Communiqué de presse
Lausanne, 7 février 2022

Un nouvel implant pour traiter des paralysies

Les travaux de Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch permettent désormais à des patients souffrant d’une lésion complète de la moelle épinière de tenir debout, remarcher, et même de pratiquer des activités récréatives telles que la natation, le vélo, et le canoé.

Les premiers pas d'un patient souffrant d'une paraplégie complète suite à un accident de moto © Alain Herzog, EPFL

L’image avait fait le tour du monde, fin 2018. David Mzee, un patient rendu paraplégique lors d’un accident de sport ayant provoqué une lésion partielle de sa moelle épinière, quittait sa chaise roulante pour se mettre à marcher avec l’aide d’un déambulateur. La réactivation de la moelle épinière avec des stimulations électriques donnait les premières preuves de sa pertinence.

Trois ans plus tard, une nouvelle étape est franchie par les équipes de Grégoire Courtine, neuroscientifique et professeur à l’EPFL, et Jocelyne Bloch, neurochirurgienne et professeure au CHUV. Grace au développement de nouveaux implants optimisés pour stimuler la région de la moelle épinière qui contrôle les muscles du tronc et des jambes et d’un nouveau software intégrant de l’intelligence artificielle, trois patients ayant souffert d’une lésion complète de la moelle épinière sont à présent capables de marcher en dehors du laboratoire. « Nos algorithmes de stimulation continuent à imiter la nature, explique Grégoire Courtine. Les nouveaux implants souples que nous plaçons sous les vertèbres au contact de la moelle épinière sont capable de moduler les neurones qui régulent l’activité de groupes musculaires précis. On peut ainsi activer la moelle épinière comme le cerveau le ferait naturellement pour tenir debout, marcher, faire du vélo, de la natation, etc. »

Un bouton pour activer les séquences motrices
En cette froide journée de décembre, des giboulées de neige s’abattent sur le Grand-Pont, à Lausanne. La bise glacée ne décourage pourtant pas Michel Roccati, un patient italien qui souffre d’une paraplégie complète suite à un accident de moto survenu 4 ans plus tôt. Il a lui aussi reçu le nouvel implant placé contre sa moelle épinière au CHUV par la neurochirurgienne Jocelyne Bloch.

Autour de lui, l’équipe du centre .NeuroRestore s’affaire. Deux petites télécommandes sont fixées sur un déambulateur. Une tablette envoie, sans fil, les commandes de stimulation au pacemaker qui est situé dans l’abdomen de Michel, et qui ensuite relaie les stimulations à l’implant médullaire pour permettre à Michel de se lever. Cramponné à son déambulateur, il fait la démonstration du système. Une pression sur le bouton de droite, conjointement à sa volonté d’activer ses muscles, et sa jambe gauche se fléchit comme par magie. Puis se repose, quelques centimètres plus loin. Michel actionne alors le bouton de gauche et sa jambe droite fait un pas. Il marche ! « Les tout premiers pas ont été vraiment incroyables, inespérés ! témoigne-t-il. Je m’entraîne énormément depuis plusieurs mois. Je fixe mes objectifs. Je peux même monter et descendre des escaliers. Je pense pouvoir franchir 1 km d’ici le printemps. »

Deux autres patients suivent avec succès le même protocole, décrit aujourd’hui dans Nature Medicine. « La clé, ici, a été de pouvoir insérer un implant plus long et plus large, avec des électrodes disposées de manière à les faire correspondre précisément aux racines nerveuses de la moelle épinière qui nous permettent d’accéder aux neurones qui contrôlent les muscles », précise Jocelyne Bloch. Cela permet davantage de sélectivité et de précision dans le contrôle des séquences motrices associées à chaque activité.

En un seul jour
Un entraînement poussé est bien sûr nécessaire pour que les patients gagnent en mobilité. La récupération n’en est pas moins spectaculaire : « En une seule journée après l’activation de leur implant, nos trois patients pouvaient se lever, marcher, pédaler, nager et contrôler des mouvements du tronc », précise Grégoire Courtine. Ceci grâce à des programmes de stimulation spécifiques à chaque type d’activité, qui peuvent être sélectionnés à la demande sur la tablette, et ensuite générés par le pacemaker implanté dans l’abdomen. »

Aussi impressionnants que soient les résultats immédiats, c’est toutefois après quelques mois d’entraînement que les progrès se sont révélés les plus spectaculaires. Un programme d’entraînement à l’aide des programmes de stimulation a permis aux patients de regagner de la masse musculaire, d’augmenter leur autonomie de mouvement, et de renouer avec certaines activités sociales – partager une boisson debout à un bar, par exemple. Avantage considérable, grâce à la miniaturisation des équipements, ces entraînements peuvent se dérouler en extérieur et non plus seulement dans un laboratoire.

« Nous avons démontré une fois de plus la pertinence de notre approche, souligne Grégoire Courtine. Grâce à notre étroite collaboration avec ONWARD Medical, désormais cotée à la Bourse européenne, nous allons pouvoir transformer ces travaux de recherche en de véritables traitement dont pourront bénéficier des milliers de personnes de par le monde. »

 

Contacts 
Pour tout renseignement médical, un formulaire est disponible sur le site de NeuroRestore
EPFL Press office : Emmanuel Barraud, +41 21 693 21 90
CHUV Press office: medias(at)chuv.ch
ONWARD Medical: Dave Marver, CEO, +41 78 208 36 04

A propos de .NeuroRestore
Dirigée par le neuroscientifique de l'EPFL Grégoire Courtine et la neurochirurgienne du CHUV Jocelyne Bloch, .NeuroRestore est une plateforme scientifique romande travaillant sur des approches visant au rétablissement des fonctions neurologiques. NeuroRestore réunit depuis sa création en 2018 des ingénieurs, médecins et chercheurs de l'EPFL, du CHUV, de l'UNIL avec le soutien de la Fondation Defitech. Cette collaboration doit permettre de poursuivre le développement de neurothérapies afin d’améliorer la récupération des fonctions motrices des patients paraplégiques, tétraplégiques, souffrant de la maladie de Parkinson ou des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Des traitements innovants et personnalisés sont testés dans le cadre de protocoles de recherche, puis mis à disposition des hôpitaux et des patients. .NeuroRestore a aussi comme mission de former une nouvelle génération de professionnels de la santé et d’ingénieurs à l’utilisation de ces approches thérapeutique innovantes.

A propos de ONWARD Medical
ONWARD est une société de technologie médicale qui crée des thérapies innovantes pour restaurer le mouvement, l'indépendance et la santé des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. Les travaux d'ONWARD s'appuient sur plus d'une décennie de recherches scientifiques fondamentales et précliniques menées dans les plus grands laboratoires de neurosciences du monde. La thérapie ARC d'ONWARD, qui peut être administrée par des systèmes implantables (ARCIM) ou externes (ARCEX), est conçue pour fournir une stimulation ciblée et programmée de la moelle épinière afin de restaurer le mouvement et d'autres fonctions chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière, améliorant ainsi leur qualité de vie. Trois dispositifs d'ONWARD ont été qualifiés de «révolutionnaires» par la FDA. En décembre 2021, 65 sujets dans le monde entier ont pu être enrôlés dans le premier essai validé par la FDA. La technologie d'ONWARD est protégée par plus de 310 brevets délivrés ou en attente dans le monde. Le siège social d'ONWARD est situé sur le High Tech Campus à Eindhoven, aux Pays-Bas. Elle dispose d'une équipe importante à Lausanne, en Suisse, et d'une présence américaine croissante à Boston, Massachusetts. Pour de plus amples informations sur la société, veuillez consulter le site ONWD.com. Pour accéder à notre calendrier financier 2022, veuillez visiter IR.ONWD.com

Le CHUV en bref

Le CHUV est l’un des cinq centres hospitaliers universitaires suisses, aux côtés des hôpitaux de Genève, Berne, Bâle et Zurich. Il poursuit trois missions de base confiées par les pouvoirs publics: les soins, la formation et la recherche.

En 2021, grâce à ses 12'228 collaborateurs-trices, le CHUV a accueilli 51'205 patient-e-s hospitalisé-e-s pour plus de 500'374 journées d’hospitalisation. Il a traité 80’261 urgences, assuré 1'451'300 consultations ambulatoires et accueilli 3’177 naissances. Son budget annuel est de 1.832 milliard de francs.

Afin d’assurer la formation des médecins, le CHUV est étroitement lié à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne. Il collabore également avec les autres institutions universitaires lémaniques (EPFL, ISREC, Institut Ludwig, Université de Genève), les Hôpitaux universitaires de Genève, ainsi qu’avec d’autres hôpitaux, établissements de soins ou institutions, telles la Fédération des hôpitaux vaudois et la Société vaudoise de médecine.

Depuis 2019, le CHUV figure dans le classement des meilleurs hôpitaux du monde, selon le magazine Newsweek.