Prix & Bourses Leenaards 2019: des Chuviens récompensés

Publié par Chloe Thomas-Burgat le 05.03.2019
La Fondation Leenaards décernera, le 21 mars prochain, deux Prix scientifiques à des groupes de l'arc lémanique, pour un montant total de CHF 1,4 million. Des collaborateurs du CHUV figurent dans les deux groupes. Six bourses sont aussi décernées.

L’un des projets, piloté par le Dr David Desseauve,  vise à mieux comprendre les mécanismes de l’accouchement en mesurant et en coordonnant la position de la mère à celle du bébé. Les chercheurs espèrent ainsi favoriser les accouchements par voie basse lors d’accouchements difficiles. L’autre projet, mené par le Dr Tinh-Hai Collet,  explore les liens entre les rythmes de l’alimentation et du sommeil, ainsi que des marqueurs du métabolisme et de l’horloge interne. L’équipe de scientifiques va investiguer si une alimentation limitée aux heures de la journée peut contribuer à une perte pondérale chez deux types de patients : les personnes avec un surpoids et les mères ayant souffert d’un diabète gestationnel.

Le Rendez-vous scientifique Leenaards 2019, durant lequel les lauréat(e)s présenteront leur projet, aura lieu le jeudi 21 mars prochain, à 17h, au Pôle AGORA de recherche sur le cancer (Cité hospitalière du CHUV). A cette occasion, le Prof. Patrick Aebischer, président émérite de l’EPFL, donnera une conférence intitulée « Médecine personnalisée : peut-on se la permettre ? ». La manifestation est ouverte au public, sur inscription.

Les projets plus en détail: 

  • Coordonner les mouvements de la maman et du bébé pour favoriser les accouchements par voie basse

L’équipe de recherche est pilotée par le Dr David Desseauve (CHUV), en collaboration avec le Dr Julien Favre (CHUV) et le Prof. Jean-Philippe Thiran (EPFL).

 « Il est temps de déterminer, de manière scientifique et individualisée, la position optimale à adopter par la mère lors d’un accouchement difficile », explique le Dr David Desseauve, obstétricien (Département femme-mère-enfant du CHUV). Ce projet vise en effet à étudier la mécanique obstétricale, sujet qui n’a pas fait l’objet de recherche fondamentale depuis des décennies. Le bon positionnement du bassin de la mère lors d’un accouchement difficile est probablement l’une des clés permettant d’améliorer la contraction utérine et de faciliter la progression du bébé. Dans sa pratique « d’accoucheur » comme il aime à le dire, le Dr David Desseauve estime qu’un nombre non négligeable de césariennes pourrait être évité avec une meilleure connaissance des mécanismes de l’accouchement. « Notre équipe de recherche souhaite trouver et mesurer la position optimale de la mère afin de favoriser l’avancement du bébé lorsque l’accouchement ne progresse pas ou se prolonge trop », ajoute-t-il.
Pour y parvenir, il mène cette étude avec le Dr Julien Favre, biomécanicien (Swiss BioMotion Lab du CHUV), et le Prof. Jean-Philippe Thiran, ingénieur en traitement des images (Laboratoire de traitement des signaux de l’EPFL). Le Swiss BioMotion Lab développera un nouvel outil afin d’analyser la posture et les contractions de l’utérus de la mère. « Nous espérons qu’une modélisation individuelle permettra de déterminer une position de la mère qui permette une activité optimale de l’utérus, et donc de favoriser la progression du bébé », précise le Dr Julien Favre.
« Pour suivre la progression du bébé, sa position par rapport au corps de la mère sera évaluée à l’aide d’images échographiques analysées avec des techniques assimilables à la reconnaissance faciale » indique le Prof. Jean-Philippe Thiran qui dirige le Laboratoire de traitement des signaux de l’EPFL. « Le principal défi sera d’identifier avec précision la position de la tête du bébé et voir comment la position de la maman influence la capacité du bébé à avancer durant l’accouchement », explique-t-il.  

  • Dormir et manger en harmonie avec ses horloges internes

L’équipe de recherche est pilotée par le Dr Tinh-Hai Collet (CHUV), en collaboration avec laDr Charna Dibner (UNIGE) et la Prof. Jardena Puder (CHUV).

L’obésité atteint actuellement des proportions épidémiques et entraîne des complications cardiovasculaires et métaboliques. La prise en charge standard de l’obésité se limite souvent – avec un succès très variable – à agir sur la quantité et la composition des aliments, ainsi qu’à encourager l’activité physique. « Les rythmes de sommeil et alimentaire pourraient cependant avoir un rôle clé dans le métabolisme et la prise de poids, au même titre que les calories et la composition des aliments », explique le Dr Tinh-Hai Collet du Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme au CHUV. Et d’ajouter : « À calories égales, une alimentation limitée aux heures de la journée pourrait aider à perdre du poids et à améliorer le métabolisme du sucre et des graisses ». En effet, selon de récentes études réalisées chez l’animal, les troubles du métabolisme pourraient être liés à une désynchronisation entre le rythme alimentaire (dicté par le monde extérieur) et le rythme biologique (horloge interne ou rythme circadien) qui se traduit par l’alternance entre périodes de veille et de sommeil.
Ce projet de recherche, mené par le Dr Tinh-Hai Collet – avec la Prof. Jardena Puder (Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du CHUV) et la Dre Charna Dibner (Service d’endocrinologie, diabétologie et nutrition de l’UNIGE) – vise à explorer les liens entre l’horaire de la prise alimentaire et le rythme du sommeil, et à étudier leur influence sur le métabolisme chez deux types de patients : les personnes avec un syndrome métabolique (combinant surpoids, hypertension artérielle, taux élevés de sucre et de graisses dans le sang) et les mères ayant présenté un diabète gestationnel.
Chez les patients avec un syndrome métabolique, la prise de nourriture sera limitée aux heures de la journée pour une partie d’entre eux et sans contraintes horaire pour les autres. Ils seront par ailleurs invités à utiliser une application – développée par le Laboratoire d’épidémiologie digitale de l’EPFL, avec le soutien de la Fondation Leenaards – afin de prendre en photo et d’analyser, grâce à des algorithmes développés par intelligence artificielle, tous les aliments et boissons consommés au quotidien. Après 6 mois, leur poids et leurs marqueurs métaboliques seront comparés.
« Chez ces jeunes mamans allaitantes, l’étude va permettre d’explorer si une désynchronisation entre leur horloge interne et leur rythme d’alimentation peut jouer un rôle dans l’évolution de leur diabète ; c’est en effet une période où le rythme de vie, et donc la prise alimentaire, peut être particulièrement perturbée en raison de l’arrivée du nouveau-né », explique la Prof. Jardena Puder. Parallèlement, la Dr Charna Dibner, biologiste spécialisée dans les rythmes circadiens et cellulaires, évaluera la perturbation de l’horloge interne chez ces deux types de patients : « Grâce au prélèvement d’une biopsie de la peau, nous allons évaluer les variations de l’expression des gènes de l’horloge interne en comparant des cellules de patients avec et sans syndrome métabolique ou diabète gestationnel », précise-t-elle.

Les bourses

La Fondation Leenaards accorde également, pour un montant total de CHF 1 million,  6 bourses, d’une durée de 2 à 3 ans, à des médecins afin de favoriser la relève académique en médecine clinique:

  • Noémie Boillat Blanco, Cheffe de clinique au Centre de vaccination et médecine des voyage reçoit la Bourse de relève clinique
  • Sabine Galland, Médecin-assistant au Service de médecine interne, Alban Longchamp, Chef de clinique au Service de chirurgie vasculaire, Michel Obeid Chef de clinique au Service immunologie et allergie et David Rotzinger, Chef de clinique au Service de radiodiagnostic et radiologie interventionnelle reçoivent la Junior Clinical Scientist bourse.
  • Charlotte Krämer, Etudiante en médecin à l'Unil ayant entrepris un travail de master au Centre du sommeil du CHUV reçoit la Bourse MD-PhD

 

 

 

 

 

 Dernière mise à jour le 22/04/2019 à 18:10