Publié par Lavigne Elodie

Face à une catastrophe d’ampleur de même qu’à la suite d’un drame plus individuel, un soutien psychologique d’urgence peut être apporté aux victimes, à leurs proches, témoins, ainsi qu’aux professionnels. Après l’incendie de Crans-Montana, plusieurs dispositifs d’aide psychologique d’urgence se sont déployés sur le terrain et dans les hôpitaux qui ont accueilli les blessés et leurs proches. Les services de psychiatrie de liaison adulte et de pédopsychiatrie du CHUV ont été mobilisés dès les premières heures. Récit.
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Au petit matin du 1er janvier, le bip du Dr Laurent Michaud, médecin cadre au Service de psychiatrie de liaison (PLI) et responsable médical de la Cellule psychologique vaudoise (CPV), retentit. Un incendie gravissime, faisant potentiellement de nombreuses victimes, s’est déclaré quelques heures plus tôt dans un bar de Crans-Montana. L’issue du drame est aujourd’hui connue. Sur le moment, pompiers, secouristes, ambulanciers, policiers, soit toute la chaîne de premiers secours, se mobilise. Un soutien psychologique est nécessaire. La CPV, dispositif d’aide psychologique d’urgence, pilotée par le Service de la psychiatrie de liaison du CHUV, est prête à intervenir, en collaboration avec les autorités valaisannes. « Nous nous sommes mis au service de nos homologues valaisans. Nous étions là de façon subsidiaire, pour appuyer les ressources existantes », précise Yves Froté, infirmier clinicien spécialisé au PLI, chef adjoint de la CPV et coordinateur cantonal de l’aide psychologique d’urgence.
Sur place, à Crans-Montana, un soutien psychologique immédiat est donc apporté aux familles, aux proches, aux témoins ainsi qu’à celles et ceux qui ont porté secours. L’intervention dans les minutes ou les heures suivant la catastrophe et sur le lieu de l’impact sont les critères qui définissent l’aide d’urgence. La CPV – composée notamment de psychologues, psychiatres, infirmiers et infirmières en psychiatrie du CHUV ou installé-es en pratique privée - rejoint les autres cellules cantonales romandes également mobilisées.
La mise à disposition d’un soutien psychologique d’urgence ce 1er janvier repose sur une organisation complexe, dans laquelle de nombreux acteurs sont impliqués. Les dispositifs sont en effet multiples. En Suisse romande, chaque canton dispose d’une ou de plusieurs cellules psychologiques d’urgence. Les cellules cantonales romande -avec celles de Bern et du Tessin- sont réunies au sein du Réseau latin d’aide psychologique d’urgence (RELAPU). Né pendant le COVID, celui-ci est aujourd’hui l’organe de référence pour la collaboration intercantonale dans ce domaine, en particulier pour le Groupe Romand d’Intervention Médicale en cas de Catastrophe (GRIMCA). Cette mise en réseau des cellules cantonales permet la mutualisation des ressources (formations des intervenant-es, mise à disposition de matériel, harmonisation des pratiques) pour un déploiement immédiat en cas de catastrophe. Malgré cette complexité, le soutien nécessaire a pu être apporté, témoigne Yves Froté : « Dans ces moments-là, la force du groupe émerge des liens interpersonnels, de la collégialité, et d’un mode de prise de décision consensuel ».
Un accueil bienveillant et humain
Les interventions sur le terrain consistent en un accueil humain et bienveillant « pour laisser la place au vécu », selon les mots de Yves Froté. Les spécialistes en psychologie d’urgence veulent avant tout favoriser la sécurité physique et psychologique des personnes impactées et répondre à leurs besoins primaires. Pour cela, il existe plusieurs leviers d’action : stabiliser la personne, calmer ses réactions, mobiliser ses ressources, la reconnecter aux autres -les liens sociaux étant très bienfaisants en situation de stress intense. Par exemple, le ou la spécialiste peut inviter un proche, en attente de nouvelles, à rentrer à la maison et à s’entourer plutôt que de rester à l’hôpital ou sur les lieux du drame. Cela peut être fournir un téléphone à une personne afin qu’elle puisse donner des nouvelles à sa famille, lui donner des informations pratiques sur les démarches à effectuer lorsqu’on est victime d’une infraction pénale ou l’orienter dans le réseau de santé si elle a besoin de consulter. Ou simplement, mettre des mots sur l’impact que peut avoir un tel choc et donner des conseils pour l’après, poursuit Yves Froté : « Nous pouvons par exemple expliquer que le flot d’images envahissantes va progressivement diminuer jusqu’au retour au fonctionnement habituel, et suggérer de voir un ou une spécialiste si cela perdure ».
Un soutien psychologique essentiel à l’hôpital aussi
Au CHUV, et conformément à ce que prévoit le Dispositif INCA d’Accueil et de Soutien (DIAS), une cellule de soutien psychologique pour les familles se présentant au CHUV a été mise en place, sous la houlette d’Yves Dorogi, adjoint de direction des soins au Département de psychiatrie (DP), infirmier chef du Service de psychiatrie de liaison et de la CPV, avec le soutien d’Eliane Foucault, adjointe de direction, responsable développement organisationnel à la Direction des soins et responsable DIAS : « Dès les premières heures du drame, nous avons dû nous concerter au sein de la direction de la CPV pour répartir les forces afin de répondre aux besoins de Crans-Montana et du CHUV. ». Le Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SUPEA) a également mis à disposition du personnel spécialisé pour accueillir les survivants non blessés, les témoins et leurs proches.
Dans les premiers jours après l’événement, une étroite collaboration entre le Département de psychiatrie du CHUV et les psychologues et psychiatres installé-es a permis d’orienter de très nombreuses victimes et des proches vers une aide psychologique d’urgence, et de fournir aussi un appui direct à la Centrale téléphonique des médecins de garde (CTMG).
Quant aux professionnel-les impliqués -pompiers et ambulanciers vaudois et valaisans intervenus à Crans-Montana- ils et elles ont également reçu très rapidement du soutien psychologique. De même, les collaborateurs et les collaboratrices du CHUV ont pu bénéficier d’un soutien psychologique, selon un dispositif renforcé, avec des visites dans les services, un accueil avec ou sans rendez-vous, individuel ou en groupe. Ce soutien, proposé par le PLI en tout temps, se poursuit aujourd’hui selon les modalités habituelles. « Il ne faut pas hésiter à solliciter une aide si on en ressent le besoin », conclut Yves Froté.
*soutienpsy.pli@chuv.ch
Yves Froté, infirmier clinicien spécialisé au PLI et chef adjoint de la CPV et coordinateur cantonal de l’aide psychologique d’urgence :« Un événement catastrophique, bien que vécu collectivement, produit des vécus singuliers. Ce qui conduit souvent à des impressions de décalages avec les autres, parfois perturbants. L’important est alors de légitimer et respecter les rythmes de chacun et chacune. »
Yves Dorogi, adjoint de direction des soins au DP, infirmier chef du PLI et de la CPV : « La réactivité des professionnel-les pour apporter aide et soutien témoigne d’un mouvement de solidarité particulièrement fort. Face au drame, le soutien psychologique des collaborateurs et collaboratrices s’est imposé comme une évidence, favorisant une prise de conscience de sa nécessité, également durant les périodes moins mouvementées »
Laurent Michaud, médecin cadre au DP et responsable médical de la CPV :« La facilité de collaboration – au service des victimes - entre des partenaires publics et privés d’horizons très divers et de plusieurs cantons : une grande source d’inspiration pour les périodes "hors-crises" ».
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