MARS

Chère lectrice et cher lecteur de BHMS,
Ce mois de mars, BHMS donne la parole à ses jeunes autrices et auteurs en leur proposant une quinzaine de questions à choix pour explorer leurs univers et leurs motivations. Leurs réponses, aussi variées que riches, sont une invitation à découvrir les voix qui façonnent l’avenir de l’histoire de la médecine et de la santé.
Nous les en remercions chaleureusement.
Plongez avec nous dans leurs réflexions, laissez-vous surprendre par leurs perspectives et découvrez les visages de la nouvelle génération BHMS !

Questions à Jessica Schüpbach, autrice d’Encres, traces, papiers. L’art d’écrire à l’asile de Marsens, 1875 – 1900.

Quelle a été la principale difficulté rencontrée lors de vos recherches ?
Assumer la part expérimentale de la proposition et qu’il s’agit d’une lecture parmi d’autres possibles.
Quelle est la découverte la plus surprenante que vous ayez faite en travaillant sur ce projet ?
Des mèches de cheveux soigneusement conservées dans un dossier de patient.
Pour qui l’avez-vous écrit ? Quel lecteur aviez-vous en tête ?
Je l’ai écrit pour redonner du timbre aux voix des patientes et des patients de l’ancien hôpital psychiatrique de Marsens dont les lettres n’ont pas été envoyées à leurs destinataires. Je l’ai ensuite écrit tant pour un public large que spécialisé, pour transmettre cette histoire au plus grand nombre de personnes.
Quel message principal souhaiteriez-vous que les lectrices et lecteurs retiennent de votre livre ?
Que l’histoire peut se faire par les traces et les voix de ses témoins directs, et que cette approche permet d’apporter une densité humaine au passé.
Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontrer en transformant votre thèse en livre ?
Lâcher l’objet thèse. Transformer le texte sans déprécier la première version. Réaliser qu’il s’agit de produire un autre objet, différent du premier, à partir du même texte.
Si vous aviez à vous prononcer sur l’accompagnement que vous a offert l’équipe de BHMS que diriez-vous ?
Un accompagnement très franc et direct, suivi, engagé et généreux.
Pour vous, BHMS, c’est quoi en un mot (ou une expression) ?
On ira jusqu’au bout !

Résumé de son ouvrage
À l’image d’autres archives psychiatriques, celles de l’ancien Asile de Marsens (Fribourg, Suisse) foisonnent d’écrits rédigés par les malades, leurs proches, les médecins et les instances publiques. Parmi ces textes, d‘innombrables lettres de patients, révélatrices d’un savoir-faire et d’une culture de l’écrit, ne sont jamais parvenues à leurs destinataires. Dans quel contexte, au sens large, ces missives ont-elles été produites ? Quels sont leurs traits communs ? Quels paramètres médicaux, institutionnels et culturels ont conditionné les pratiques épistolaires et archivistiques du lieu ? Ce livre invite le lecteur à explorer les débuts de cette institution autrement, à l’écoute des mots, des encres, des traces et des papiers laissés par ses actrices et ses acteurs.
Encres, traces, papiers. L’art d’écrire à l’asile de Marsens, 1875 – 1900

Mikhaël Moreau, co-auteur d’Histoires et mémoires de Cery. (Dé)Construire la psychiatrie après 1945.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
Avec Aude Fauvel, nous avons conçu le projet d’un livre sur l’histoire de l’hôpital de Cery à l’occasion des 150 ans de l’établissement en 2023. Le Département de psychiatrie du CHUV a mandaté l’Institut des humanités en médecine pour réaliser une exposition historique sur le site de Cery. Nous avons souhaité saisir cette opportunité pour élaborer un projet qui permettrait de valoriser la recherche conduite pour le jubilé et son exposition, de continuer les réflexions et d’en inaugurer de nouvelles. Il y avait bien sûr l’ambition d’éclairer l’histoire récente, non seulement de l’institution, mais également des populations – multiples et variées – qui y ont vécu, travaillé ou séjourné ; ce qui demeure encore peu étudié pour la période de l’après Seconde Guerre mondiale. Nous souhaitions aussi contribuer à nourrir la mémoire, ou plutôt les mémoires de cet établissement tenant, dans le canton de Vaud depuis plus d’un siècle et demi maintenant, une place prépondérante dans les soins en santé mentale. L’idée était de proposer un contenu qui solliciterait des points de vue diversifiés, avec l’objectif de restituer une « histoire plurielle », la plus polyphonique et inclusive possible ; un contenu qui en susciterait aussi de nouveaux, en ouvrant un appel à témoignage ainsi qu’une collecte de documents. (Dé)construire la psychiatrie après 1945, en (ré)investissant les histoires et les mémoires de Cery pour les renouveler et inviter à en restituer de nouvelles : tels ont été les moteurs de ce livre.
En quoi votre ouvrage s’inscrit-il dans le champ de l’histoire de la médecine et/ou de la santé ?
L’ouvrage aborde sous différents angles quelques pans de l’histoire de la psychiatrie publique en terre vaudoise de ces huit dernières décennies : les évolutions institutionnelles et architecturales de l’établissement, ainsi que des politiques en santé mentale ; le développement des structures cliniques, de recherche et d’enseignement ; l’introduction de nouvelles méthodes thérapeutiques, des traitements médicamenteux aux ateliers créatifs et artistiques. En retraçant les reconfigurations qui marquent la discipline et son institution, les pratiques et les savoirs psychiatriques dans le canton depuis les années 1940, il brosse à grands traits un modèle lausannois qui, longtemps enclos en les murs d’un asile somme tout assez classique, revêt une coloration singulière dans la seconde moitié du 20e siècle, avec des approches éclectiques et, pour certaines, particulièrement originales.
Quelle a été la principale difficulté rencontrée lors de vos recherches ?
L’une des difficultés majeures de la recherche a été de parvenir à documenter l’histoire récente d’une institution qui connaît, et est au cœur, de multiples reconfigurations et ce, tout en restituant une histoire polyphonique, c’est-à-dire donnant à lire des expériences diverses et une pluralité de points de vue des multiples acteur.ices concerné.es : personnel – soignant.es ou non –, patient.es, proches, mais aussi tou.tes autres personnes dont l’histoire a pu être ou est liée, d’une manière ou d’une autre, à Cery, et auxquelles on ne pense pas toujours.
Les archives des institutions psychiatriques vaudoises sont très riches – on peut même dire qu’à certains égards, elles sont pléthoriques – mais seulement partiellement inventoriées, le fonds couvrant les années 1970 à 2010 étant en cours d’inventaire.
Au reste, certaines voix demeurent silencieuses, tues ou noyées dans le tohu-bohu des archives, où documents institutionnels et écrits des autorités (médicales, judiciaires, administratives) se disputent et se tirent la part belle. Comment, par exemple, accéder à la parole d’un.e « femme/homme de chambre » des années 1950-1960 ? Ces acteur.ices ont pourtant contribué à transformer le travail des infirmier.es, en leur permettant de centrer leur activité sur les soins. Celle des infirmier.es, ou de certain.es médecins – les médecins assistant.es notamment –, demeure, elle aussi, le plus souvent inaudible. Ce n'est en effet que depuis une vingtaine d’années que des travaux ont commencé à exhumer des « histoires infirmières », de la profession et des professionnel.les, dont le travail a longtemps exclu l’écriture et, avec elle, l’opportunité de laisser des traces, une mémoire des pratiques soignantes.
Quant aux légions de dossiers de patient.es, par lesquels, (presque) seuls, l’historien.ne peut espérer parvenir à capter la parole des usager.es d’antan, de leurs proches, « l’ordinaire » de la pratique et le quotidien à l’hôpital, bien souvent insaisissable, ils sont restés inaccessibles, leur consultation étant soumise à une autorisation de la commission d’éthique de la recherche ; une demande irréalisable compte tenu des ressources disponibles.
Pour qui l’avez-vous écrit ? Quel est le lecteur que vous aviez en tête ?
Nous avons conçu cet ouvrage de telle sorte et souhaité qu’il prenne une forme « kaléidoscopique », pour reprendre le terme que nous utilisons en préambule : le plus inclusif possible. C’est-à-dire qu’il s’intéresse à des populations très diverses en même temps qu’il aspire à intéresser un public très large, comptant à la fois des professionnel.les de la santé mentale, des usager.es et leurs proches, des spécialistes et chercheur.es en sciences humaines et sociales, ou toute personne qui pourrait avoir, pour une raison ou une autre, un intérêt pour le sujet. En ce sens, je n’avais pas, personnellement, « un type » précis de lecteur.ice en tête. C’est peut-être là une faiblesse ; certain.es nous le reprocheront certainement. Mais je pense que c’est aussi la force de cet ouvrage. Tout le monde peut s’y retrouver, à un moment ou un autre. C’est tout du moins ce que j’ai espéré et essayé de faire.
Quel message principal souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ?
L’histoire de la psychiatrie est une source de savoirs. Sur la discipline. Et plus globalement sur la société, les sociétés, et le sort qu’elles réservent aux personnes, parfois vulnérables, parfois pas, mais toujours en proie à des difficultés, des vécus compliqués, qui les amènent à se confier, ou à être confiées, volontairement ou non, de gré ou de force, à un.e psychiatre. Mais l’histoire de la psychiatrie peut aussi être source d’inspiration. Il est fondamental de connaître le passé des institutions psychiatriques. Pour ne plus voir réitérées certaines choses qui ont été faites et qui ont pu avoir des conséquences humaines et sociales tragiques. Et pour ne pas oublier non plus ce qui a pu se faire de bien et s’en inspirer.Garder, préserver le meilleur et éviter le pire. Cela vaut pour l’histoire en générale, mais cela prend peut-être une dimension et une portée particulièrement saillante en ce qui concerne la psychiatrie.
Quels sont les enjeux contemporains que votre ouvrage permet d’éclairer ?
Selon certain.es, la psychiatrie connaitrait aujourd’hui une crise à de multiples niveaux : institutionnel, économique, politique, thérapeutique. Comme le rappelle très bien la Professeure von Plessen dans son entretien avec Aude Fauvel, la psychiatrie est aujourd’hui confrontée à une demande en soin à laquelle elle peine parfois à répondre. Mais c’est une bonne chose estime justement la professeure, puisque cela veut dire que la psychiatrie n’a jamais été autant sollicitée et qu’il y a une économie de confiance positive qui a pu s’établir entre la discipline et la société, les professionnel.les et le public. Or, si l’ampleur de la demande est aujourd’hui quantitativement sans précédent, de par l’augmentation de la population, à une heure où prévaut la réduction du nombre de « lit par habitant.es », la situation n’est, dans l’absolu, pas inédite. Depuis que « l’asile » est devenu au 19e siècle le principal – et longtemps l’unique – moyen de traitement de ce qu’on appelait alors « l’aliénation mentale », les établissements se confrontent à l’enjeu de maitriser les flux d’entrées et de sorties. Cet enjeu a d’ailleurs pris, dans les années 1960 dans le canton de Vaud, un tour particulièrement critique, à une époque où le mot d’ordre était à la « déshospitalisation », la réduction de la capacité de l’ancien « asile d’aliénés » devenu « hôpital psychiatrique », alors que les taux d’admission étaient à leur paroxysme, avec une augmentation notable des hospitalisations volontaires. Cette situation a incité les médecins, ainsi que les autorités politiques et sanitaires à repenser et profondément transformer les dispositifs de prise en charge. Avec l’étatisation de plusieurs hôpitaux, certes. Mais aussi avec le choix de prendre ce fameux « virage ambulatoire » qui visait à développer d’autres structures, les consultations hors de l’hôpital. En l’occurrence, la crise est devenue opportunité. Et cette histoire – en définitive très locale et localisée – de la psychiatrie peut, peut-être, sur ce point, éclairer certains enjeux d’actualité.
Quels sont vos projets d’écriture futurs ?
Je travaille actuellement à ma thèse de doctorat, que je réalise dans le cadre du projet FNS « MEDIF », diriger par Aude Fauvel et Rémy Amouroux et qui porte sur l’histoire des « premières » femmes médecins, c’est-à-dire celles qui ont obtenu leur diplôme de médecine durant la vague de féminisation médicale amorcée, en Suisse et en France, entre les années 1860 et 1914, et qui ont achevé leur carrière durant l’entre-deux-guerres. Je vais me consacrer à cette recherche et j’espère avoir l’opportunité de publier ses résultats à son terme, dans trois ans.
Si vous aviez à vous prononcer sur l’accompagnement que vous a offert l’équipe de BHMS que diriez-vous ?
L’accompagnement que nous a, que m’a plus personnellement apporté BHMS, a été infiniment précieux. Cela a été un accompagnement à la fois pragmatique et concret, dans le travail éditorial, mais aussi un partage intellectuel qui a contribué à profondément enrichir à la fois la forme et le fond de l’ouvrage. Cela a été une véritable collaboration et je remercie chaleureusement Laurence Monnais, Alba Brizzi et Pierre Stringa, non pour leur accompagnement, mais pour la véritable collaboration dont a bénéficié ce projet ! L’équipe BHMS a été un moteur de réflexion et d’initiative.
Pour vous, BHMS, c’est quoi en un mot (ou une expression) ?
Un carrefour de la réflexion et de l'innovation pour les humanités en médecine (et pas seulement) !

Résumé de l’ouvrage
L’ouvrage met en lumière l’histoire de la psychiatrie dans le canton de Vaud, son caractère singulier mais aussi représentatif des mutations traversées par les institutions de la santé mentale depuis 1945.
Nourri par des contributions d’universitaires, des témoignages de soignant.es et d’usager.ères, des documents inédits et des productions artistiques, le livre construit les passés pluriels d’un établissement aux multiples visages, entre espace d’accueil, de soin, de recherche, lieu de travail, de rencontre mais aussi de vie et de création.
Histoires et mémoires de Cery. (Dé)Construire la psychiatrie après 1945

Alexia Cochand, autrice de : Le Chablais aux petits soins. Histoire sanitaire d’une région entre Vaud et Valais.

Pour qui l’avez-vous écrit ? Quel est le lecteur que vous aviez en tête ?
Le lecteur que j’avais en tête lorsque j’ai écrit ce livre destiné à un large public connaît le Chablais ou ne sait peut-être pas exactement le situer sur une carte de la Suisse. Il est jeune ou plus âgé, intéressé par l’histoire ou simplement curieux. Il a acheté ce livre ou l’a eu entre les mains par hasard. Il le feuillette, en commençant par le milieu, s’arrête uniquement sur certaines parties ou lit scrupuleusement l’ensemble des chapitres. Il en regarde les images en plongeant dans ses souvenirs ou en se disant que la pratique de la médecine a fort heureusement bien changé depuis. Il est peut-être même historien à la recherche d’informations pour ses propres travaux. En somme, il est aussi multiple que peut l’être n’importe lequel d’entre nous face à un livre !
Quelle est la découverte la plus surprenante que vous avez faite en travaillant sur ce projet ?
On connaît l’âge d’or qui marque l’histoire de la presse, mais y être confronté en constatant la variété des journaux qui ont été publiés quotidiennement ou à différentes fréquences dans le Chablais m’a vraiment surprise ! Dans un monde où la circulation de l’information était largement restreinte, Leysin, Monthey, Aigle, Bex, pour ne citer que ces localités, possédaient le leur. Et quelle chance pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de cette région ! Quiconque prend le temps d’ouvrir un de ces « vieux » journaux s’offre instantanément un voyage dans le temps, au gré d’un style et d’un vocabulaire aux parfums d’autrefois, dans une société à plusieurs égards proche de la nôtre, dont les modes de pensées et les habitudes de vie diffèrent toutefois un peu. L’appel lancé en 1937 dans la Feuille d’avis de Monthey pour encourager la population à acheter des tickets de la loterie organisée pour soutenir l’hôpital du lieu, nouvellement construit, en est un exemple touchant parmi de nombreux autres.
Quels sont vos projets d’écriture futurs ?
Un projet qui me tient vraiment à cœur est celui d’une histoire des sanatoriums de Leysin « par le bas » en me basant sur le vécu des patients, et plus particulièrement en utilisant les cartes postales que ceux-ci ont envoyées à leurs proches durant leur cure souvent très longue. Bon nombre de sanatoriums disposent, en effet, de cartes postales, le moyen de communication privilégié lorsque le téléphone n’était pas encore répandu dans les foyers, qui les représentent comme autant de symboles de modernité et de progrès. Les textes que l’on retrouve griffonnés sur ces petits bouts de carton, qui débordent parfois pour recouvrir aussi l’illustration, racontent les histoires banales d’individus qui parlent de leurs joies et de leurs craintes, qui demandent des nouvelles de la famille ou de connaissances ou qui évoquent leur quotidien. Une histoire des soins par ceux qui les ont vécus.
Quel message principal souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ?
Plonger dans l’histoire des soins dans le Chablais, c’est suivre le destin particulier de cette région tout en prenant connaissance d’une histoire de la médecine plus générale, celle des grands changements qui marquent le paysage sanitaire depuis l’après-guerre, en Suisse et en Occident.

Résumé de son ouvrage
Au début du siècle, le paysage sanitaire suisse est marqué par la croissance du système hospitalier, la hausse de la densité médicale et la modification des techniques et des pratiques. Ce livre, richement illustré et doté de nombreux extraits de documents, met en exergue la spécificité des enjeux politiques, économiques et culturels qui accompagnent ces mutations dans le Chablais vaudois et valaisan. On y découvre les éléments qui en ont marqué particulièrement l’histoire récente, tels la bicantonalité, l’industrialisation ou encore le développement du tourisme.
Le Chablais aux petits soins. Histoire sanitaire d’une région entre Vaud et Valais

Florent Serina, auteur de : C.G.Jung. Comptes rendus critiques de la psychologie francophone.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
Une découverte d’abord. Lors de mes recherches doctorales sur l’histoire de la psychologie analytique, j’ai mis au jour une série de comptes rendus qui ne figurait dans aucune bibliographie de Carl Gustav Jung. Cette découverte est venue renforcer la thèse selon laquelle de véritables « affinités électives » unissaient Jung et l’école de Genève, et qu’avant de s’allier à Freud, Jung nourrissait un intérêt tout particulier pour la psychologie et la psychopathologie d’expression française, en particulier avec Théodore Flournoy.
En quoi votre ouvrage s’inscrit-il dans le champ de l’histoire de la médecine et/ou de la santé ?
À la suite de Bertrand Müller, j’ai voulu montrer que le compte rendu ne saurait être appréhendé comme un élément anodin ou marginal de la production intellectuelle et scientifique d’un auteur. Il apparaît plutôt comme un « révélateur des pratiques et des savoir-faire disciplinaires ». Cet ouvrage est de surcroît une contribution à l’histoire de plusieurs journaux phares de la psychologie européenne du début du XXe siècle (les Archives de psychologie, le Journal de psychologie normale et pathologique, la Zeitschrift für Psychologie, mais aussi le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen), considérés à la fois comme lieux de dialogue, de confrontation, et de débats qui ont structuré ce qui n’était alors qu’une jeune discipline.
Quelle a été la principale difficulté rencontrée lors de vos recherches ?
N’étant pas germaniste de formation, j’aurais aimé travailler plus étroitement avec un traducteur professionnel. Sans doute cela m’aurait-il permis d’appréhender de façon encore plus fine cette étude.
Quelle est la découverte la plus surprenante que vous avez faite en travaillant sur ce projet ?
Alors même que C. G. Jung est une figure mondialement connue de l’histoire des sciences et des savoirs sur le psychisme – la presse helvétique le considère parfois comme « le Suisse le plus célèbre à l’étranger » – et qu’il fait l’objet de nombreuses recherches historiques, j’ai bien sûr été étonné que cette série de recensions n’ait pas été mise au jour auparavant. De plus, comme en témoigne le peu d’études consacrées à la pratique et aux enjeux du compte rendu, j’ai été surpris de constater que les historiens des sciences avaient souvent tendance à négliger ce que Lucien Febvre, auteur de très nombreuses analyses bibliographiques, appelait des « copeaux », des « épluchures de bois tombées sous le rabot et ramassées au pied de l’établi », mais qui permettent en réalité d’appréhender de façon beaucoup plus fine l’étude d’un auteur.
Pour qui l’avez-vous écrit ? Quel est le lecteur que vous aviez en tête ?
J’ai voulu m’adresser au plus grand nombre, et éviter d’en faire un ouvrage susceptible d’intéresser que les seuls amateurs de psychologie jungienne ou spécialistes d’histoire de la psychanalyse.
Quel message principal souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ?
Jung entendait libérer l’exercice du compte rendu de sa fonction de simple « police du discours », ou « police de chaque discipline » pour reprendre les termes de Michel Foucault et de Michel de Certeau, récusant ainsi ce que Pierre Bourdieu appela après eux le « pouvoir de police symbolique » du recenseur, ou son « droit à la violence symbolique légitime ». En esquissant ce qu’il convient d’appeler une éthique du compte rendu, Jung appelait au contraire les recenseurs à renoncer à leur rôle d’inquisiteur ou de polémiste, pour au contraire faire l’effort de se décentrer, de se glisser, de pénétrer avec empathie (Einfühlung) dans la pensée d’autrui, avant de l’aborder de façon critique.
Quels sont les enjeux contemporains que votre ouvrage permet d’éclairer ?
Rédiger un compte rendu ne doit pas simplement consister à faire la promotion d’un ouvrage ou bien de produire un simple résumé, plus ou moins critique. Chacun devrait essayer de se départir de ses présupposés en abordant le travail d’autrui, d’essayer de retirer ses lunettes et de réaliser un effort de décentrement, de tenter de comprendre la « myopie », la « presbytie » ou l’« astigmatisme » de l’autre pour être à même de saisir le fond de sa pensée, et cesser de mobiliser ses propres savoirs, ses aprioris, du moins de faire l’effort de les mettre à distance, de se décentrer, autrement dit de cesser de se comporter en « gendarme » de la pensée.
Écrire cet ouvrage m’a donné le goût du compte rendu. Depuis, je prends en effet un plaisir et un intérêt tout particulier à cet exercice.
Comment, à votre avis, l’histoire de la médecine peut-elle nous aider à comprendre les défis de santé actuels ?
La connaissance historique permet assurément d’alimenter la réflexion sur le présent. L’histoire autorise en effet à envisager que certains problèmes actuels ont pu se poser en des termes comparables dans le passé. Et alors que des crises de différentes natures se succèdent depuis le début de la décennie – je pense bien sûr à la pandémie de Covid-19 et à ses conséquences sociales et politiques, de même qu’à la « montée des périls » à laquelle nous semblons assister depuis quelque temps –, l’étude rétrospective des grandes crises sanitaires passées me semble particulièrement bienvenue. C’est le sens du programme de recherche que je défends depuis plusieurs années, consacré à l’histoire des incidences psychiatriques des grandes crises collectives passées, qu’elles soient sociales, économiques, sanitaires ou politiques.
Si vous deviez résumer votre livre en une seule phrase, quelle serait-elle ?
L’empathie est une condition nécessaire au progrès intellectuel et scientifique.
Quels sont vos projets d’écriture futurs ?
Je mène actuellement de front de nombreux chantiers. Je suis d’abord en train d’achever la rédaction d’une longue enquête sur l’histoire des psychologues, psychiatres et psychanalystes qui ont trouvé refuge en France et en Suisse pour fuir les persécutions raciales et politiques en Allemagne et en Autriche. Ce travail s’inscrit dans le vaste programme consacré à l’histoire des incidences psychiatriques des grandes crises collectives aux 19e et 20e siècles auquel j’ai fait allusion précédemment, et qui entend donner une nouvelle dynamique au « décloisonnement » de l’historiographie des sciences et savoirs sur le psychisme. Parallèlement, j’ai entamé ce que je considère comme une sorte de « fantaisie », à savoir une encyclopédie historique de la folie dans l’île Saint-Louis. Je prends ici le parti-pris de me concentrer sur ce quartier aussi dense, singulier que restreint de la capitale française pour traverser l’histoire de la psychiatrie et des délires tout au long des 19e et 20e siècles. Il sera question, entre autres, d’Antoine-Athanase Royer-Collard, du Club des Hachichins, de Camille Claudel, de Philippe Soupault, de René Guénon, d’Hippolyte Taine, de Gilles Deleuze, de Georges Perec, pour ne citer que quelques « grands » noms… de même que de nombreux « fous », illuminés ou originaux, anonymes ou méconnus, qui ont habité ce lieu si particulier dans la géographie parisienne (dont la sociologie s’est d’ailleurs beaucoup transformée ces dernières décennies) et dont je retrouve la trace dans les archives du pathologique ou ailleurs. Ces « divagations dans l’île Saint-Louis » font le pari de mettre en lumière un haut lieu insoupçonné de l’histoire de la folie et de l’imagination créatrice en Europe… Je prépare enfin l’édition critique de plusieurs inédits de Carl Gustav Jung, en particulier des correspondances, en collaboration avec la Stiftung der Werke von C. G. Jung. Le premier rassemble un grand nombre de lettres rédigées au cours de sa période psychanalytique, adressées notamment à Ludwig Binswanger, Sándor Ferenczi et Ernest Jones.
Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontrer en transformant votre thèse en livre ?
Cet ouvrage n’est pas ma thèse. Mais il peut être considéré comme une « petite » thèse, une thèse annexe, complémentaire de ma thèse, soutenue à l’université de Lausanne, parue aux éditions des Belles Lettres en 2021. Je n’ai pas rencontré de difficulté particulière, car mon directeur de recherche Vincent Barras m’a rapidement encouragé à faire en sorte d’éviter que mon travail prenne la poussière sur l’étagère d’une ou deux bibliothèques universitaires en m’incitant à penser sans plus attendre mon travail comme un ouvrage à venir.
Si vous aviez à vous prononcer sur l’accompagnement que vous a offert l’équipe de BHMS que diriez-vous ?
Tout bonnement excellent, malgré les distances... Ce livre a en effet été produit au printemps 2020, soit au début de la pandémie de Covid-19. Mais en dépit de ce contexte pour le moins déconcertant, tout s’est déroulé de façon extrêmement fluide, tant avec Vincent qu’avec Alba. J’ai ensuite été particulièrement heureux de constater que l’ouvrage se trouvait déjà sur les étals des libraires alors même que l’Europe entamait son « déconfinement ». Le fait que ce livre soit aujourd’hui en libre accès lui donne une visibilité supplémentaire sans doute bienvenue.
Pour vous, BHMS, c’est quoi en un mot (ou une expression) ?
Une grande petite maison…

Résumé de son ouvrage
Avant de prendre le parti de Freud et de la psychanalyse, C. G. Jung (1875-1961) s’est souvent présenté comme médiateur de la psychologie de langue française en terres germaniques. Il s’employa ainsi durant plusieurs années à synthétiser et à discuter de l’actualité francophone de cette jeune science pour le compte de revues européennes. Republiées pour la première fois dans une édition comprenant le texte original allemand et une traduction française inédite, ces analyses bibliographiques qui éclairent d’un jour nouveau l’œuvre du célèbre psychiatre helvétique, sont agrémentées d’un appareil critique et d’une introduction resituant les principaux enjeux de la pratique de la recension selon Jung et dans le champ des sciences de la psyché au 20e siècle.
C.G.Jung. Comptes rendus critiques de la psychologie francophone

Lucie Gerber, autrice de : Le laboratoire des esprits animaux. Modéliser le trouble mental à l’ère de la psychopharmacologie.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
Dans ce livre tiré de ma thèse de doctorat, j’ai essayé d’écrire une histoire de la modélisation animale dans la recherche biomédicale sur les troubles ou maladies qui affectent l’esprit, depuis le milieu des années 1950 jusqu’au début des années 1990.
À l’origine de ce travail, il y a la rencontre avec un texte, et plus largement avec une ambition scientifique. C’était en 2010, dans le cadre d’une autre recherche sur l’histoire de l’autisme. Je suis tombée sur un article, datant de 1971, qui, par ses sujets, détonnait au milieu de la littérature sur l’étiologie, la classification et le diagnostic des psychoses de l’enfant. Il y était certes question de psychopathologie, mais suivant une perspective originale, d’études expérimentales et analogiques. La particularité était que ces chercheurs travaillaient sur des animaux de laboratoire, en l’occurrence des primates non humains, et que ces derniers n’étaient pas étudiés pour « eux-mêmes ». Y étaient présentés des procédés et dispositifs expérimentaux pour provoquer, c’est-à-dire produire sur ordre du scientifique, des troubles du comportement animal persistants. Ce qui m’avait étonnée alors, ce n’était pas tant les comportements anormaux engendrés chez de jeunes singes par privation ou carence sociale, que leur caractérisation dans des termes empruntés au vocabulaire de la psychiatrie, suggérant qu’ils puissent servir de modèles animaux pour la psychopathologie humaine.
Le corollaire était une proposition méthodologique qui m’a intriguée : substituer l’animal aux patient·es, adjoindre le laboratoire à la clinique, afin d’étudier au moyen de la méthode expérimentale les troubles mentaux et d’essayer des traitements. Autrement dit, on pouvait, telle était la suggestion, reproduire pour la médecine de l’esprit, le geste de méthode qui avait été au cœur de l’imaginaire et des pratiques de la médecine du corps et des sciences biomédicales depuis la fin du 19e siècle. Ma curiosité s’est rapidement muée en projet de recherche. Un premier sondage a révélé non pas un projet isolé, mais un ensemble de pratiques expérimentales variées, avérées depuis au moins les années 1920 et 1930 et d’emblée controversées. Elles ont connu un développement croissant dans la seconde moitié de ce siècle, mais elles avaient été relativement peu étudiées sur un plan historique et épistémologique.
En quoi votre ouvrage s’inscrit-il dans le champ de l’histoire de la médecine et/ou de la santé ?
Au départ, j’avais été intriguée par les difficultés que pouvait soulever la pratique de l’expérimentation animale dans la recherche en psychiatrie et en neurologie, au sujet notamment de la possibilité de justifier un usage heuristiquement fécond de modèles animaux de maladies communément tenues spécifiquement humaines. Quoi que l’on pense de leur nature, les troubles mentaux sont et étaient considérés comme « complexes », c’est-à-dire hétérogènes et variables dans leur expression clinique, aux causes, processus et mécanismes mal connus, réputés plurifactoriels. Quels sont les facteurs et manifestations accessibles à la phénoménotechnique du laboratoire ? Quid des dimensions psychiques, affectives ou cognitives de la symptomatologie ? Comment les reproduire chez l’animal de laboratoire et en évaluer le degré de similitude avec le phénomène humain pris pour cible ? Plus fondamentalement, comment étudier l'"esprit" dans les termes objectifs, analytiques et quantitatifs des sciences de la vie expérimentales ?
En dépit de ces multiples défis, le projet de se servir de l’animal pour introduire les problèmes de la psychiatrie et de la neurologie dans l’enceinte du laboratoire a gagné de l’ampleur au milieu du 20e siècle, en lien étroit avec la découverte des psychotropes (neuroleptiques, tranquillisants mineurs, antidépresseurs). Le développement subséquent de la psychopharmacologie a coïncidé de manière étroite avec une période de réorganisation du mode d’invention des médicaments au sein des entreprises du secteur pharmaceutique occidental. J’ai tiré parti de cette concordance relative des dates pour inscrire mon sujet dans une tendance organisationnelle des industries du médicament dans les trois décennies d’après-guerre, caractérisée, entre autres choses, par l’adoption du screening comme méthode de recherche de nouveaux psychotropes. J’ai ainsi voulu interroger le contexte d’exercice et les formes sociales d’organisation de la modélisation animale, et en particulier considérer l’industrie du médicament comme un lieu du travail scientifique, où la construction d’équivalences entre le laboratoire et la clinique ne se fait pas sans la médiation de pratiques de planification et de gestion de la découverte.
En adoptant un point de vue désaxé sur l’histoire de la psychiatrie à l’ère de la psychopharmacologie, j’ai essayé de revenir sur certains thèmes de cette littérature depuis le laboratoire des sciences de la vie, en particulier les rapports qui se sont noués entre médicaments psychotropes, raisonnement et catégories médicales. L’étude historique des tentatives de modélisation animale, parce qu’elles constituent des dispositifs de médiation entre le laboratoire, la clinique et l’industrie pharmaceutique, produit un effet grossissant sur des réorientations majeures de la période, comme le développement d’une approche plus phénoménologique que nosologique du traitement et du diagnostic des troubles mentaux (c’est-à-dire axée sur les symptômes situés à l’avant plan du tableau clinique), l’estompage des différences établies entre les différentes classes de médicaments psychotropes, ou encore la molécularisation des sciences du cerveau et de la psychiatrie biologique.
Quelle a été la principale difficulté rencontrée lors de vos recherches ?
Dans l’histoire que j’ai retracée, les animaux de laboratoire sont d’abord intervenus comme des substituts pour l’expérimentation psychopharmacologique. À partir du milieu des années 1950, l’industrie du médicament a tenté de mettre à l’échelle, de systématiser et de planifier l’innovation pharmaceutique. Les animaux de laboratoire ont servi à établir des procédures de tri entre les nombreuses nouvelles molécules synthétisées par les chimistes ; le but étant de sélectionner celles susceptibles de devenir des médicaments cliniquement efficaces et commercialement viables.
Suivre ce fil de la mise en expérience préclinique des effets des antidépresseurs m’a conduite à prendre de la distance avec la conception initiale de ma recherche comme une histoire de la modélisation animale de troubles mentaux. Dans les pratiques que j’étudiais, en effet, la « maladie » se dérobait sous d’autres cibles de modélisation, qui sur le plan de la chronologie, la précédait. On avait là affaire à des modèles, non pas tant de la dépression, mais plutôt de l’action de médicaments psychotropes déjà connus et validés en clinique. Ces tests d’interactions pharmacologiques, à l’instar de celui d’antagonisme de la réserpine chez le rat, ont par ailleurs été utilisés en recherche fondamentale pour élucider les modes d’action des psychotropes. Ils ont contribué à générer un modèle chimique de la neurotransmission cérébrale, et, par extrapolation, de la physiopathologie des troubles affectifs. Ce n’est donc que dans un second temps que le rat sous réserpine est devenu un modèle de la dépression, à la faveur d’une hypothèse sur les bases biochimiques du trouble qu’il avait contribué à générer.
En bref, en me concentrant exclusivement sur les modèles animaux de maladie, je ne pouvais donc pas comprendre la dynamique temporelle de la modélisation, la recomposition des interprétations, et plus fondamentalement la manière dont s’est noué dans le temps le rapport entre ces moyens expérimentaux et les objets de la recherche biomédicale. Une distinction entre deux facettes de la modélisation animale s’est alors imposée à moi, en même temps que l’exigence de traiter cette activité expérimentale comme un processus historique, marqué par des déplacements de buts et d’objets. Établir cette distinction entre modélisation de la thérapeutique et modélisation de la pathologie m’a ensuite permis de discerner deux processus distincts, mais liés, de « pharmaceuticalisation » et de « molécularisation », qui ont marqué la recherche biomédicale sur les maladies qui affectent l’esprit lors de la séquence étudiée.
Quelle est la découverte la plus surprenante que vous avez faite en travaillant sur ce projet ?
Je me suis focalisée sur deux chantiers d’investigation principaux, la recherche sur la dépression, et celle sur la maladie d’Alzheimer - deux entités dont le statut médical et social a connu d’importantes transformations dans la seconde moitié du 20e siècle. Mon objectif n’était pas de les comparer, mais plutôt d’accéder à des trajectoires d’expérimentation animale contrastées. Consciente de leur hétérogénéité, j’ai été surprise de constater que des dynamiques ont relié de manière souterraine la recherche biomédicale sur la dépression et celle sur la maladie d’Alzheimer, telle qu’elle s’est développée dans les années 1970 et 1980. Les voies empruntées par l’expérimentation subirent alors une inflexion : les outils et l’heuristique de la psychopharmacologie ont été repris et étendus à l’étude de nouveaux objets. Les animaux de laboratoire devinrent des supports d’exploration, non plus de la molécule-médicament, mais du soubassement moléculaire de fonctions psychologiques et de symptômes cognitifs particuliers d’un syndrome complexe. Avec néanmoins une inversion majeure du point de départ, puisque, dans ce champ de recherche, on est cette fois allé du laboratoire à la clinique, de l’élaboration d’un modèle neurochimique de la pathophysiologie à la recherche de médicaments antidémentiels.
Si vous aviez à vous prononcer sur l’accompagnement que vous a offert l’équipe de BHMS que diriez-vous ?
L’équipe de BHMS m’a fait confiance et accompagnée avec beaucoup de bienveillance et de manière toujours constructive.

Résumé de l'ouvrage
Au 20e siècle, rongeurs et primates ont servi de cobayes pour comprendre les troubles de l’esprit et évaluer leurs remèdes. Comment les scientifiques ont-ils mobilisé l’expérimentation animale pour éclairer des phénomènes d'ordinaire considérés comme étant spécifiquement humains ? Des rats « anxieux » du psychologue Skinner aux singes « déprimés » de son collègue Harlow, en passant par les tests de l’industrie pharmaceutique et les simulations neurochimiques de la maladie d’Alzheimer, l’ouvrage retrace l’histoire de ces modèles animaux à l’ère de la psychopharmacologie. Il montre en quoi ces pratiques expérimentales ont façonné nos conceptions des troubles mentaux, cognitifs et comportementaux.
Le laboratoire des esprits animaux. Modéliser le trouble mental à l’ère de la psychopharmacologie.

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 Dernière mise à jour le 02/05/2025 à 08:54