Nouvelle recherche du Prof. Stoop publiée dans Nature Communications

Publié par Scuderi Eva le 20.06.2024
La présence d'un compagnon peut réduire la peur, mais les mécanismes neuronaux qui constituent ce «social buffering of fear» sont mal connus. L'Unité de recherche sur la neurobiologie de l'anxiété et de la peur publie une nouvelle étude sur le sujet

Le Prof. Ron Stoop, du Centre de neurosciences psychiatriques du Département de psychiatrie du CHUV-UNIL, et son groupe de recherche sur la neurobiologie de l’anxiété et de la peur, ont publié  une  nouvelle étude intitulée « Social buffering in rats reduces fear by oxytocin triggering sustained changes in central amygdala neuronal activity » dans le journal Nature Communications.

Cette recherche est inspirée de l’observation clinique mise en place par le groupe de recherche du Prof. Armin von Gunten, chef du Service universitaires de psychiatrie de l'âge avancé. Ils ont pu noter que les personnes âgées avec des capacités cognitives altérées, par exemple des suites d’une maladie d’Alzheimer, peuvent répondre différemment à l’anxiété selon leur profil d’attachement (sécure ou insécure). En effet, les patient·es en situation d’anxiété et de stress et avec un profil d’attachement sécure répondent mieux à l’aide proposée par les soignants. A contrario, les patient.es avec un profil d’attachement insécure profitent moins de cette aide et peuvent y répondre par de l’agitation. Un processus neurodégénératif, pourrait affaiblir les mécanismes permettant au patient·e de faire face au stress ce qui activerait des profils d’attachement mis en place très tôt dans la vie.

 Le "Social buffering of fear"

En se basant sur ces observations, le groupe de recherche du Prof. Ron Stoop a reproduit en laboratoire des situations visant à examiner la réaction de rats face à la peur. Ainsi, ils ont pu mieux comprendre le mécanisme dit de "Social buffering of fear" dans lequel la présence de compagnons réduit l'anxiété chez des rats conditionnés par la peur.

D'autres recherches menées en laboratoires ont déjà montré que l'ocytocine (molécule secrétée dans l'amygdale dans le cerveau) a une influence sur la peur. Sa sécrétion peut diminuer cette dernière. Mais nous ne connaissions pas encore quels stimuli en déclenchaient la sécrétion.

Dans cette nouvelle étude, il a été observé en laboratoire que, tout comme chez l'humain, chez les rats, la présence d'un autre animal peut déclencher une sécrétion naturelle d'ocytocine dans l'amygdale pour réguler la peur. La présence de l'autre serait donc le stimuli déclenchant la sécrétion d'ocytocine. On a aussi conclu que le profil d'attachement joue un rôle dans cette sécrétion pour réguler la peur. En effet, plus le profil d'attachement est sécure, plus la sécrétion d'ocytocine est grande ou plus la personne est réceptive à celle-ci et vice versa.

Poursuivre la recherche en clinique

Il est maintenant nécessaire de retourner auprès des patient·es pour comprendre si, chez les personnes avec un profil d’attachement insécure, la sécrétion ou la réception d'ocytocine fonctionne moins bien et quelles actions cliniques mettre en place pour y remédier.

A découvrir aussi

Dans le même registre, le Prof. Stoop et son équipe viennent également de publier une recherche intitulée "Fear learning induces synaptic potentiation between angram neurons in the rat lateral amygdala". Celle-ci s'intéresse au rôle de l'amygdale latérale en tant que "plaque tournante" de l'information, notamment dans l'encodage des souvenirs liés à la peur. Cette découverte suggère un principe fondamental de la communication neuronale : un nombre relativement restreint de neurones peut encoder une vaste gamme de souvenirs.

En comprenant ces moyens de communication neuronales, les scientifiques peuvent explorer de nouvelles voies pour traiter les troubles liés à la peur et à la mémoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dernière mise à jour le 11/07/2024 à 12:10