Publié par Martinez Elena

Que signifie la notion de norme dans le contexte de l’éthique clinique et plus particulièrement dans l'évaluation de la capacité de discernement d’une personne ? C'est autour de ce questionnement fondateur que s'articule la série de séminaires « Hors-norme », organisée par le Pôle d'éthique clinique de l’Office du Médecin cantonal (OMC) de la Direction générale de la santé du Canton de Vaud en collaboration avec l'Institut des Humanités en Médecine (IHM), CHUV-UNIL. Cette série entend créer un espace de réflexion critique à l'intersection des pratiques cliniques et de la philosophie appliquée - un espace où les incertitudes peuvent être assumées et débattues.
Le séminaire du 21 mai 2026, consacré à la psychiatrie communautaire, est le premier volet d’une série de trois séminaires Hors-Norme sur les enjeux éthiques de la capacité de discernement.Il partira de plusieurs constats, notamment que la notion de norme en psychiatrie est un concept intrinsèquement ambivalent. Contrairement à d'autres disciplines médicales, où la norme se réfère à un écart mesurable par rapport à un état physiologique de référence, ce qui est considéré comme normal en psychiatrie dépend largement des processus de négociation sociale et des contextes culturels. La psychiatrie communautaire, en inscrivant le soin dans le milieu de vie ordinaire des personnes, se trouve au carrefour de ces tensions : elle confronte en permanence la norme clinique à la norme sociale.
Cette pluralité des normes et leurs différents cadres de référence complique singulièrement l'évaluation de la capacité de discernement. Les critères classiques — comprendre l'information, en apprécier les conséquences, raisonner et exprimer un choix stable — présupposent implicitement un sujet rationnel dont le fonctionnement cognitif et émotionnel correspond à un modèle dominant. Or, une personne vivant avec un trouble psychique sévère, souvent accompagné d’enjeux sociaux, peut s'écarter de ces critères d'une manière qui tient autant à sa singularité subjective qu'à une incapacité au sens strict. Le risque est alors de confondre la différence avec le déficit, l'étrangeté du désir avec l'absence de volonté, et de faire de cette évaluation un instrument de disqualification de la voix du patient plutôt qu'un outil de protection.
L'enjeu éthique se trouve ainsi dédoublé : sous-estimer les difficultés de discernement au nom de l'autonomie peut exposer des personnes vulnérables à des décisions qui leur nuisent ; à l'inverse, surestimer ces difficultés sur la seule base de critères normatifs reproduit des logiques d’exclusion. La psychiatrie communautaire oblige ainsi les soignants à un effort de réflexivité constant - évaluer sans réifier, protéger sans déposséder.
Afin de débattre de toutes ces questions, vous êtes toutes et tous les bienvenus pour ce premier séminaire :
Jeudi 21 mai 2026, 16h-17h30, Auditoire A, Hôpital des enfants du CHUV
Éthique Clinique | Série Hors-Norme No 1
Intervenants :
Dr PD-MER Stéphane Morandi, chef a.i. du Service de psychiatrie sociale et communautaire, DP CHUV
Prof. Bernard Schumacher, coordinateur de l’Institut interdisciplinaire d’éthique et droits de l’homme (IIEDH), Université de Fribourg
Modération :
Marie-Claude Grivat, adjointe du médecin cantonal, Office du médecin cantonal, Direction générale de la santé de l’État de Vaud
Dr Brenda Bogaert, responsable de recherche en éthique de la santé, IHM