Publié par Gertsch Sophie

Les messages de santé publique ont tendance à tirer à boulet rouge (à juste titre) sur notre consommation de sucre. Toutefois il semble qu’il soit un précieux allié lorsqu’il s’agit de se préparer à subir une opération chirurgicale. C’est ce que révèle une étude conduite dans le Service de chirurgie vasculaire du CHUV, par le Dr Alban Longchamp et plusieurs co-auteurs-trices, chirurgien-nes vasculaires. Celle-ci vient d’être publiée dans la prestigieuse revue Nature Communications.
Il est connu que la préparation d’un patient en vue d’une intervention chirurgicale est une des clés du bon déroulement de son opération et de sa récupération. L’importance du régime alimentaire et de la remise en forme physique et physiologique dans ce contexte, a notamment été mise en évidence dans le cadre des interventions du protocole ERAS, programme de récupération rapide après chirurgie, dont le CHUV a été l’un des pionniers notamment dans le domaine de la chirurgie viscérale.
Vide à combler
Toutefois, des études précliniques surtout sur les mécanismes du régime précis pouvant amener à ces bénéfices - et notamment le rôle des glucides - manquaient encore à l’appel.
Grâce à cette nouvelle étude, il est désormais démontré que l'apport de glucides liquides via une boisson « chargée » en sucre (pre-operative carbohydrate drink), entraîne de fait une perte d’appétit et donc une réduction de la consommation d'aliments solides (notamment de protéines), tout en doublant presque l'apport calorique total.
Sur le plan thérapeutique, le « carboloading », comme on le fait dans le domaine des sports d’endurance pour « charger » en sucre un organisme qui sera mis à l’épreuve, entraine la sécrétion d’une hormone nommée FGF21 (Fibroblast growth factor 21).
Celle-ci peut, du reste, être administrée sous forme de médicament avant la chirurgie, ce qui entraîne une protection de l’organisme dans deux modèles chirurgicaux : la greffe rénale et la greffe hépatique.
Par conséquent :
- Une semaine de boissons riche en hydrates de carbone entraine une diminution de l’apport alimentaire en protéine.
- Une semaine de boissons riche en hydrates de carbone réduit le stress chirurgical notamment dans le cadre de la greffe rénale.
- Les bénéfices peuvent être reproduits simplement par l’administration de l’hormone FGF21.
Une nouvelle voie de résilience au stress chirurgical
L’étude a donc permis de découvrir une nouvelle "voie de résilience au stress" via par l’hormone FGF21, qui est déclenchée par l’apport d’hydrates de carbone. Cette voie unifie les avantages observés à la fois dans la restriction alimentaire et dans l’administration pré-opératoire de glucides dans le cadre d’ERAS. Ces résultats significatifs ouvrent des perspectives thérapeutiques potentielles intéressante au vu notamment de l’augmentation du vieillissement de la population, et d’opération effectuée chez des personnes fragiles entre autres. Il conviendra bien-sûr de confirmer ces résultats et ces bénéfices dans des études cliniques.
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Encadré :
Dans le monde, 310 millions d'interventions chirurgicales majeures sont pratiquées chaque année, dont environ 40 à 50 millions aux États-Unis et 20 millions en Europe. Ces opérations présentent un taux de mortalité postopératoire de 1 à 4 %, un taux de morbidité postopératoire grave pouvant atteindre 15 % et un taux de réadmission dans les 30 jours de 5 à 15 %. En outre, plus de la moitié de ces interventions sont pratiquées sur des patients âgés de plus de 65 ans, une proportion qui devrait augmenter dans les années à venir, entraînant un risque accru de complications postopératoires majeures. Par conséquent, il existe un besoin urgent d'améliorer la résilience chirurgicale par de nouvelles approches telles que le carboloading
--> Pour découvrir l’étude complète et ses auteurs-trices : Short-term hypercaloric carbohydrate loading increases surgical stress resilience by inducing FGF21 | Nature Communications
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