Publié par Danko Janette

Si l’efficacité du dépistage du cancer du poumon par scanner à faible dose est aujourd’hui étayée par des données internationales solides, son déploiement dépend de la manière dont les critères d’éligibilité s’appliquent aux populations locales.
Sous la supervision du Dr Kevin John Selby, Médecin adjoint à Unisanté, le Dr Louis Gros, Chef de clinique adjoint auprès du Service d’oncologie médicale du CHUV a conduit cette étude afin de fournir la première évaluation détaillée de l’éligibilité au dépistage dans le canton de Vaud en appliquant les critères contemporains de l’USPSTF (Groupe de travail américain sur les services préventifs) à des données suisses.
En analysant trois sources de données indépendantes issues de la ville de Lausanne et du canton de Vaud, les auteurs montrent qu’environ une personne sur six dans la tranche d’âge cible remplirait les critères actuels. L’éligibilité apparaît ainsi loin d’être marginale et concerne une part substantielle de la population. Cela représente potentiellement des dizaines de milliers de personnes susceptibles de bénéficier d’un scanner à faible dose permettant de détecter un cancer du poumon à un stade précoce.
L’étude ne se limite pas à quantifier l’éligibilité mais vise également à en caractériser le profil. En effet, au-delà du tabagisme, l’analyse décrit également le profil clinique et socio-économique de la population concernée.
Dans les trois bases, les personnes répondant aux critères présentent systématiquement une charge plus élevée de comorbidités et une plus grande vulnérabilité socioéconomique. En effet, les chercheurs ont également constaté que nombre de ces personnes présentent souvent d’autres problèmes de santé comme des maladies cardiaques, le diabète ou la dépression. Certaines rencontrent aussi des difficultés sociales ou financières.
Ces résultats montrent que les personnes qui ont le plus besoin du dépistage sont souvent celles qui ont le plus de difficultés à accéder aux soins. Ainsi, le dépistage du cancer du poumon devient une véritable opportunité de santé publique. Bien conçu, il peut permettre d’atteindre des personnes vulnérables, de les aider à arrêter de fumer, à gérer leurs maladies chroniques et à améliorer durablement leur santé.
Ces données interviennent alors qu’un programme pilote de dépistage du cancer du poumon est actuellement en cours dans le canton de Vaud, sous la direction du Professeur Christophe von Garnier, chef du Service de pneumologie du CHUV et du Docteur Cédric Bongard, chef de clinique en pneumologie.
Les résultats de l’étude apportent ainsi une base populationnelle concrète pour orienter ce programme et concevoir un parcours de dépistage qui ne se limite pas à l’imagerie, mais s’inscrit dans une approche intégrée et centrée sur la personne, reliant détection précoce, sevrage tabagique, gestion des maladies chroniques et accès équitable aux soins.
Ce travail est le fruit d’une collaboration étroite entre pneumologie, oncologie, radiologie et Unisanté, reflétant la réalité du dépistage et de la détection précoce du cancer du poumon : un effort d’équipe multidisciplinaire, à l’image de la prise en charge coordonnée des patient·e·s.
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