Rencontre avec Nicolas Vulliemoz

«Recevoir une photo du bébé de nos patients n’a pas de prix»

Nicolas Vulliemoz, médecin responsable de la Médecine de la fertilité, est à la tête d’une équipe de vingt professionnels qui, ensemble, travaillent de concert et mettent leur expertise au service d’un seul objectif: concrétiser un désir d’enfant. Rencontre.

La consultation en Médecine de la fertilité du CHUV est une référence en matière de procréation médicalement assistée depuis plus de 30 ans et a contribué à la naissance de 5'000 bébés. Comment maintenez-vous ce haut niveau d’expertise?

Ce sont les hommes et les femmes qui composent notre équipe qui assurent une telle longévité et d’excellents résultats. Pour qu’un traitement de procréation médicalement assistée (PMA) ait une chance d’aboutir, il faut que la prise charge soit faite par des professionnels hautement qualifiés, mis à jour aux techniques modernes de médecine de la reproduction, notamment par des séjours à l’étranger dans des centres de référence.

Pour ma part, je me suis formé en médecine de la reproduction durant près de trois ans à l’Université d’Oxford. Le but de ce séjour était notamment d’acquérir les techniques que les changements de la loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA) nous apportent: la culture embryonnaire et le diagnostic préimplantatoire (DPI)*. La Dre Marie-Pierre Primi, responsable du Laboratoire d’andrologie et de biologie de la reproduction (LABR), a également été se former en Angleterre pour se préparer aux changements de la LPMA. Notre but est de pouvoir proposer aux couples de maximiser leurs chances de devenir parents en utilisant les techniques les plus modernes que nous maîtrisons.

*Dès le 1er septembre 2017, d’importants changements permettent aux couples de maximiser leurs chances de devenir parents.Ceux-ci portent sur la possibilité de mettre en culture jusqu’à douze ovocytes imprégnés, l’autorisation de congeler les embryons, ainsi que l’autorisation de réaliser le diagnostic et le screening préimplantatoire (DPI).

Notre équipeLaboratoire d’andrologie et de biologie de la reproduction

Au-delà de la technique, vous proposez une consultation spécifique pour les hommes, ainsi qu’un soutien psychologique à tous les couples. L’assurance d’une prise en charge personnalisée?

Absolument! Chaque couple arrive avec sa propre histoire et sa propre situation clinique. Nous accordons un soin particulier à chacun d’entre eux et offrons une prise en charge infirmière, médicale et psychosociale rapide de manière non seulement personnalisée mais aussi globale. Nous ne sommes pas là pour faire du business mais pour proposer le traitement le plus adéquat. Notre obsession est de répondre à un désir d’enfant des couples qui rencontrent un obstacle dans la concrétisation de leur projet de famille, en leur accordant le temps, l’encadrement et le soutien nécessaires.

Prise en charge de l'homme  Counselling psychologique

La Médecine de la fertilité est au cœur de la cité hospitalière. Un stress en moins pour les couples?

Nous sommes en contact permanent avec les différents spécialistes du CHUV, que ce soit en génétique, en endocrinologie, en hématologie ou encore en chirurgie viscérale. Nos patients ont la chance d’avoir tous les spécialistes réunis en un seul lieu, ce qui garantit une bonne transmission des informations et diminue certainement le stress des couples dans le suivi de leur traitement qui peut parfois convoquer différents acteurs.

Réseau universitaire

Avoir un enfant n’a pas de prix. En faire un par contre… Pourquoi les traitements de PMA sont-ils si onéreux?

Les stimulations ovariennes et trois inséminations sont la plupart du temps remboursées jusqu’à l’âge de 40 ans. Les traitements de FIV (entre 8’000 et 10'000 francs) ne sont malheureusement pas couverts, ce qui représente une charge non négligeable pour les couples, surtout si les traitements doivent être répétés. Les techniques utilisées demandent des moyens importants, en termes de personnel qualifié, d’infrastructure et de matériel médical… Tout cela a un coût. Nous sommes conscients qu’à la difficulté de concevoir un enfant peut s’ajouter une difficulté d’ordre financière. C’est pourquoi nous proposons aussi à nos patients de discuter de différentes solutions financières avec nous.

Coûts

Certains pourraient décider de suivre un traitement à l’étranger. La même FIV pour moins cher alors?

La tentation d’aller à l’étranger est légitime mais je ne recommande pas cette option. Un traitement de procréation médicalement assistée reste une épreuve pour le couple, tant sur le plan physique que moral. Pouvoir compter sur une équipe qui vous connaisse, qui vous accompagne et vous soutienne tout au long du parcours de soin est un élément-clé de la prise en charge. Ici, nous pouvons justifier d’une unité certifiée, d’un laboratoire accrédité et d’un personnel hautement qualifié aux techniques les plus modernes. Et il ne faut pas négliger le stress engendré par les déplacements, les frais annexes, l'angoisse ressentie…

Traitements de PMA

En tant que centre universitaire, vous accordez une place importante à la recherche. Sur quoi portent vos sujets?

Nos projets de recherche en cours visent à mieux comprendre les problèmes d’infertilité, tant chez l’homme que chez la femme. Le but est de pouvoir proposer des traitements moins lourds et moins coûteux. En collaboration avec le Prof. David Baud (chef du Service d’obstétrique), un financement du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) a été obtenu pour étudier les causes infectieuses responsables de l’infertilité masculine. Avec l’accord de nos patients, nous utilisons leurs données dans ce but. Ils participent ainsi à faire avancer nos connaissances et certains sont ravis d’apporter leur contribution de cette manière. Nous avons également un projet de recherche en collaboration avec les HUG qui s’intéresse à déterminer le risque de thrombose en fonction des différents protocoles de FIV.

Recherche

Quels sont vos prochains défis?

Avec la modification de la LPMA, nous devons répondre à de nouvelles exigences, tant sur le plan technologique qu’éthique. Le DPI consiste à analyser le patrimoine génétique d’un embryon obtenu par fécondation in vitro, avant son transfert dans l’utérus. Ce procédé est autorisé dans deux cas: seuls les couples porteurs d'une maladie héréditaire grave (diagnostic préimplantatoire) et les couples qui ne peuvent pas procréer par voie naturelle peuvent décider de procéder à cet examen (screening préimplantatoire). La révision de la LPMA fait passer de trois à douze le nombre d’embryons pouvant être développés durant un cycle de traitement et les embryons non utilisés pourront être congelés en vue d'un traitement ultérieur. Les critères d’application de la loi sont stricts et les qualifications exigées pour la pratique du DPI le sont tout autant. L’impact sur notre travail sera très important mais le plus important est de pouvoir offrir une chance supplémentaire à nos couples de pouvoir concrétiser leur rêve de famille.

Cadre légal

Photo: ©Lauriane Aeby, SAM - CHUV
Texte: Gabriella Sconfitti, Service de communication - CHUV

 

 Dernière mise à jour le 14/08/2018 à 16:18