Année des proches: rencontre avec deux collaborateurs du PGE

Publié par Arbnore Sada le 29.10.2018
La thématique des proches a accompagné le Service de psychiatrie générale (PGE) tout au long de l'année 2018. Soutenir une mère, un ami ou un enfant souffrant de troubles psychiques peut générer diverses craintes et interrogations.

Afin de mieux comprendre les besoins des proches et les efforts mis en place par le Service de psychiatrie générale, nous avons rencontré deux collaborateurs du PGE:

Madame Filipa Sueur travaille en tant qu’assistante sociale auprès de la section « Eugène Minkowski » depuis une dizaine d’années. Cette section du PGE offre une prise en charge aux personnes qui souffrent de schizophrénie et de troubles apparentés.

Monsieur Loïc Despierres est infirmier chef de l’Unité de soins Dauphin de la section « Karl Jaspers » qui accueille et accompagne les patients souffrant de troubles anxieux, de la personnalité et de l’humeur. Monsieur Despierres travaille au Département de psychiatrie du CHUV depuis 2011.

 

Le PGE a décidé de consacrer l’année 2018 aux proches. Pourquoi la question des proches est-elle essentielle ?

F.S. : Le service de psychiatrie générale accorde depuis toujours une place particulière aux proches. Ils font partie de l’environnement du patient et nous apportent souvent une vision et une perspective supplémentaire sur leur quotidien et leur rapport à la maladie. D’ailleurs, en tant qu’assistante sociale, la question des proches émerge dès le premier bilan. Je cherche à cerner l’environnement extérieur du patient ; savoir s’il est marié, a des enfants ou vit plutôt isolé. L’implication, les besoins ou le rôle des proches se manifestent donc naturellement lors d’une prise en charge.

L.D. : En valorisant les proches, l’année 2018 a encouragé le service à mieux imaginer la place et les besoins des familles de nos patients. Cet accent sur les proches a également permis d’étendre l’offre du Service de psychiatrie générale tout en poussant les collaborateurs à devenir plus créatifs.
 

Le contexte psychiatrique crée-t-il des besoins spécifiques pour les familles des patients souffrant de troubles psychiques ?

F.S. : La maladie psychiatrique est souvent décrite comme un « tsunami ». Lorsqu’un patient perd ses ressources et son indépendance, je constate que les proches prennent alors un rôle « d’intermédiaire ». Ils tentent de combler les manques, de protéger et d’entourer le patient au mieux. Le quotidien des proches n’est pas évident : ils se sentent parfois coupables et souhaitent connaître les causes précises de la maladie. Après ce raz-de marée qui affecte patients et proches, les fondements de la vie de famille doivent se reconstruire avec la maladie. Dans mon métier, il n’est pas rare qu’une prise en charge individuelle se transforme en prise en charge plus globale. Par exemple, lors de la décompensation psychotique d’une mère de famille, mon rôle est aussi de soutenir le mari qui se retrouve dépassé par l’absence de sa femme ou l’enfant qui doit poursuivre son développement personnel.

L.D. : Le contexte psychiatrique amène une certaine angoisse ainsi qu’un tabou lorsqu’un patient est hospitalisé. Les hôpitaux psychiatriques ont souvent des connotations négatives qui suscitent des craintes. Notre travail est alors de normaliser la situation, de déstigmatiser le contexte psychiatrique et d’expliquer que la maladie psychique n’est jamais choisie.
 

Quelle relation est-ce que les soignants en psychiatrie souhaitent entretenir avec les familles des patients ? Quels sont les éléments que le service met en place pour apporter un soutien aux proches ?

F.S. : Le proche représente un allié pour le personnel médical, alors nous veillons à lui offrir un soutien réciproque. Nous prenons soin des proches en proposant des réponses, des informations détaillées sur la maladie et des lieux d’échange. Les Rencontres de Chauderon que le PGE organise permettent de créer des liens et d’ouvrir des discussions entre familles, voisins et professionnels. Ces échanges sont précieux car les proches doivent pouvoir s’exprimer, être aiguillés et partager ce qu’ils vivent. Le service collabore également avec des associations telles que l’îlot ou le Graap. Les groupes de proches permettent de dissiper les angoisses des familles en rencontrant des personnes confrontées à des problématiques similaires.
 

Quels sont les défis majeurs concernant la thématique des proches ? De quelle manière le PGE adresse ces difficultés ?

L.D. : Des tensions peuvent parfois émerger entre un besoin de transparence et des règles de confidentialité. Les proches cherchent parfois à obtenir des informations alors que le patient désire protéger son intimité. Le personnel soignant peut également être confronté à l’incompréhension des proches. En tant que soignant, nous apprenons à travailler sous le regard du proche et à l’associer à la prise en charge. Le PGE est extrêmement attentif aux demandes des proches et cherche à être aussi transparent que possible concernant les lieux et les conditions d’hospitalisation. La psychiatrie d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier ; il est important de rassurer nos interlocuteurs et de communiquer sur nos méthodes de soins. La transparence de l’hôpital veille cependant à ne pas affecter la protection du patient qui demeure cruciale. En créant un espace « parents/enfants/adolescents » au sein de l’hôpital, nous permettons également aux familles de recevoir leurs enfants et leurs proches dans un espace plus convivial, et ainsi protéger leurs relations dans ce moment de turbulence.
 

La place accordée aux proches a-t-elle évolué au cours des années dans le milieu médical ? Diriez-vous qu’aujourd’hui, les familles de patients cherchent un soutien plus spécifique ?

L.D. : Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe. Aujourd’hui les gens n’attendent plus de parler à un infirmier pour trouver des réponses. Nous avons donc face à nous des proches de plus en plus exigeants. Ils se renseignent préalablement sur la maladie, les lieux d’hospitalisation en Suisse et les méthodes de soins employées à l’étranger. Nous constatons que les proches arrivent avec des demandes et des besoins de plus en plus spécifiques. Cette évolution est très bénéfique car elle nous motive à réinventer nos offres de soutien. Par ailleurs, nous ne considérons jamais la relation au proche comme acquise. Ce partenariat entre les soignants et les proches est entretenu et sans cesse remis sur l’ouvrage.

 Dernière mise à jour le 19/11/2018 à 20:10