La restriction de croissance intra-utérine ou « retard de croissance intra-utérin » (RCIU) est une complication fréquente de la grossesse, qui a des conséquences à court et long terme, en augmentant notamment le risque des développer des maladies cardiovasculaires et métaboliques.
Depuis 2009, l’équipe du Laboratoire de recherche en néonatologie (LRN) du CHUV se penche sur l’étude de la régulation de la circulation sanguine dans le cordon ombilical et sur l’influence du sexe biologique du nouveau-né. Les différents projets de recherche que nous avons menés jusqu’à présent dans ce cadre nous ont permis d’avancer dans la compréhension de la régulation de la circulation ombilicale humaine, chez les nouveau-nés ayant eu une croissance fœtale harmonieuse ou présentant un RCIU.
Le cordon ombilical est un échantillon biologique précieux pour nos recherches : c’est une mine d’informations, qui réserve plein de surprises.
Il n’est toutefois pas facile à étudier, car les vaisseaux sanguins qu’il contient réagissent un peu différemment des autres vaisseaux de l’organisme. D’ordinaire, ce sont les artères qui amènent le sang oxygéné du cœur aux organes, tandis que les veines ramènent le sang désoxygéné au cœur. Dans le cordon ombilical, comme dans la circulation pulmonaire, c’est l’inverse : la veine amène le sang oxygéné et riche en nutriments au bébé, tandis que les artères ramènent le sang désoxygéné, chargé en déchets du métabolisme, au placenta.
Pour mieux comprendre la régulation de la circulation ombilicale en conditions physiologiques et pathologiques, nous étudions la réactivité des veines et artères ombilicales grâce à un dispositif expérimental peu courant : les chambres à organes.
En étudiant la réponse des artères et veines ombilicales à différents agents pharmacologiques (vasoconstricteurs ou vasodilatateurs), nous avons pu montrer que la réactivité de ces vaisseaux variait en fonction du sexe du nouveau-né, mais aussi de la présence d’un RCIU.
Pour essayer d’expliquer nos résultats de réactivité vasculaire, nous étudions aussi la présence de plusieurs protéines impliquées dans la régulation du tonus vasculaire, ce qui nous a permis de constater que certaines sont aussi influencées par le sexe du nouveau-né ou la présence d’un RCIU.
Nous récoltons également le sang du cordon ombilical afin d’isoler les cellules progénitrices endothéliales, qui ont la capacité de former de nouveaux vaisseaux sanguins ou de réparer des vaisseaux endommagés. Ces cellules jouent un rôle très important dans la période périnatale, car le processus de formation des vaisseaux se poursuit après la naissance.
Le but ultime de ce projet est de trouver comment améliorer la circulation dans le cordon ombilical, et par conséquent l’apport en nutriments et en oxygène au fœtus et l’élimination des déchets, tout en maintenant un équilibre entre le flux sanguin dans la veine et dans les artères ombilicales, afin d’éviter de perturber l’hémodynamique fœtale. Nous espérons aussi pouvoir établir un lien entre les altérations que nous observons et certaines complications survenant en cours d’accouchement. Sans oublier de regarder l’influence du sexe du nouveau-né sur nos observations.
Évidemment, ce projet ne pourra être mené à bien qu’avec une étroite collaboration entre notre Laboratoire de recherche en néonatologie (Dre Anne-Christine Peyter, PhD, responsable du LRN ; Chloé Chapallaz, doctorante en sciences de la vie ; Dre Marie-Lotus Burger, doctorante en médecine ; Steeve Menétrey, technicien de laboratoire) et le Service d’obstétrique (Dre Joanna Sichitiu, MD, responsable de l’Unité des échographies ; Dre Valentine Barras, doctorante en médecine) du DFME, avec le soutien du Pr Jean-François Tolsa, chef du Département femme-mère-enfant, de la Pre Charlotte Tscherning, cheffe du Service de néonatologie, et du Pr David Baud, chef du Service d’obstétrique, et surtout avec la précieuse collaboration de l’équipe des sage-femmes des salles d’accouchement et des patientes, car sans cordons ombilicaux nous ne pourrons pas avancer !