Unité mixte internationale en neurodéveloppement et psychiatrie de l'enfant (UMI)

PROF. PIERRE MARQUET

Descriptif

Les grands troubles psychiatriques tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires et la dépression sévère récidivante demeurent un problème de santé publique majeur, malgré l’amélioration considérable de la prise en charge des patients, grâce notamment à la découverte des neuroleptiques et des antidépresseurs. Ces maladies restent à l’heure actuelle traitées de manière palliative et trop souvent de manière tardive, c’est-à-dire plusieurs années après leur apparition.

En effet, il commence à être bien établi que ces grands troubles psychiatriques ont une composante neuro-développementale, ce qui signifie qu’ils débutent de manière insidieuse, déjà durant l’enfance et ce bien avant l’apparition des symptômes cliniques ou même des phases prodromiques. En effet, les enfants vulnérables ou à risque, en particulier les enfants de patients atteints par l’un ou l’autre de ces troubles psychiatriques majeurs, présentent déjà tôt dans l’enfance une série d’anomalies discrètes, notamment au niveau du développement du cerveau, qui vont peu à peu se renforcer et conduire des années plus tard à l’apparition chez le jeune adulte de la maladie accompagnée de son cortège de symptômes invalidants.

Actuellement, de gros efforts sont entrepris pour mettre en place des programmes d’intervention précoce visant prioritairement à réduire la durée des phases débutantes non traitées, en particulier la psychose, une présentation inaugurale fréquente de ces grandes maladies. Toutefois, l’espoir d’une prévention primaire, c’est-à-dire visant à prévenir l’apparition de ces grands troubles, nécessite de pouvoir identifier des biomarqueurs et des endophénotypes de risque, c’est-à-dire reflétant des processus physiopathologiques précoces présents bien avant l’apparition des premières manifestations cliniques de ces maladies. Considérant d’une part, les évidences scientifiques des aspects neuro-développementaux de ces grandes psychoses, d’autre part, les résultats indéniables obtenus par les programmes d’intervention précoce, il devient urgent de conduire une nouvelle ligne de recherche, visant à repérer ces états de vulnérabilité précoce infantile et juvénile dans un but de mieux comprendre la pathogenèse de ces maladies et de développer des stratégies de prévention primaire. Cette vision est d’ailleurs soutenue par un article récent publié dans la très prestigieuse revue The New England Journal of Medicine, par le Prof. Maziade (N Engl J Med. 2017 Mar 9;376(10):910-912), pédopsychiatre québécois de renom, avec lequel nous collaborant étroitement.

Établir un syndrome de risque infantile

C’est grâce à l’identification d’un ensemble de biomarqueurs et d’endophénotypes de risque, reflétant des processus physiopathologiques débutant durant l’enfance, que nous pourrons définir un syndrome de risque infantile, et caractériser son évolution, la trajectoire de risque.

Le succès d’une telle approche permettrait in fine de définir des stades précliniques successifs de risque chez l’enfant ou l’adolescent, qui orienteront les futures interventions à visées préventives, c’est-à-dire ayant pour but d’infléchir ou idéalement de normaliser la trajectoire de risque.

C’est afin de conduire cet ambitieux projet que l’université Laval et l’université de Lausanne avec le fort soutien du CHUV et de la direction du département de psychiatrie ont décidé la création de cette unité de recherche mixte internationale (UMI) en neuro-développement et psychiatrie de l’enfant.

Les cohortes à risque

L’identification de biomarqueurs de risque et leurs évolutions requièrent la mise en place d’études longitudinales impliquant des cohortes composées d’enfants et de leurs parents, en particulier des parents atteints de psychose affective et non affective sachant que leurs enfants ont un haut risque de contracter ces troubles. Aujourd’hui, grâce à l’UMI, nous avons accès, en Suisse et au Canada, à de grandes cohortes de patients souffrant de schizophrénie, de troubles bipolaires, de dépression sévère récurrente ainsi qu’à leurs enfants à risque.

A Lausanne, grâce à une étroite collaboration avec l’unité de recherche en épidémiologie et psychopathologie, dirigée par le Prof. Preisig, nous avons accès à une importante cohorte à risque, composée de patients atteints de troubles bipolaires ou de dépression sévère récurrente, ainsi que de leurs enfants.

Au Québec, grâce à une collaboration étroite avec le Prof. M. Maziade, pédopsychiatre, au centre de recherche CERVO du centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale, nous avons accès à des cohortes multigénérationnelles (>2000 individus). Ces cohortes regroupent de nombreuses familles, dont plusieurs membres souffrent de grandes psychoses affectives et non affectives, permettant ainsi l’étude de la progéniture en tenant compte de tout l’aspect clinique juvénile et infantile; elles sont donc très propices à l’identification de biomarqueurs de risque.

L’accès à ces différentes cohortes à risque permettra de réaliser des validations multicentriques indispensables à l’identification de biomarqueurs en d’endophénotypes de risque fiables.

Notons encore que l’identification de tels biomarqueurs et/ou endophénotypes, mettant ainsi en lumière la composante biologique de ces grandes psychoses, est susceptible non seulement d’ouvrir de nouvelles pistes quant à la pathogenèse de ces maladies et contribuer ainsi à établir une psychopathologie plus articulée avec leurs pathophysiologies, mais aussi d’aider à leur déstigmatisation.

FINANCEMENTS DU VOLET LAUSANNOIS

 Dernière mise à jour le 19/11/2018 à 15:50