Le penchant pour l'alcool serait dicté par nos intestins

Actualité du 20.09.2018

Dans un article publié dans Neuropharmacology, l'équipe de recherche du Dr Benjamin Boutrel, Centre de neurosciences psychiatriques du Département de psychiatrie, pose la question de l'influence des bactéries intestinales sur la consommation d'alcool.

La consommation d’alcool est l’une des principales causes de décès et de maladies chroniques dans le monde. L’identification des personnes vulnérables avant même leur intoxication est de la plus haute importance.

Les données les plus récentes sur la consommation d’alcool en Suisse suggèrent qu’environ 250'000 personnes sont alcoolo-dépendantes et que 20% de la population (15 ans et plus) présente une consommation d'alcool à risque. Alors que la recherche préclinique s’est longtemps confrontée au fait que les rats ne sont pas amateurs d’alcool, une première étude publiée l’an passé démontrait que les rats, comme les humains, ne sont pas tous égaux face à l’alcool (Scientific Reports, 2017).

Sur la base de cette constatation, une nouvelle étude met en lumière le rôle du microbiome intestinal dans les comportements de recherche et de consommation excessive d’alcool chez les rats.

En collaboration avec le Prof. John Cryan (Université de Cork, Irlande) mondialement reconnu pour ses travaux démontrant que le fonctionnement cérébral dépend pour partie du microbiome intestinal, l’équipe du Dr Benjamin Boutrel a recherché des marqueurs biologiques de vulnérabilité à la perte de contrôle sur la consommation d’alcool. En adaptant certains critères diagnostiques utilisés en clinique pour identifier les sujets à risque d’alcoolo-dépendance, cette équipe du Centre de neurosciences psychiatriques du CHUV a montré que seuls 12% d’une cohorte de rats présentaient des risques majeurs de perte de contrôle sur sa consommation d’alcool, alors que la moitié des rats testés conservait leur capacité de boire avec modération. Ces résultats ont été publiés fin août 2018 dans la revue scientifique Neuropharmacology.

Non seulement ces observations confortent l’idée que, comme chez les humains, les rats ne sont pas tous égaux face à l’alcool ; cette étude descriptive met en avant en particuliers que certaines bactéries intestinales seraient corrélées avec des adaptations fines, observées dans le cerveau, et susceptibles de promouvoir une perte de contrôle sur la consommation d’alcool.

La consommation excessive d’alcool est reconnue pour entraîner des troubles importants de la paroi intestinale, ainsi que l’apparition de processus inflammatoires délétères pour l’organisme, que ce soit au niveau intestinal, cardiovasculaire, rénal ou cérébral. L’originalité de cette étude est que, pour la première fois, il est envisagé que le microbiome intestinal pourrait prédisposer des individus à consommer de l’alcool en quantité excessive, avant même que l’intoxication alcoolique n’engendre de perturbation massive de la biodiversité microbiale contenue dans les intestins.

Cette étude ouvre une nouvelle voie de recherche visant à identifier les marqueurs biologiques de prédisposition à l’abus d’alcool. De plus amples recherches sont nécessaires pour mettre en évidence les mécanismes biologiques responsables, en particulier chez l’homme. L’équipe du Dr Boutrel envisage de poursuivre sa recherche, afin d’identifier les liens entre le microbiome intestinal, les réponses inflammatoires et les adaptations cérébrales impliquées dans le développement de la pathologie addictive. À terme, elle devrait permettre d’entrevoir des thérapies prophylactiques ou curatives ciblées, et ouvrir la voie d’une personnalisation des traitements pour les patients.
 

Pour en savoir plus 

Monitorage suisse des addictions :

Prof. John Cryan :

Contact : Dr Benjamin Boutrel, benjamin.boutrel@chuv.ch, 079 556 61 75

 

 Dernière mise à jour le 29/01/2020 à 10:21