Les rats aussi ne sont pas tous égaux face à l'alcool

Actualité du 25.08.2017

La consommation d'alcool est l'une des principales causes de décès et de maladies au monde. L'identification des personnes vulnérables avant leur intoxication chronique est de la plus haute importance.

Les données les plus récentes sur la consommation d’alcool en Suisse suggèrent qu’environ 250'000 personnes sont alcolo-dépendantes et que 20% de la population (15 ans et plus) présente une consommation d'alcool à risque. Pendant longtemps, la recherche préclinique s’est confrontée au fait que les rats ne sont pas amateurs d’alcool. Par le truchement d’animaux génétiquement modifiés ou issus d’élevage sélectionnés de rats consommateurs d’alcool, l’essentiel de la recherche fondamentale sur le sujet a jusqu'à ce jour mis en lumière les effets négatifs de l’intoxication alcoolique sur les animaux de laboratoire. Peu de travaux se sont intéressés à la vulnérabilité individuelle des rats face au risque de perdre le contrôle sur leur consommation d’alcool.

C’est justement à cette question que le groupe du Dr Benjamin Boutrel a voulu répondre. En adaptant certains critères diagnostiques utilisés en clinique pour identifier les sujets à risque d’alcolo-dépendance, cette équipe du Centre de Neurosciences Psychiatriques du CHUV a récemment démontré que seule 12% d’une cohorte de rats présentait des risques majeurs de perte de contrôle sur sa consommation d’alcool, alors que la moitié des rats testés conservait leur capacité de boire avec modération.

Non seulement cette étude confirme que, comme chez les humains, les rats ne sont pas tous égaux face au risque de boire sans modération; mais en outre, la méthode développée par l’équipe du Dr Boutrel confirme que l’anxiété est bel et bien un facteur de risque et que le développement d’un comportement d’abus requiert une exposition longue et récurrente à l’alcool, chez les rats aussi.

Cette étude ouvre une nouvelle voie de recherche visant à identifier les profiles neuropsychologiques à risque d’abus d’alcool, afin d’identifier la circuiterie cérébrale impliquée dans le développement de la pathologie addictive. A terme, elle devrait permettre d’entrevoir des thérapies prophylactiques ou curatives ciblées, et ouvrir la voie d’une personnalisation des traitements pour chaque patient.
 

Découvrez l'article du Scientific Report

 Dernière mise à jour le 29/01/2020 à 10:21