Communiqué de presse
Lausanne, 9 mars 2022

Une étude confirme que le GHB circule en Suisse romande et détecte un cas de soumission chimique

Une étude menée sur l’année 2021 montre que le GHB circule en Suisse romande. Elle confirme que, très rarement, cette drogue peut être utilisée pour soumission chimique. Le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) a recherché de manière systématique la présence de GHB dans des échantillons prélevés en Suisse romande suite à des agressions sexuelles, black-out, suspicions de soumission chimique, agressions diverses et infractions routières. Sur 815 tests effectués en 2021, quatre ont présenté des traces de consommation de GHB, dont un cas de soumission chimique. La moitié des échantillons obtenus après agressions sexuelles ou black-out a toutefois été obtenus dans un délai qui ne permet ni d’exclure, ni de confirmer une intoxication au GHB.

Analyse de confirmation de la présence de GHB par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS)

Suite à une interpellation déposée en 2020 devant le Grand Conseil vaudois, le Conseil d’Etat avait indiqué que, dans le but de disposer de données épidémiologiques plus complètes, l’Unité de toxicologie et chimie forensiques (UTCF) du CURML allait désormais rechercher systématiquement le GHB à l’aide d’un test de dépistage à partir de l’année 2021.

Pour 2021, 60 échantillons ont ainsi été prélevés dans un contexte d’agression sexuelle, suspicion d’intoxication ou black-out, dont 13 demandes privées d’analyse ciblée sur le GHB émanant de victimes, alors que les autres analyses se font à la demande de médecins ou de magistrats. La consommation de GHB a été mise en évidence dans 1 cas (1,7%), permettant de conclure à une soumission chimique.

Délai problématique de prélèvement
Sur ces 60 échantillons, la moitié a été prélevée dans un délai dépassant 12 heures, soit une marge trop importante pour permettre de confirmer ou exclure une prise de GHB. Ce délai problématique, fréquemment observé en de telles circonstances dans les études à disposition, s’explique en partie par les effets de la substance consommée, qui empêchent la victime d’avoir une réaction appropriée en allant rapidement dans un centre hospitalier ou une antenne médicalisée.

Il n’est pas possible d’estimer le nombre de cas d’intoxication au GHB qui échappent à l’analyse en raison d’un prélèvement trop tardif. Alors que l’étude met en évidence le recours au GHB pour soumission chimique dans au moins un cas, elle montre également que le GHB ne figure pas parmi les substances illicites les plus consommées. Pour les cas d’agressions sexuelles, black-out et soumissions chimiques, la présence d’autres substances agissant sur le système nerveux central a été mis en évidence pour 55% des situations pour lesquelles une recherche large de substances a été effectuée.

Tests suite à une infraction routière
La majorité des tests fait suite à une infraction routière et visait à évaluer la capacité à conduire (633 échantillons sur 815). Les analyses ont détecté du GHB dans 3 cas (0,5%), faisant suite à une consommation festive. 122 échantillons ont été analysés suite à un comportement délictueux qui aurait pu être commis sous l’influence d’une substance. Aucun des prélèvements ne présentait des traces de consommation de GHB. Dans ces deux cas, la très grande majorité des prélèvements a eu lieu dans un délai de moins de 12 heures après l’événement, soit un délai suffisant pour mettre en évidence une consommation de GHB.

Test rapide peu onéreux
L’étude a également permis la validation de l’utilisation d’un test rapide de dépistage peu onéreux, qui, s'il se révèle positif, doit être confirmé par une analyse basée sur la spectométrie de masse pour confirmer la présence de GHB dans l’urine et/ou le sang à des concentrations anormalement élevées. Ce test rapide est dorénavant utilisé systématiquement par l’UTCF en premier recours.

Prise en charge au CHUV des cas avec suspicion de soumission chimique
Le Service des urgences du CHUV a mis en place un protocole spécifique de prise en charge pour les personnes qui craignent d’être victime de soumission chimique, portant de manière large sur plusieurs substances. En cas de suspicion, des recherches de toxiques, notamment de GHB, sont effectuées en prélevant du sang et des urines dans les plus brefs délais. Les échantillons sont transmis à l’UTCF pour conservation et analyse. Le Service des urgences pratique également dans tous les cas un examen général du-de la patient·e et coordonne sa prise en charge avec des spécialistes.

Les échantillons peuvent être prélevés dans un but médico-légal, avec un mandat d’analyse qui provient d’un magistrat. Si les prélèvements sont effectués dans le but d’étayer un diagnostic clinique, il est possible d’effectuer des analyses sans dépôt de plainte, à la demande du médecin en charge du patient. Finalement, l’analyse peut également être effectuée sur demande privée de la victime.

Depuis 2020, le Département de la santé et de l’action sociale a mis en place, pour les victimes d’agression sexuelle, un dispositif commun à cinq hôpitaux régionaux vaudois ainsi qu’au CHUV. Ces personnes sont prises en charge systématiquement par un binôme formé d’un-e gynécologue et d’un-e médecin légiste qui, outre les soins médicaux, établit le constat des lésions et rédige un rapport médico-légal. La victime n’est ainsi plus obligée de se déplacer à nouveau et de répéter le récit du trauma subi si, pour les cas qui ne sont pas poursuivis d’office, elle décide ultérieurement de déposer une plainte pénale.

Le CHUV en bref

Le CHUV est l’un des cinq centres hospitaliers universitaires suisses, aux côtés des hôpitaux de Genève, Berne, Bâle et Zurich. Il poursuit trois missions de base confiées par les pouvoirs publics: les soins, la formation et la recherche.

En 2021, grâce à ses 12'228 collaborateurs-trices, le CHUV a accueilli 51'205 patient-e-s hospitalisé-e-s pour plus de 500'374 journées d’hospitalisation. Il a traité 80’261 urgences, assuré 1'451'300 consultations ambulatoires et accueilli 3’177 naissances. Son budget annuel est de 1.832 milliard de francs.

Afin d’assurer la formation des médecins, le CHUV est étroitement lié à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne. Il collabore également avec les autres institutions universitaires lémaniques (EPFL, ISREC, Institut Ludwig, Université de Genève), les Hôpitaux universitaires de Genève, ainsi qu’avec d’autres hôpitaux, établissements de soins ou institutions, telles la Fédération des hôpitaux vaudois et la Société vaudoise de médecine.

Depuis 2019, le CHUV figure dans le classement des meilleurs hôpitaux du monde, selon le magazine Newsweek.