Les insomnies et les cauchemars sont particulièrement fréquents chez les personnes migrantes. La prévalence des troubles du sommeil est estimée comme étant au moins deux fois supérieure dans cette population, par rapport à la population générale. Les traumatismes vécus, la précarité ou l’incertitude liées aux conditions de vie après la migration peuvent contribuer à leur apparition ou à leur persistance. Or, les personnes concernées n’accèdent que très difficilement aux traitements de référence, notamment en raison de barrières linguistiques, culturelles ou structurelles.
Le traitement de l’insomnie chronique est une nécessité de santé publique. Au-delà de la fatigue, les troubles du sommeil compromettent le fonctionnement quotidien et favorisent, à long terme, l’apparition de comorbidités (maladies cardiovasculaires, dépression…) générant des impacts sociaux et des coûts de santé significatifs.
C’est pour répondre à cet enjeu qu’a été lancé Re-Mind (helping Refugees to Manage Insomnia and Nightmare Disorders). Ce projet propose un parcours de santé allant du dépistage à la prise en charge des troubles du sommeil, avec des interventions efficaces, scientifiquement validées, et adaptées aux besoins et aux réalités des personnes migrantes.
Du personnel non-médical formé pour une prise en charge de l’insomnie culturellement adaptée
«L’innovation du projet Re-Mind consiste à former du personnel non-médical à des techniques thérapeutiques qui ont fait leurs preuves, comme la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie (TCC-I) qui est le traitement recommandé en première intention pour l’insomnie chronique et la maladie des cauchemars», explique le Dr Geoffroy Solelhac, médecin au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV et co-directeur du projet Re-Mind.
L’une des particularités de Re-Mind est en effet de ne pas reposer uniquement sur des spécialistes du sommeil dont le nombre limité rend souvent l’accès aux soins recommandés difficile. Ces derniers mois, des accompagnatrices et accompagnateurs psychosociaux ont été formés à une prise en charge de l’insomnie culturellement adaptée. Elles-mêmes issues d’un parcours migratoire, ces personnes pourront animer des ateliers en groupe, dans la langue des participant-es. «Cette approche permet d’intervenir au plus près des communautés concernées et de proposer une prise en charge courte et efficace dans leur langue, tout en s’appuyant sur un dispositif supervisé par des spécialistes», indique le Dr Solelhac.
Une réponse concrète, rapide et adaptée
Re-Mind est développé par le Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV et l’association Appartenances Vaud, en collaboration avec de nombreux acteurs dont Unisanté et l’association ActLab. Son budget global s’élève à 2,35 millions de francs, dont 1,5 million financé par Promotion Santé Suisse. Il est déployé de 2026 à 2029 dans les cantons de Vaud, de Genève et du Jura.
L’association Appartenances joue un rôle central dans le projet en raison de son expérience dans l’accompagnement psychothérapeutique des personnes migrantes ainsi que de son expertise de la santé mentale, de la migration et de l’approche transculturelle qui lui a permis de développer et proposer une version adaptée de la TCC-I depuis plusieurs années.
«Re-Mind permet d’identifier plus facilement un problème de sommeil chez les personnes migrantes pour leur proposer une réponse concrète et rapide. L’enjeu est de réduire les barrières d’accès à des traitements qui ont fait leurs preuves, en les adaptant à la langue, à la culture et aux réalités du parcours migratoire», explique Dre Felicia Dutray, médecin responsable de la Consultation psychothérapeutique pour Migrant-es d’Appartenances et co-directrice du projet Re-Mind.
Ateliers sommeil
L'association Appartenances forme et supervise les accompagnatrices et accompagnateurs psychosociaux ainsi que des professionnel-les en lien direct avec les personnes concernées et continue à proposer des accompagnements psychothérapeutiques pour les situations complexes. L’implémentation des ateliers sommeil dans le Canton de Vaud est portée par l’association ActLab et un dépistage systématique est effectué lors des consultations médicales d’Unisanté à l’attention des personnes migrantes.
Après une première phase consacrée à la préparation des outils, à la mise en place des partenariats et à la formation des intervenantes et intervenants, Re-Mind entre désormais dans sa phase opérationnelle.
La plateforme numérique accessible en 14 langues www.remindsleep.ch permet aux personnes issues du domaine de l’asile, dès 16 ans, de réaliser directement un dépistage de leurs troubles du sommeil. Selon les résultats, elles pourront ensuite s’inscrire à un atelier en groupe consacré au sommeil ou être orientées vers des professionnel-les de santé.
Bienfaits pour la santé physique et psychique
L’objectif final dépasse le sommeil lui-même : en agissant sur l’insomnie et les cauchemars, Re-Mind entend contribuer à améliorer la santé psychique et physique ainsi que la qualité de vie des personnes concernées.
À terme, le projet ambitionne d’intégrer durablement cette prise en charge dans les structures existantes. Son modèle repose sur des formations standardisées et reproductibles, des outils simples et transférables ainsi que sur l’intervention de personnes spécialement formées. Une approche qui pourrait, à l’avenir, être adaptée à d’autres populations rencontrant elles aussi des difficultés d’accès aux soins.
Re-Mind en chiffres
D’ici à fin 2029, Re-Mind prévoit :
• Une plateforme de dépistage en 14 langues : Français, Amharique, Anglais, Arabe, Espagnol, Kurde Badini, Kurde Kurmanji, Farsi/Dari, Pachto, Russe, Somali, Turc, Tigrigna, Ukrainien
• Le dépistage de 5000 personnes issues du domaine de l’asile
• 1000 accompagnements psychosociaux
• 250 psychothérapies
• Des outils d’auto-assistance mis à disposition de 1500 personnes
• 100 professionnel-les de santé et 200 travailleurs sociaux sensibilisés aux troubles du sommeil et à leur prise en charge
