Succès & enjeux

Situés au carrefour des disciplines ayant trait à la santé, les soins infirmiers vivent intensément la transformation du système sanitaire engendrée par l’évolution des besoins de la population.

Le Canton de Vaud & les soins infirmiers

Depuis longtemps conscients de l’importance des soins infirmiers et de la nécessité d’anticiper une pénurie de professionnels, les acteurs de la scène politique et institutionnelle vaudoise coordonnent leurs efforts avec succès dans les domaines suivants:

  • Définition du niveau Bachelor comme condition d’entrée dans la profession, conformément aux recommandations internationales: tous les infirmier-e-s vaudois sont formés au niveau HES depuis 2002
  • Création en 2015 d’un Bachelor soins infirmiers en emploi pour permettre à des ASSC de maintenir un revenu salarial en période de formation
  • Ouverture progressive d’un cursus académique complet en sciences infirmières à Lausanne: l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins de l’UNIL propose une filière Doctorat depuis 2008 et le Master depuis 2009.
  • Augmentation des capacités de formation: les volées d’étudiants en soins infirmiers dans les hautes écoles de la santé lausannoises (HEdS La Source et HESAV) ont massivement augmenté depuis leur passage au statut d’HES en 2002, de même que les capacités d’accueil des étudiants au CHUV. Les professionnels formés dans le Canton constituent désormais une très large majorité des engagements au CHUV.
  • Amélioration des conditions salariales: trois revalorisations successives (2002, 2009, 2016)
  • Reconnaissance de la part autonome du rôle infirmier dans la Loi sur la santé publique (art.124): la loi vaudoise est plus en phase avec les réalités professionnelles que bon nombre d’autres textes cantonaux
  • Une attention portée à l’image de la profession par le Service de la santé publique: une étude a même été menée sur le sujet en 2005.

La pratique infirmière avancée

La pratique infirmière avancée (PIA) est au service de trois axes:

  • la création de prestations de soins en réponse à des besoins nouveaux
  • l’optimisation de la qualité des soins
  • la substitution d’activités, notamment dans un contexte de pénurie médicale.

Pionnier dans le domaine, le CHUV a intégré les premières infirmières cliniciennes spécialisées titulaires d’un Master en sciences infirmières dès leur entrée sur le marché local en 2011 et devrait en compter une soixantaine en 2020 avant de stabiliser leur nombre.

Cinq profils-types ont été définis par le Comité de direction du CHUV pour l’exercice de la PIA:

  • soins directs et indirects dans les services cliniques
  • activité clinique dans le cadre d’une consultation spécialisée
  • profil transversal au sein d’un programme institutionnel ou départemental (ex: prévention des escarres)
  • enseignement
  • encadrement.

En termes de perspectives, le CHUV s’associe avec les institutions et les milieux associatifs et scientifiques suisses, belges et nord-américains pour évaluer l’impact des rôles de PIA.

Enfin, l’émergence du rôle d’infirmière praticienne (IPS) fait l’objet d’une étude de faisabilité à Lausanne. L’activité de l’IPS consisterait à dispenser des soins directs axés sur la prise en charge infirmière et médicale de problèmes à haute incidence et prévalence et pour lesquels les médecins sont en nombre insuffisant.

Le virage académique

La Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal, art.32) stipule que les prestations de santé doivent être appropriées et économiques, avec une efficacité démontrée selon des méthodes scientifiques. Avec un certain retard sur l’Amérique du nord notamment, les soins infirmiers en Suisse ont initié le virage académique depuis la création de la Fondation pour la recherche en soins (FoReSo) en 1999, berceau de l’Institut universitaire de formation et de recherche en soins lausannois, et l’ouverture à l’Université de Bâle de l’Institut für Pflegewissenschaft en 2000.

Avec l’essor des compétences scientifiques dans notre contexte, tous les éléments sont désormais réunis pour permettre aux soins infirmiers de contribuer pleinement à la triple missions du CHUV - soins, formation, recherche - et mettre ainsi les savoirs au service des patients. L’intégration de la démarche scientifique, si elle permet de développer des réponses nouvelles aux besoins de santé, constitue toutefois une révolution culturelle qui nécessite du temps pour impacter les pratiques à la hauteur des attentes des patients, de leurs proches et de la communauté.

Des responsabilités accrues

L’accès à des soins de santé de qualité dans un délai raisonnable est un enjeu important pour les bénéficiaires de soins. Les infirmier-e-s peuvent contribuer à favoriser cet accès en endossant des responsabilités habituellement dévolues aux médecins au sein de la première ligne de soins. Au CHUV, la délégation de responsabilité médicale est un processus bien encadré, sur le plan réglementaire et en matière de compétence. Exemples emblématiques:

  • En psychiatrie, l’intervention des infirmier-e-s case managers précède l’évaluation médicale et permet, avec une grande autonomie d’action, d’initier la prise en charge dès le domicile pour des personnes avec des troubles psychiatriques et des difficultés sociales importantes.
  • En pédiatrie, les infirmier-e-s assurent à la fois le tri des patients aux urgences en fonction du degré de gravité de la situation et la consultation pour des enfants de 3 ans révolus venus en urgences et ne présentant pas de signes de gravité. Seize pathologies sont ainsi prises en charges par des infirmier-e-s diplômé-e-s expérimenté-e-s et spécifiquement formé-e-s.

Pratique clinique et cadre légal

Parce qu’elles sont compétentes pour évaluer les besoins et planifier les soins, coordonner les intervenants, enseigner et accompagner afin d’aider la personne atteinte dans sa santé à conserver un maximum d’autonomie, les infirmières sont un pilier essentiel du système de santé. Avec leurs surveillances et leur capacité à détecter les changements dans l’état de santé, elles assurent le rôle de filet de sécurité pour les patients. Elles exercent à l’hôpital, à domicile, en réadaptation, en long séjour, dans l’entreprise, à l’école, et dans toutes les circonstances de la santé communautaire.

Si l’arsenal législatif anticipe parfois les évolutions de la société, il lui arrive aussi de devoir être adapté a posteriori. Dans le cas précis, la Loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal) peine encore à reconnaître la part autonome du rôle infirmier pourtant explicitée dans plusieurs lois cantonales et bien présente dans les réalités quotidiennes. Une initiative parlementaire visant à corriger cela a échoué au Parlement en 2016.

En janvier 2017, les milieux professionnels ont lancé une initiative populaireintitulée «Pour des soins infirmiers forts» dont l’objectif est d’inscrire, dans la Constitution suisse, des garanties en matière d’accès à des soins infirmiers suffisants et de qualité.

 Dernière mise à jour le 19/02/2018 à 13:11