Chaire de médecine palliative

La médecine palliative: une discipline médicale?

La première chaire de médecine palliative de Suisse a été créée en 2006 à l’Université de Lausanne. Ses buts sont nombreux: renforcer l’offre clinique, compléter la formation des médecins et développer la recherche pour améliorer le sort des personnes en fin de vie.

En raison du vieillissement de la population, les hommes et les femmes sont davantage atteints de maladies dégénératives ou touchant leurs fonctions cognitives. Face à ce constat, le gouvernement et les cantons ont développé en 2009 une stratégie nationale pour étoffer et faire connaître auprès de la population l’offre de soins palliatifs dans le pays. Depuis 2015, cette stratégie a été reconduite dans la « Plateforme soins palliatifs » de l’OFSP.

«La chaire de médecine palliative de l’Université de Lausanne joue un rôle important dans le développement des soins palliatifs en Suisse, explique le Pr. Gian Domenico Borasio, titulaire de la chaire et chef du Service de soins palliatifs. Créée en 2006, elle a constitué une première étape dans la reconnaissance scientifique de la médecine palliative, longtemps vue comme pourvoyeuse uniquement d’antidouleurs. Or c’est une vraie discipline, médicale, avec toutefois un fort côté interprofessionnel, dans laquelle il est urgent d’encourager la recherche et la formation des médecins.»

Réformer les études de médecine

Le Pr. Borasio a notamment coprésidé un groupe d’experts mandatés par l’OFSP pour définir les nouveaux objectifs en médecine palliative que tous les étudiants doivent avoir acquis au terme de leurs études de médecine en Suisse. Fait remarquable, les décisions ont été acceptées à l’unanimité par les cinq facultés de Genève, Lausanne, Berne, Bâle et Zurich.

Auparavant disparate, la formation de base de tous les futurs médecins couvrira dorénavant les trois champs de la médecine palliative: le savoir scientifique, le savoir-faire et le savoir-être (voir encadré). «Ce dernier point est extrêmement important, souligne le professeur. Cela signifie que le médecin sera rendu particulièrement attentif aux besoins et volontés de son patient et de sa famille. Celui-ci préfère peut-être rester à la maison plutôt que d’être transféré dans un hôpital. Il faut savoir reconnaître le moment où le bien-être et la qualité de vie du patient priment sur l’objectif de la guérison.»

Cette étape a été suivie par une autre action capitale, à laquelle le Pr. Borasio a collaboré dans le cadre de la stratégie nationale: la création en 2016 d’un titre de formation approfondie post-graduée en médecine palliative, reconnu par l’Institut suisse pour la formation médicale postgraduée et continue (ISFM) de la Fédération des médecins suisses (FMH). L’obtention de ce titre requiert une formation clinique rigoureuse et spécialisée, de la durée de 24 mois, ainsi qu’une formation théorique de 160 heures et un examen final.

Changer les perspectives

«Une recherche de haute qualité est déterminante pour améliorer les soins donnés aux patients, poursuit le Pr. Borasio. Des études portent sur le contrôle des symptômes, tels que la douleur, la nausée. Mais il faut également prendre en compte les aspects non physiques. La recherche démontre que la question du sens de la vie, les valeurs personnelles ou le bien-être des proches améliorent la qualité de vie des personnes malades.» Et de rappeler que des patients cancéreux ayant bénéficié aux Etats-Unis de soins palliatifs à un stade précoce ne voyaient pas seulement une diminution de leurs symptômes dépressifs et des séances de chimiothérapie, mais également une prolongation de leur survie de quasi trois mois!

A Lausanne, une étude sur l’accompagnement spirituel, financée par le Programme national de recherche "Fin de vie" (PNR 67), s'est penchée sur le rôle joué par le concept du sens de la vie et les valeurs des patients dans les décisions thérapeutiques. Il s’agit de mieux comprendre leur influence pour que les professionnels puissent les utiliser comme ressource bénéfique chez les personnes en fin de vie. D’autres domaines sont explorés: l’efficacité des offres en médecine palliative ou l’expérience des proches de patients ayant eu recours au suicide assisté.

Entretemps, plusieurs postes de professeur en médecine palliative ont été créés dans les Facultés de Médecine suisses, notamment à Genève, Berne et Zurich. A l’exception de Zurich, où le positionnement du poste dans le cadre du Service de radio-oncologie risque de prétériter l’indépendance et l’évolution de la discipline, il s’agit de développements bienvenus et encourageants.

Pour mieux répondre aux besoins de la population des patients palliatifs âgés, qui est en augmentation constante, le CHUV a mis en place en 2016 la première chaire mondiale dédiée aux soins palliatifs gériatriques. Avec cette collaboration entre les services de gériatrie et de soins palliatifs, on essaye d’aborder le plus grand défi de la médecine moderne: le changement démographique.

Pour souligner l’interprofessionnalité des soins palliatifs aussi au niveau académique, la première chaire suisse en soins palliatifs infirmiers a été créée au CHUV en 2018.

Les trois champs de la médecine palliative enseignés aux étudiants de médecine

  • Le savoir scientifique:

    l’identification et le contrôle des symptômes, la médication appropriée contre la douleur, la dyspnée, la nausée et les autres symptômes physiques

  • Le savoir-faire:

    la connaissance du cadre légal, la maîtrise des diverses ressources pour intervenir, la qualité de la communication au patient et à son entourage

  • Le savoir-être:

    la conscience de ses propres limites et de sa propre finitude ainsi que la bienveillance envers le patient et la reconnaissance de son droit à l’autonomie.

Adapté de Mourir, Gian Domenico Borasio, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2014, p.43.

 Dernière mise à jour le 02/08/2021 à 09:14