Adrien Guignard

Hostobiographies: approche centrée sur le personnage

CHUV, Institut des humanités en médecine

Chargé de cours UNIL-CHUV et chercheur avancé soutenu par le FNS

Résumé 

Le projet postdoctoral soutenu par le FNS « Approche centrée sur le personnage » (allusion neutre à l’approche centrée sur la personne) clos en 2016, étudie des récits de malades (dernier tiers du XXe à nos jours), des « hostobiographies » (ce néologisme est dû à l’argot d’A. Boudard, auteur d’un récit portant sur ses séjours en sanatoria, le mot est aussi un « quasi-concept » derridien). Notre étude conjugue une approche de « médecine narrative » (A. Kleinman) et une « anthropologie littéraire » (inspirée de C. Reichler). Ses résultats s’avèrent rentabilisables sous l’égide des « humanités médicales ». Nous les résumons (1, 2, 3). 1. Si l’on pose que nos récits impliquent structurellement le concept ricoeurien d’identité narrative, alors la lecture engage une relation esthétique. Le propre de cette relation permettrait de « comprendre les compréhensions » (la formule est de C. Geertz et nous maintenons une distinction entre « comprendre » et « expliquer »). De fait, la lecture offre un accès partagé à l’outillage mental du narrateur. Pour tous les lecteurs (experts ou non) un décentrement s’opère. Le lecteur peut ainsi comprendre comment une subjectivité comprend une maladie, sans directement juger la validité explicative inhérente à la donation de sens livrée. Pour donner un exemple, nos récits montrent que l’origine d’un cancer peut être comprise par des logiques diverses (divines, médicales, psychosomatiques). 2. Nos recherches questionnent aussi la « fonction thérapeutique de la narrativité », fonction non quantifiable. Il admet que la « mise en intrigue » d’une expérience de la maladie, opérée par le récit, peut « mettre en ordre » (P. Ricoeur) et apaiser. Il reste que penser l’écriture d’un moi souffrant comme systématiquement « thérapeutique » est un acte qui ne peut faire l’économie d’une logique pharmacologique (au sens étymologique travaillé par J. Derrida, « poison et remède », donc). En cela, certaines publications et conférences d’A. Guignard ont permis de nuancer le rendement thérapeutique qui consiste à (faire) trouver « les mots pour le dire » (titre d’un témoignage connu de M. Cardinal). A. Guignard illustre donc, ça et là, que l’écriture d’une maladie rôde aux parages de l’indicible. 3. Un colloque international a nourri une réflexion quant à la « discipline » émergente et fédératrice des « humanités médicales »; alors que, « comme à la limite de la mer un visage de sable » (Foucault), l’histoire des idées diagnostique parfois la « mort de l’homme ». La publication des actes est en cours. On peut lire sur la toile une publication significative d’A. Guignard concernant l’écriture de « sa » maladie, cf. http://www.mouvement-transitions.fr/index.php/intensites/trop-vrai/sommaire-des-articles-deja-publies/887-n-6-a-guignard-biopolitique-clinique-illusion-de-l-ecriture-auto-biographique-de-la-maladie-ce-que-peut-encore-edifier-un-recit

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 Dernière mise à jour le 30/07/2018 à 09:56