Pour une meilleure utilisation des antibiotiques au début de vie

Publié par Mean Elise le 24.11.2022
Des chercheurs du CHUV et de l’Hôpital de Lucerne, en collaboration avec des hôpitaux de 11 pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Australie s’engagent pour réduire cette exposition et viennent de publier une étude comparative sur le sujet.

En plus d’augmenter la résistance aux antimicrobiens, une surexposition des nouveau-nés aux antibiotiques peut avoir des conséquences sur leur santé.

Une étude de la Dre Varvara Dimopoulou, du Pr Eric Giannoni, médecins en néonatologie au CHUV et du Dr Martin Stocker, du service de néonatologie à l’Hôpital cantonal de Lucerne s’est intéressée à l’exposition aux antibiotiques en début de vie. 757'979 nouveau-nés, nés à terme ou proche du terme, dans onze pays d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Australie ont été inclus dans l’étude.

Publiée cette semaine dans JAMA Network Open, en même temps que la Semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens, elle permet de montrer que le taux d’exposition aux antibiotiques varie de 1,2% à 12,5%, en fonction de la zone géographique où est né l’enfant. « L’incidence du sepsis précoce, qui est la raison pour laquelle nous administrons des antibiotiques aux bébés, est de 0,049 sur 1'000 naissances alors que la mortalité associée au sepsis est de 3,2 % chez les nouveau-nés à terme ou proches du terme. Par conséquent, l’exposition aux antibiotiques est disproportionnellement élevé par rapport au taux d’infections bactériennes débutant au cours de la première semaine de vie, ce qui suggère que l'exposition aux antibiotiques peut être réduite en toute sécurité » commente la Dre Varvara Dimopoulou, cheffe de clinique en néonatologie.

Un risque de développer des maladies chroniques
En plus d’augmenter la résistance aux antimicrobiens, une surexposition des nouveau-nés aux antibiotiques peut parfois avoir des conséquences pour leur santé. L'exposition aux antibiotiques tôt dans la vie modifie le microbiome individuel, soit les bonnes bactéries présentes dans notre corps. Une perturbation du développement précoce du microbiome peut ensuite avoir des conséquences sur la santé individuelle du bébé : « Le risque de développer des maladies chroniques comme les maladies inflammatoires de l'intestin, l'eczéma, le diabète ou l'asthme peut être augmenté par un développement anormal du microbiome. Le début de la vie est un moment clé pour le développement normal de ce dernier » explique le Pr Eric Giannoni, médecin adjoint en néonatologie.

Sensibiliser les professionnel-le-s de la santé
Dans certaines situations, l’administration d’antibiotiques est toutefois absolument indispensable et urgente. Malheureusement, il n'existe pas de moyen facile de distinguer les bébés véritablement infectés des bébés présentant des symptômes dus à d'autres raisons (par exemple une détresse respiratoire due à un processus d'adaptation prolongé après la naissance). Pour le Pr Giannoni, les médecins surestiment toutefois souvent la probabilité qu’un nouveau-né ait développé une infection bactérienne invasive : « Notre étude permet de mieux objectiver les risques et bénéfices de l’administration d’antibiotiques, en fonction des données à disposition et de sensibiliser les pédiatres à l’ampleur de la surexposition aux antibiotiques. »

Prochaine étape : développer un tableau de bord international en libre accès
Les auteurs de l’étude souhaitent dans un 2e temps développer un tableau de bord international en libre accès, qui permette de partager des informations sur l'exposition aux antibiotiques et les infections bactériennes au début de vie. Grâce à l'éducation, à l'analyse comparative, aux changements dans la pratique, aux nouvelles stratégies de gestion, et grâce à une meilleure communication entre les médecins et les familles, les chercheurs sont convaincus qu’il est possible, dans certaines situations, d’administrer moins d'antibiotiques aux nouveau-nés.

> Pour plus d’infos : https://la4b.org/   

> Pour lire l’étude 

 Dernière mise à jour le 01/12/2022 à 14:10