Felicia Ghica

De l’épreuve à la preuve du psychothérapeutique. Pour une évaluation des psychothérapies à l’échelle du quotidien

Thèse en cours sous la direction d'Aude Fauvel, IHM, CHUV-UNIL, et Francesco Panese, SSP-UNIL et IHM

Résumé : 

Cette thèse examine les modalités d’évaluation des psychothérapies en France et en Suisse depuis la réglementation du titre de psychothérapeute. Elle met en évidence un angle mort récurrent dans la littérature scientifique comme dans les cadres réglementaires : la faible prise en compte des points de vue des personnes engagées dans un processus psychothérapeutique. Elle montre que les formes d’évaluation les plus courantes reposent majoritairement sur une conception de la preuve héritée de l’Evidence-Based Medicine, qui privilégie des méthodologies standardisées, quantitatives et comparatives, au détriment de dimensions subjectives pourtant centrales dans les processus psychothérapeutiques.

La thèse interroge les fondements de ces modalités d’évaluation en analysant leurs enjeux : les présupposés épistémologiques et économiques qui les sous-tendent, leur rapport aux patient.es, mais aussi les acteur.trices impliqué.es, les critères mobilisés, les finalités poursuivies. Elle met en lumière les effets de cette hiérarchisation des preuves sur la reconnaissance des savoirs expérientiels et sur la définition même de ce qui compte comme un "résultat" thérapeutique.

L’objectif de ce travail est triple : expliciter ces enjeux théoriques et institutionnels, analyser leurs implications concrètes sur les itinéraires thérapeutiques, et montrer, dans une perspective interdisciplinaire, l’importance d’articuler enquête historique, épistémologique et sociologique afin d’éviter la fragmentation des savoirs sur les psychothérapies. La thèse vise également à identifier et à souligner les apports spécifiques d’une évaluation fondée sur le point de vue des patient.es rétabli.es, en tant que forme de connaissance susceptible de compléter, déplacer ou reconfigurer les standards dominants des évaluations.

Pour ce faire, elle s’appuie sur deux enquêtes de terrain menées auprès de patient.es rétabli.es, engagé.es comme pair.es praticien.nes en santé mentale en Suisse ou comme médiateur.trices de santé pair.es en France, dans une perspective comparative. Ces enquêtes permettent d’examiner les bénéfices des psychothérapies tels que définis et perçus par les patient.es, les critères qu’ils et elles mobilisent pour évaluer leur efficacité, ainsi que les processus par lesquels ils et elles construisent du sens à partir de leur expérience psychothérapeutique. Elles mettent en évidence des formes de preuve situées, narratives et processuelles, qui échappent en partie aux cadres classiques de validation scientifique ; elles éclairent également les significations attribuées au terme "psychothérapeutique" dans les usages, ainsi que les motivations à l’origine de l’engagement dans une démarche thérapeutique.

En articulant analyse empirique et réflexion historico-épistémologique, cette recherche entend contribuer à une redéfinition pluraliste de la preuve en psychothérapie - mais aussi de l’objet et des finalités des psychothérapies par là même. Elle vise ainsi à améliorer les pratiques psychothérapeutiques et leurs modalités d’évaluation, tout en clarifiant l’utilité des différentes approches dans les usages, en contraste avec les débats épistémologiques qui les traversent.

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Felicia Ghica

 Dernière mise à jour le 23/07/2026 à 11:16