Caféine en psychiatrie : la dose fait le poison

Publié par Aurelie Reymond le 20.11.2018
Le groupe de recherche du Prof. Chin Bin Eap (Département de psychiatrie) a montré que les patients suivis en psychiatrie et ayant des concentrations de caféine dans le plasma très élevées ont un risque accru d'hypercholestérolémie et de surpoids.

La Dre Aurélie Reymond-Delacrétaz, biologiste exerçant des travaux de recherche à l'Unité de pharmacogénétique et psychopharmacologie clinique du CHUV (Centre de neurosciences psychiatriques), collabore depuis plusieurs années avec deux autres services du Département de psychiatrie (Prof. Philippe Conus, Service de psychiatrie générale et Prof. Armin von Gunten, Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé). Elle s’intéresse aux effets indésirables induits par des médicaments utilisés en psychiatrie, dans le but de les prévoir et, si possible, de les prévenir. Un intérêt particulier est porté sur le fort risque de troubles lipidiques et sur d’autres signes d’un syndrome métabolique (qui associe typiquement une obésité et un diabète) observés chez les patients recevant différentes classes de psychotropes (nombreux antipsychotiques, certains stabilisateurs de l’humeur et/ou antidépresseurs). Ces effets secondaires résultent de nombreux facteurs incluant notamment la maladie psychiatrique, le traitement pharmacologique ainsi que certains facteurs environnementaux, tels qu’une mauvaise alimentation et/ou un manque d’activité physique.

La consommation de café est importante chez les personnes présentant un trouble psychiatrique et la proportion de grands consommateurs de café y est plus importante que dans la population générale. Cette consommation excessive pourrait être expliquée par plusieurs éléments, notamment par la prise de médicaments pouvant présenter des effets sédatifs (induisant une sensation de fatigue, de somnolence et/ou de sédation) et/ou anticholinergiques (associés à un sentiment de soif). Dans la population générale, des études ont montré un effet dose-dépendant entre la consommation de café et les taux de cholestérol dans le sang. Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer cette association, incluant notamment l’implication de la caféine dans la lipolyse, l’oxydation des acides gras et la mobilisation de glycogène dans les muscles. Ainsi, une consommation excessive de caféine pourrait aussi péjorer le profil lipidique des patients en psychiatrie, ce qui n’a jamais été étudié.

Notre étude visait à mesurer les taux de caféine dans le plasma dans une large population de patients avec des troubles psychiatriques recevant des psychotropes induisant des effets secondaires métaboliques, et à déterminer si ces taux sont associés aux paramètres lipidiques et/ou à l’indice de masse corporelle (IMC). L’étude, publiée en novembre 2018 dans la revue Frontiers in Psychiatry, montre que les patients ayant des concentrations de caféine dans le plasma particulièrement élevées (environ 13% des patients) ont un risque accru d’avoir une hypercholestérolémie (valeur trop élevée de cholestérol) et d’être en surpoids par rapport aux patients dont les concentrations de caféine sont modérées. Il est important de souligner que d’un point de vue clinique, le fait de diminuer sa consommation d’une à deux tasses de café par jour ne va pas améliorer significativement sa condition métabolique, la problématique se situant davantage dans les consommations particulièrement excessives (plus de 12 expressos ou plus de 10 boissons énergisantes de 250 ml par jour environ). Ainsi, comme le disait Paracelse, il semble que « c’est la dose qui fait le poison ».

Dans le futur, des études chez les patients psychiatriques particulièrement vulnérables aux effets secondaires métaboliques des traitements psychotropes (par exemple des patients jeunes, en premier épisode de la maladie et qui consomment des quantités excessives de boissons caféinées) pourraient être initiées pour évaluer l’impact de conseils diététiques (incluant une diminution graduelle de consommation de caféine) sur l’amélioration de leur profil métabolique et/ou la prévention de l’apparition de ces effets indésirables.

 

En savoir plus sur l’Unité de pharmacogénétique et psychopharmacologie clinique : http://www.chuv.ch/psychiatrie/dp-uppc

Pour lire l'article : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyt.2018.00573/ful

 

 Dernière mise à jour le 16/12/2018 à 14:10