La technologie CAR-T adaptée au traitement de l’asthme allergique
Les cellules CAR-T, des lymphocytes T génétiquement modifiés pour exprimer des récepteurs chimériques artificiels, sont de plus en plus utilisées pour renforcer la réponse du système immunitaire contre des cancers. Dans une étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Experimental Medicine (JEM), une équipe de recherche du CHUV a adapté cette technologie afin de supprimer la réponse immunitaire dirigée contre un allergène courant, le pollen de bouleau.
Des traitements limités face à l’asthme allergique
L'asthme touche 300 millions de personnes dans le monde, dont 60 % souffrent d'une forme allergique. Des allergènes tels que le pollen déclenchent une réaction immunitaire dans les voies respiratoires, entraînant une inflammation, une production excessive de mucus et des difficultés respiratoires. La désensibilisation, qui consiste à administrer progressivement des doses croissantes d'allergène, est actuellement le seul traitement agissant sur la cause de la maladie. Toutefois, elle n'est pas recommandée chez les personnes atteintes d'asthme sévère, qui présentent pourtant le risque le plus élevé de complications et de décès liés à cette maladie.
« Cela souligne le besoin de développer de nouveaux traitements, capables de restaurer la tolérance immunitaire aux allergènes chez les personnes souffrant d'asthme allergique sévère », explique le Pr Yannick Muller, médecin au Service d’immunologie et allergie du CHUV et professeur à la FBM-Unil, qui a dirigé cette étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Experimental Medicine (JEM), en collaboration avec le Service de pneumologie.
Des cellules immunitaires reprogrammées pour cibler un allergène
Les lymphocytes T régulateurs (Tregs) sont des cellules immunitaires indispensables au maintien de la tolérance envers le soi. Ils freinent ainsi les réponses immunitaires inappropriées et limitent les phénomènes inflammatoires excessifs. Leur découverte a été récompensée par le Prix Nobel physiologie et médecine en 2025. Ils sont actuellement étudiés comme traitement potentiel pour de nombreuses maladies inflammatoires, auto-immunes, la transplantation et greffe de moelle, même si leur efficacité reste encore souvent limitée par manque de spécificité.
L’équipe de recherche s’est demandé s'il serait possible d'augmenter le potentiel thérapeutique des Tregs en les modifiant génétiquement afin qu'ils expriment des récepteurs capables de reconnaître un allergène précis. Cette stratégie est comparable à celle des cellules CAR-T utilisées en oncologie : des lymphocytes T cytotoxiques sont modifiés pour reconnaitre spécifiquement des protéines présentes à la surface des cellules tumorales, orientant ainsi le système immunitaire contre celles-ci.
Les chercheurs ont conçu des récepteurs allergéniques chimériques (appelés CAlleR) capables de reconnaître spécifiquement une protéine du pollen de bouleau, l'une des principales causes d'asthme allergique en Europe, qui touche 8 à 16 % de la population. Greffés sur des lymphocytes T régulateurs, ces récepteurs permettent à ces cellules d'être activées lorsqu'elles rencontrent cet allergène et de freiner la réaction immunitaire.
Des résultats prometteurs sur la souris
L'équipe a ensuite injecté ces cellules à des souris déjà allergiques au pollen de bouleau. Lorsqu'elles ont été réexposées au pollen, elles présentaient une réduction de l’inflammation allergique, une diminution de la production de mucus et une amélioration de leur fonction pulmonaire. Les chercheurs ont également administré ces cellules à des souris n'ayant jamais été exposées au pollen de bouleau. Lorsqu’elles ont ensuite été mis en contact avec le pollen, les souris étaient protégées, suggérant un effet préventif du traitement sur le développement des allergies.
« Notre étude apporte une preuve de concept ainsi que des données précliniques montrant que des lymphocytes T régulateurs exprimant des CAlleRs dirigés contre un allergène peuvent atténuer l'asthme allergique », souligne Yannick Muller. « Les prochaines étapes consisteront à évaluer la persistance et la stabilité de ces cellules dans le temps, ainsi qu'à déterminer les meilleures modalités pour leur utilisation thérapeutique. »
Cette technologie pourrait également être adaptée à d'autres allergènes fréquents, comme les animaux, les acariens ou certains allergènes alimentaires, afin de réguler de manière ciblée les réponses immunitaires.
