Islam

Pratique

"Les cinq piliers" sont au coeur de la foi musulmane et en constituent les aspects fondamentaux: l'attestation ou confession de foi, les 5 prières quotidiennes, le jeûne du Ramadan, l'aumône légale et le pèlerinage à La Mecque. (Voir "Pour en savoir plus")

Incidences en milieu hospitalier :

  • La prière suppose un lieu calme. Précédée des ablutions, elle se fait 5 fois par jour à des heures précises, tournée vers La Mecque (Sud-Est de la Suisse). Pour le patient immobilisé, les ablutions ainsi que la prière peuvent se faire dans le lit.

Naissance

Signification et rites: La vie est un don de Dieu. A la naissance, le père de l'enfant chuchote à l'oreille du nouveau-né l'appel à la prière. Une fête, réunit les parents et les amis. Le garçon est obligatoirement circoncis. Traditionnellement pratiquée vers l'âge de 7-8 ans, la circoncision tend aujourd'hui à être pratiquée dans la toute petite enfance et par un médecin musulman ou non.

Procréation médicalement assistée (PMA): La procréation est un des buts essentiels du mariage. Une assistance médicale pour la procréation est donc admise. Néanmoins, tout transfert de gamètes doit se faire entre deux personnes légalement unies. Les dons d’ovocytes ou de spermatozoïdes ne sont pas acceptés.

La contraception: Elle ne doit pas être envisagée comme une limitation des naissances, mais plutôt comme un espacement de celles-ci, permettant au couple de concevoir dans de bonnes conditions. Les méthodes de contraception empêchant la nidation de l'oeuf ne sont pas admises et sont considérées comme des avortements précoces.

L'interruption volontaire de grossesse (IVG): Elle ne peut être envisagée que lorsque la vie de la mère est en danger, et doit se pratiquer par un médecin . L’avortement dans le cadre d’un viol est traité au cas par cas. (Voir "Pour en savoir plus)

Attitudes face à la mort d'un nouveau-né: Il n'y a pas de rite particulier, ni toilette, ni prière rituelle. Dans la foi musulmane, l'enfant mort-né retourne à Dieu et rejoint le Paradis. Par contre, il ne doit pas être incinéré.

Incidences en milieu hospitalier :

  • La mère et la famille auront besoin de soutien. Une personne répondante pour la communauté musulmane ou un iman peut être sollicité pour réconforter la famille.

Alimentation

Habitudes et interdits: Les interdits sont stricts et concernent la viande de porc, la viande non-égorgée selon un rite particulier, (semblable à celui des juifs pratiquants), la viande d’animal blessé ou étouffé, ainsi que celle gorgée de sang. L'alcool est également proscrit.

Incidences en milieu hospitalier :

  • Discuter des menus avec le patient ; prendre éventuellement contact avec la diététicienne pour élaborer un régime adapté (poisson).
  • Jeûnes prescrits et/ou recommandés, dispenses
  • Les femmes enceintes, qui allaitent et les malades sont dispensés de jeûner, pendant le mois du Ramadan (Voir "Pour en savoir plus).

Corps et son intégrité

Respect de la pudeur et de l'intimité dans les soins: La pudeur est un élément important dans la tradition musulmane. Les zones du corps considérées intimes ne se limitent pas aux organes génitaux. En conséquence, les soins effectués par une personnes du même sexe sont préférables quoique non obligatoires.

Incidences en milieu hospitalier :

  • Lors des soins et des examens médicaux, dénuder le moins possible le/la patient-e et lui expliquer toute procédure de soins.
  • Transfusion sanguine et greffe d'organes: L'Islam s'appuie sur la parole du calife Omar: "Ce qui ne nuit à personne et qui peut être utile à autrui, pourquoi l'interdire?" et ne met aucune restriction à la transfusion sanguine ou à la greffe. De manière générale, deux principes sont opposés dans le cas des greffes: la valeur sacrée du corps (même après la mort) et le concept de nécessité qui fait tomber l'interdit.

Souffrance

Sens de la souffrance: Elle constitue une épreuve de Dieu, mais pas une punition. Malade, le croyant musulman doit se soigner et faire appel à un médecin, tout en se remettant à Dieu pour sa guérison. La souffrance tout comme la douleur ne sont pas sublimées, et doivent être combattues.

Paroles d'encouragement (tirées des Ecritures ou autre), attitudes et gestes attendus.

Permettre au patient l'accès à des paroles du Coran. La visite des malades est un devoir pour les proches et fortement recommandée pour chaque membre de la communauté musulmane.

Accompagnement des mourants

Rite de préparation à la mort avec un responsable religieux: La mort fait partie intégrante de l'existence et peut survenir à tout moment. Selon le Coran: " nous sommes à Dieu et c'est auprès de Lui que nous retournons ". A la demande du mourant, un musulman, (pas nécessairement un imam), viendra l'accompagner.

Textes à réciter auprès d'un mourant: Les proches ou les visiteurs encouragent le mourant à réciter la confession de foi en arabe "Il n'y a de Dieu que Dieu, et Mohamed est son Envoyé". Si le patient ne peut la formuler, un proche le fera à sa place.

Euthanasie et suicide: S'ôter volontairement la vie est proscrit, conformément au Coran 4/29: "Ne vous tuez pas vous-mêmes". La prière rituelle est tout de même prononcée pour la personne qui s'est donnée la mort.

Incidences en milieu hospitalier :

  • Faire appel aux personnes répondantes pour la communauté musulmane.

Face à la mort

Les musulmans ont pour tradition d'enterrer leurs croyants à même la terre, le plus rapidement possible après le décès et sans utiliser de cercueil ; le corps est enveloppé dans un drap blanc composé de plusieurs pièces de tissu. Selon la foi musulmane, l'incinération est interdite, afin de préserver le corps pour la résurrection.

Autopsie: Elle est autorisée pour des raisons médico-légales, sanitaires, ou si la cause du décès n'a pas pu être établie. C'est en effet un interdit qui touche les convictions des musulmans concernant la résurrection de toutes les parties du corps. (Voir "Pour en savoir plus).

Incidences en milieu hospitalier :

  • En cas d'absence de la famille, faire appel aux personnes répondantes de la communauté musulmane.
  • Des hommes s'occuperont du corps du défunt et des femmes de celui de la défunte.
  • Afin de respecter l'intégrité du corps, le pathologue ou le légiste ne doit retirer que les organes qui ont besoin d'être examinés. Ceux-ci doivent être réintégrés au corps avant l'ensevelissement, ce dernier devant être enterré en entier. Si une partie des organes doit être préservée pour des examens plus approfondis, on veillera à ne conserver que le strict nécessaire.

Au-Delà

Survie: résurrection/réincarnation : Pour le prophète de l'Islam, "la tombe est la première étape de l'autre monde". Les morts attendent la résurrection qui rassemblera, au moment voulu par Dieu, tout le monde pour le jour du jugement. Le verdict condamne les uns aux châtiments de l'enfer et les autres aux délices du paradis.

Notion de jugement: Le Coran reconnaît trois demeures dans l'au-delà: le paradis, l'enfer et un espace intermédiaire et provisoire entre les deux.

La tradition est riche en images pour décrire les signes avant-coureurs de la résurrection, le déroulement du jugement, les souffrances de l'enfer ou les joies sensuelles du paradis pour exprimer la proximité de Dieu. La crainte du jugement dernier, où chacun, homme et femme, sera rétribué selon ce qu'il a fait ici-bas, est compensée par la confiance dans la miséricorde divine

Pour en savoir plus

Pratiques religieuses
L'attestation de foi : dans les situations de sa vie, le croyant répète sa foi : "il n'y a pas de divinité sinon Dieu; Mohamed est l'envoyé de Dieu". Selon la foi musulmane, Mohamed est le dernier messager de Dieu, appelant les humains à se soumettre à Dieu (Islam signifie soumission). En arabe, Dieu est appelé Allah.

Les 5 prières quotidiennes : normalement précédées par les ablutions, elles sont pratiquées en direction de La Mecque, au sud-est qui est le 1er lieu saint de l'Islam. Elles rythment la journée du croyant et constituent des rappels qui lui permettent de s'extraire un instant du tumulte de l'existence pour un temps de recueillement.

  • Le jeûne du Ramadan (au 9ème mois lunaire de l'année musulmane) : il s'agit de s'abstenir de toute nourriture, boisson et relation sexuelle de l'aube au crépuscule.
  • L'aumône légale (de l'ordre de 2,5% de la fortune) : obligatoire, elle a valeur de purification et vise à une meilleure justice sociale.
  • Le pèlerinage à La Mecque : dans la mesure du possible, il est effectué au moins une fois dans la vie du croyant pour la fête al-Adha, durant le mois de Dhu al-Hijjah (12ème mois lunaire).
  • Fêtes : (Aïd signifie fête en arabe)
  • Aïd al-Fitr: fête qui marque la rupture du jeûne, au terme du Ramadan.
  • Aïd al-Adha: fête commémorant le sacrifice d'Abraham, dans le temps de pèlerinage à La Mecque, soit au 10e jour du 12e mois lunaire.

Parmi les autres fêtes, on peut mentionner:

  • Ashura : commémorant le martyre de Hussein, petit-fils de Mohammed, fête chère aux chi'ites; chez les sunnites, c'est une fête de jeûne et de générosité.
  • Mawlid : fête populaire au Maghreb, célébrant la naissance du prophète de l'Islam en 570.

Autour de la naissance : procréations assistées, contraception et IVG: selon la loi islamique (sharia), le fœtus doit avoir ses deux parents connus, pour l'inscrire dans une filiation sociale et juridique.

La peur du dénuement et d'autres raisons d'ordre matériel ne doivent pas pousser un couple à pratiquer une contraception régulière. La foi musulmane rappelle que Dieu pourvoit aux besoins de tous (Coran 6,151).

Concernant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), plusieurs versets du Coran décrivent les étapes successives de la création menant de l'œuf à l'être formé dans lequel est insufflée l'âme (Coran 22/5; 23/12-14). Trois étapes sont mises en évidence, al Nutfa, al Alaka et al Moghda, correspondant à des étapes de développement dans l'utérus. Au terme de ces transformations, l'âme est insufflée. Pour la majorité des juristes musulmans, chaque étape dure 40 jours, (l'être formé recevant son âme au terme de 120 jours), la plupart d'entre eux autorisent l'avortement pour des raisons médicales avant ce terme. D'autres ne l'autorisent que si la vie de la mère est en danger.

Tous refusent l'avortement au-delà de cette période de quatre mois quelle qu'en soit la raison (malformations, maladies métaboliques, etc.) [cf. " Contemporary topics in Islamic Medecine ", Dr M A. Albar, Saudi Publishing and Distributing House, Jeddah, 1995].

Prescriptions alimentaires: jeûnes prescrits et/ou recommandés
Pendant le mois du Ramadan- qui revient chaque année à des moments différents en fonction du calendrier lunaire - le jeûne strict est prescrit à tous les pratiquants en bonne santé, dès l'âge de leur puberté : il s'agit de s'abstenir de toute nourriture, de toute boisson et de toute relation sexuelle de l'aube au crépuscule.

Il peut être accompli après un temps d'hospitalisation, ou transformé en une aumône envers un nécessiteux (l'équivalent d'un repas normal par jour de jeûne).

L'accompagnement des mourants
On demanda au Prophète de l'Islam quel est l'humain le plus intelligent ; il répondit :"Celui qui médite sur la mort et qui s'y prépare ( en faisant oeuvres bonnes). Sois intelligent et efficace en agissant pour la vie après la mort. Sois prêt à rencontrer Dieu. Ce que vous avez reçu (des biens de ce monde) est une jouissance (temporaire) en la vie présente. Ce qui est auprès de Dieu est meilleur et plus durable pour ceux qui croient et placent leur confiance en leur Seigneur" (Coran 42/36).

Face à la mort: rite funéraire
Chez les musulmans, le corps du défunt doit être purifié sans délai afin de permettre un prompt ensevelissement. La toilette rituelle est une obligation religieuse, et seul un musulman peut s'en charger. Une fois encore, des hommes s'occuperont du corps du défunt et des femmes de celui de la défunte.

Autopsie
Le Coran n'interdit pas l'autopsie, mais insiste pour que le plus grand respect soit porté à la dépouille mortelle: "pas de changement en la création de Dieu, voilà la religion correcte" (Coran 30/30); ainsi, la mutilation d'un cadavre est considérée comme si elle survenait sur une personne vivante.

Dans la perspective de la conviction en la résurrection du corps entier, les organes prélevés devront être réintégrés dans le corps avant de rendre le corps à la famille pour la toilette rituelle et l'ensevelissement. Réf complémentaires dans :(Ghanem, Isam, "Permission for Performing an Autopsy: The Pitfalls under Islamic Law". Medicine, Science and Law, Vol. 28, No 3, p.241m.).

© Les Aumôneries de l'Hôpital cantonal de Genève et celle du CHUV en collaboration avec les éditions AGORA (anciennement Enbiro), Lausanne, PLATEFORME INTERRELIGIEUSE, Genève.
La rédaction de ce document est issue d'un dialogue ouvert entre les initiateurs du projet et un (quelques) adepte(s), représentant(s) reconnu(s) de la tradition religieuse décrite.
Reproduction et diffusion autorisée moyennant mention exhaustive de la source et de la date.

 Dernière mise à jour le 07/10/2019 à 18:45