
TRM chef de l’unité d’échographie du CHUV, Giuseppe Gullo a franchi fin 2025 une étape marquante en devenant le premier technicien en radiologie médicale (TRM) à soutenir avec succès un doctorat (PhD, FBM) mené intégralement en Suisse. Rencontre avec un pionnier de la profession et un passionné d’échographie, engagé à faire progresser la recherche et les pratiques au bénéfice des patient-es.
Dr Giuseppe Gullo, qu’est-ce qui vous a poussé à vous spécialiser en échographie ?
De mémoire, j’ai toujours été davantage attiré par la dimension d’interaction du métier que par la technique seule. L’échographie s’est donc imposée assez naturellement. Ce qui me plaît dans cette spécialité, c’est le côté très dynamique de l’examen : on est en contact permanent avec la patiente ou le patient, en lien étroit avec le médecin radiologue, et l’examen se construit « en temps réel », avec une approche différente de l’IRM ou du CT.
Vous avez aussi largement contribué au développement de l’équipe TRM PICC Line en radiologie interventionnelle au CHUV.
En effet, dès 2017 nous avons constitué une équipe spécialisée dédiée à la pose de PICC (ndlr: cathéter veineux central inséré par voie périphérique, généralement au bras) en radiologie interventionnelle. Le geste est réalisé sous délégation médicale, avec un échoguidage, dans le respect de protocoles standardisés.
Ce projet répondait à un besoin très concret : les demandes augmentaient, les délais d’attente s’allongeaient et il devenait difficile d’absorber l’ensemble des sollicitations. Il fallait donc trouver une solution pour fluidifier la prise en charge et sécuriser le parcours, tout en permettant aux radiologues interventionnel-les de se concentrer sur les gestes plus complexes.
« J’ai toujours été davantage attiré par la dimension d’interaction du métier que par la technique seule. »
Quelques années plus tard, en 2020, vous entamez un doctorat en sciences de la vie (PhD) à la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans une formation aussi longue et exigeante ?
Je dirais que c’est l’association d’un projet motivant et d’un encadrement stimulant. Le projet en question était celui des PICC que je viens d’évoquer. Même si tout ne s’est pas fait du jour au lendemain, voir ce projet prendre de l’ampleur et répondre de manière scientifique à un besoin concret sur le terrain, cela m’a donné envie d’aller plus loin et de continuer à le construire.
Le deuxième moteur, c’est la dimension humaine. J’avais déjà réalisé mon Master en Sciences de la santé avec celui qui est ensuite devenu mon directeur de thèse, le Pr Salah-Dine Qanadli. La collaboration que nous avions eue, la confiance installée et l’émulation intellectuelle ont clairement joué un rôle. C’est le type de collaboration qui vous pousse à vous dépasser et à franchir une étape supplémentaire.
Et sur quoi portait plus spécifiquement votre thèse ?
Ma thèse portait sur l’optimisation de l’utilisation des PICC en termes de guidage, de positionnement, de sécurité et de confort des patient-es. Nous avons évalué la méthode de guidage par électrocardiogramme (ECG) et l’apport de la réalité virtuelle pour améliorer l’expérience-patient. Les résultats montrent que la réalité virtuelle améliore la prise en charge et que tant le guidage par ECG que la méthode traditionnelle basée sur les rayons X présentent des faiblesses qu’il importe de juguler.

Être le premier TRM à obtenir un doctorat au terme d’une filière entièrement helvétique, qu’est-ce que ça représente pour vous ?
C’est un mélange de plusieurs sentiments, de la satisfaction, de la fierté et une bonne part de soulagement. Commencer est une chose, terminer en est une autre et, sur cinq ans, il y a eu des hauts, mais aussi pas mal de bas. Ce parcours porte aussi un message important. Pour les TRM, il est possible d’aller au bout des trois cycles universitaires en Suisse, jusqu’au doctorat, sans devoir s’exiler. C’est un signal positif, on a le choix et on peut le faire chez nous. Et tout s’est fait à Lausanne, plutôt bon pour le bilan carbone !
Comment avez-vous concilié activité professionnelle, doctorat et vie personnelle ?
Il est clair que cela a été long et parfois compliqué. Le soutien de ma femme a été essentiel, et nous avions des priorités claires, notamment au niveau du temps consacré à la famille. Je travaillais surtout le soir, une fois les enfants couchés, et je profitais aussi des moments disponibles, par exemple pendant leurs activités sportives. Par ailleurs, ce type de projet ne se fait pas seul. J’ai pu avancer grâce à des relais et à des soutiens précieux, notamment ceux de mes collègues Pierre Frossard et Anaïs Colin, ainsi que de nombreuses autres personnes au fil des étapes.
« Les TRM peuvent apporter beaucoup à la recherche en radiologie, surtout lorsqu’ils disposent d’outils méthodologiques solides. »
Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
C’est encore trop tôt pour dresser un bilan, je le vois plutôt comme un début que comme une finalité. Je n’ai pas fait ce doctorat avec un objectif de poste en tête, mais j’ai plutôt été porté par la dynamique du projet et des rencontres. Maintenant, l’enjeu est de le valoriser concrètement, en ouvrant de nouvelles collaborations, par exemple avec l’HESAV, et en renforçant les partenariats au quotidien, en particulier avec les médecins.
Selon vous, que peuvent apporter les TRM à la recherche en radiologie médicale ?
Les TRM peuvent apporter beaucoup à la recherche en radiologie, surtout lorsqu’ils disposent d’outils méthodologiques solides. Leur force est d’être au cœur de la clinique, au contact de questions très concrètes qui peuvent devenir des sujets de recherche directement utiles à la pratique. Les TRM apportent aussi un regard complémentaire à celui des médecins, souvent plus orienté technique, processus et qualité, avec une attention particulière à la faisabilité et à l’expérience-patient. Enfin, l’objectif n’est pas de travailler en parallèle, mais de renforcer une dynamique de partenariat. Une recherche portée aussi par des TRM peut justement favoriser une collaboration plus équilibrée et plus efficace au quotidien.
Quel message aimeriez-vous transmettre aux TRM qui hésitent à se lancer dans une formation avancée ou dans la recherche?
Je leur dirais qu’il y a toujours quelque chose à apprendre, et que c’est un moteur puissant. S’engager dans ce type de démarche permet aussi de renforcer le rôle d’acteur de nos journées, plutôt que de les subir. Et quand on en est acteur, on termine souvent la journée avec davantage de satisfaction.
Propos recueillis par Franco Genovese
Photo: © CHUV/Franco Genovese