces résultats encourageants suggèrent qu’une simple activité pourrait soutenir efficacement les femmes concernées par le TSPT-A. Plus globalement, elle pourrait aussi être bénéfique pour toute personne ayant vécu un évènement traumatique et souffrant de flashback. Avant de pouvoir l’affirmer, de nouvelles études sont nécessaires. C’est la raison pour laquelle le Fonds national suisse de la recherche scientifique a accordé à la Pre Horsch un financement qui permettra de tester l’activité dans un essai clinique randomisé de plus grand ampleur.

Le CHUV en bref

Le CHUV est l’un des cinq centres hospitaliers universitaires suisses, aux côtés des hôpitaux de Genève, Berne, Bâle et Zurich. Il poursuit trois missions de base confiées par les pouvoirs publics: les soins, la formation et la recherche.

En 2021, grâce à ses 12'228 collaborateurs-trices, le CHUV a accueilli 51'205 patient-e-s hospitalisé-e-s pour plus de 500'374 journées d’hospitalisation. Il a traité 80’261 urgences, assuré 1'451'300 consultations ambulatoires et accueilli 3’177 naissances. Son budget annuel est de 1.832 milliard de francs.

Afin d’assurer la formation des médecins, le CHUV est étroitement lié à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne. Il collabore également avec les autres institutions universitaires lémaniques (EPFL, ISREC, Institut Ludwig, Université de Genève), les Hôpitaux universitaires de Genève, ainsi qu’avec d’autres hôpitaux, établissements de soins ou institutions, telles la Fédération des hôpitaux vaudois et la Société vaudoise de médecine.

Depuis 2019, le CHUV figure dans le classement des meilleurs hôpitaux du monde, selon le magazine Newsweek.