Interview - Grandir en forme et limiter l'excès de poids

La Consultation de surpoids et d’obésité pédiatrique de notre unité propose des activités de groupe aux enfants et adolescents en excès de poids, ainsi que des suivis individuels. Pour en savoir plus, nous avons posé quelques questions à Sylvie Borloz, diététicienne et responsable des programmes thérapeutiques.

Combien de jeunes sont concernés par l’excès de poids?
En Suisse, on estime que 15 à 20% des enfants et adolescents sont en surpoids, dont 4 à 5% sont obèses. Actuellement, nous nous occupons d’environ 350 jeunes patients, qui proviennent majoritairement de la région lausannoise.

Quelles en sont les raisons?
Les causes de l’excès de poids sont bien connues. Il s’agit de facteurs liés à la génétique, au comportement - une alimentation déséquilibrée, avec ou sans trouble du comportement alimentaire, la diminution de l’activité physique, une baisse du sommeil - ou encore psychologiques à la suite de traumatismes.

Votre unité propose une solution originale pour y remédier?
Nous offrons des programmes thérapeutiques de groupe, appelés «Grandir en forme» pour les enfants et leurs parents. Ils sont organisés par tranche d'âge et sont formés de plusieurs modules à thème de 4 semaines. Selon les besoins de l'enfant et sa famille, ils peuvent être associés à des suivis individuels dans notre unité chez le médecin, le psychologue, la diététicienne et au niveau des activités sportives.

Comment se déroulent ces thérapies?
Plusieurs spécialistes évaluent d’abord la situation de l’enfant ou de l’adolescent.

  • Un médecin vérifie si des complications liées au surpoids sont apparues. Ce peut déjà être un diabète, de l’hypertension artérielle, du cholestérol ou des lésions dans les articulations au niveau des genoux ou des hanches.
  • Un psychologue évalue, chez l’enfant et sa famille, le rôle des facteurs psychologiques dans la problématique de l’excès de poids. Il voit en outre si l’enfant souffre de problèmes quant à la gestion de ses émotions, l’estime de soi et des liens familiaux.
  • Une diététicienne analyse les habitudes alimentaires de toute la famille et négocie des objectifs personnalisés pour qu’elle puisse les modifier petit à petit, par exemple, en diminuant les boissons sucrées ou en augmentant les légumes dans l’assiette.

La famille est impliquée dans la prise en charge?
Oui, et c’est important qu’elle le soit dès le départ! Le psychologue examine avec les parents comment ils peuvent faire face à la situation et soutenir leur enfant. On ne va pas prescrire des changements à celui-ci et demander aux parents de seulement le lui faire respecter! Plusieurs études ont prouvé que la participation de l’ensemble de la famille aux mesures thérapeutiques est déterminante pour aider l’enfant à persévérer. De plus, les parents de chaque groupe se retrouvent plusieurs fois pour parler de différents thèmes liés à au cadre familial, à l’alimentation ou à leur mode de vie. C’est un moment d’échange qu’ils apprécient particulièrement.

Revenons aux enfants, que font-ils dans les séances de groupes?
Les jeunes de 7 à 18 ans pratiquent chaque semaine des activités sportives. Ils sont encadrés par un maître de sport en activités physiques adaptées et le but est que les enfants se dépensent en ayant du plaisir. Les capacités physiques de chaque enfant sont respectées et les enfants sont tous là pour les mêmes questions liées au surpoids. Les adolescents bénéficient également de séances de discussion animées par un psychologue et une diététicienne durant laquelle ils abordent différents sujets: par exemple, la gestion des grignotages ou comment réagir face aux moqueries. Le programme des enfants de 2 à 6 ans est quant à lui moins intensif et est principalement ciblé sur les parents.

Quel est finalement le but de ces programmes?
Notre mission ne consiste pas à mettre les jeunes au régime, mais à améliorer leur santé. Nous ne pouvons pas leur promettre qu’ils retrouveront un poids dit «normal», puisque de nombreux facteurs entrent en jeu. Nous visons toutefois à ce qu’ils le stabilisent car, en grandissant, leur croissance va progressivement contrebalancer leur excès de poids. Mais surtout, nous voulons prévenir les risques liés au surpoids, et augmenter la qualité de vie de nos jeunes patients. Il est essentiel qu’ils puissent bénéficier d’un traitement adéquat dès l’enfance. Certains resteront peut-être en surpoids lorsqu’ils seront adultes, mais grâce à une meilleure alimentation et une activité physique accrue, ce ne seront pas des adultes malades et, nous le souhaitons, pleins de confiance en eux-mêmes. L’excès de poids est un problème qui ne doit pas être minimisé.

Est-ce que les jeunes vous donnent des retours positifs?
Nous recevons souvent les mêmes commentaires: au fur et à mesure des semaines, ils se sentent plus à l’aise dans leur corps et aptes à reprendre l’activité physique. Ils apprécient également que leurs parents soient impliqués dans la thérapie, car cela signifie qu’ils n’ont pas à gérer seuls leur excès de poids. Finalement, tous soulignent qu’ils aiment ces moments avec d’autres, où ils ne se sentent ni jugés, ni moqués, mais en confiance.

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 Dernière mise à jour le 02/02/2021 à 13:12