La qualité, un casse-tête?

Mis au défi des patients «longs séjours», le Service des soins intensifs a remis en question ses pratiques et son organisation. Depuis deux ans, ses équipes ont travaillé sur différents fronts pour faire – et aller – mieux.

Pour le visiteur, le Service des soins intensifs impressionne toujours: inconscients ou en état de choc, les patients sont entourés de machines compliquées, les écrans digitaux ne cessent de clignoter et les bips d’alarmer. Le personnel médical et soignant est nombreux, sur le qui-vive, puisqu’ici on navigue toujours entre la vie et la mort. La majorité des patients proviennent du bloc opératoire et des urgences. Aussitôt stabilisés, ils seront orientés vers un service de soins intermédiaires ou continus pour la suite de leur prise en charge.

En général, un passage par les soins intensifs est de courte durée. Cependant, environ 9% des patients suivis aux soins intensifs du CHUV vont y séjourner plus de deux semaines: ils constituent
les patients dits «longs séjours». «Nous avons redoublé d’attention à leur égard car ces cas nous interrogent. Nous avons remis en question non seulement nos pratiques médicales et de soins,
mais aussi notre organisation», explique Philippe Eckert, le chef de service. Depuis un an et demi, un nouveau programme de prise en charge inclut des efforts qui portent sur des éléments cliniques
comme la nutrition ou la sédation, mais qui visent surtout à améliorer la continuité des soins.

Arianne Martinez, infirmière, a participé à la mise en place de ce projet: «Dès qu’un séjour atteint 14 jours, nous organisons des colloques pluridisciplinaires pour établir un bilan et adapter les objectifs de traitements. Il s’agit aussi d’essayer de dégager un consensus et de s’assurer que les objectifs sont compris par tous. La question de l’orientation des soins, nous nous la posons tous les jours ici! Il est important de ne pas tomber dans l’acharnement thérapeutique. Et malgré l’omniprésence de la technologie, nous essayons de toujours rester humains.»

Diminuer la sédation des patients, mais aussi le bruit

Pour améliorer les prises en charge, un groupe de travail s’est également penché sur les risques liés aux états confusionnels aigus (ou delirium), que les patients longtemps et profondément
sédatés ont tendance à présenter. Ce syndrome ayant pour conséquences un déclin fonctionnel et un risque accru de complications, il était important de réévaluer les protocoles en place.
Une «task force» a permis d’instaurer de nouvelles échelles pour mieux gérer et diminuer la sédation des patients. Eva Favre, infirmière clinicienne spécialisée, a beaucoup travaillé sur ces questions
et va d’ailleurs se lancer dans une thèse de doctorat en sciences infirmières: «Ces améliorations ne bénéficient pas qu’aux patients. C’est aussi un plus pour nous les soignants, car ces démarches
nous permettent de mieux comprendre et gérer l’agitation des patients. C’est formateur.»

Une autre mesure en faveur des patients qui a aussi bénéficié au personnel est le travail réalisé pour réduire le bruit. «Alors que les recommandations se situent à 40 décibels (dB), le niveau sonore relevé chez nous dépassait les 100 dB (ndlr: la norme pour les klaxons de voiture), détaille Bruno Mauricio, infirmier chef d’unité de soins. Le bruit est une source de stress, de fatigue, de mauvaise compréhension, de troubles de la concentration et donc d’erreurs. Nous avons changé une foule de petites choses, comme le fait de ne plus ouvrir de carton à l’intérieur du service, qui ont permis de réduire les nuisances liées au bruit.»

Répartir les changements dans le temps

Au niveau de l’environnement du patient, des efforts portent également sur la lumière, pour respecter le plus possible un rythme jour/nuit. «Nous cherchons à améliorer le sommeil de nos patients en respectant le rythme circadien, car les répercussions sur leur devenir peuvent s’avérer importantes», ajoute Philippe Eckert.

Les fronts où des possibilités d’amélioration existent sont multiples, c’est pourquoi le service est en train de mettre en place une nouvelle gouvernance de son programme qualité. «Nous avons plus de 90 protocoles différents, recevons chaque année entre 120 et 150 RECI et comptons de multiples groupes de travail. L’idée est d’avoir une vue d’ensemble des projets pour les coordonner, les prioriser et pour répartir les changements dans le temps», précise Philippe Eckert.

Mobiliser les équipes

Pour mobiliser et faire adhérer les équipes aux multiples projets du service, Anne Fishman, infirmière cheffe de service, met en avant une gestion participative. «Les équipes sont impliquées dès le début de la démarche et participent à son élaboration, à sa présentation ainsi qu’à sa diffusion. Ensuite nous formons toujours un groupe chargé du suivi. Pour ne pas générer une surcharge de travail, nous mobilisons des personnes qui nécessitent temporairement une activité hors des soins, comme par exemple une collaboratrice enceinte qui ne peut plus porter de charge ou manipuler certains médicaments. Cela a d’ailleurs eu pour effet de faire chuter le taux d’absentéisme du service», remarque-t-elle. Pour rester à l’écoute des besoins de ses troupes, la responsable accorde beaucoup d’importance aux entretiens annuels.

Autre mesure, une journée au vert a été organisée sur le thème du travail en équipe. Jennyfer Becquet, praticienne formatrice, espère que cela se répétera l’an prochain: «Mettre les gens en contact en dehors du stress quotidien a été extrêmement bénéfique. Cela soude, donne l’occasion à chacun d’exprimer et d’entendre les difficultés, et permet de faire adhérer l’équipe à la vision du service».

 

Texte rédigé par Rachel Perret, tiré du journal interne du CHUV

 Dernière mise à jour le 23/11/2018 à 18:29