Projets en cours

1. Cohorte clinique: Lausanne-Geneva Family and High Risk Study of Mood and Substance Use Disorders

Les troubles de l’humeur ainsi que ceux liés à l’utilisation de substances psycho-actives représentent des problèmes majeurs de santé publique. Compte tenu des graves conséquences des troubles de l'humeur, particulièrement en présence de comorbidité, ainsi que les problèmes sévères engendrés par la dépendance aux substances psycho-actives, il est nécessaire d'identifier les facteurs de risques prémorbides de ces troubles ainsi que leurs manifestations précoces qui commencent dans l’enfance et l’adolescence.

Au cours des trente dernières années de nombreuses études familiales ont mis en évidence une agrégation familiale des troubles psychiatriques concernant aussi bien les troubles de l’humeur que les troubles liés à l’utilisation des substances. Fortes de ce constat, les études dites «high risk» s’intéressent aux descendants biologiques de patients souffrant de ces troubles. Ce design expérimental comporte l’énorme avantage de permettre des suivis prospectifs d’enfants présentant un risque élevé de développer les maladies dont souffre leur(s) parent(s) et de pouvoir décrire l’évolution naturelle précoce de ces troubles.

L’étude familiale Lausanne-Genève a pour but d’examiner :

  • la spécificité de l'agrégation familiale du trouble bipolaire, de la dépression majeure récurrente, ainsi que des troubles liés à l'utilisation d'alcool et de drogues;
  • l'impact d'un trouble comorbide (particulièrement la dépendance à l'alcool ou aux drogues) sur la transmission familiale des troubles de l'humeur et vice versa;
  • le mécanisme de l'association entre les troubles de l'humeur et la dépendance à l'alcool ou aux drogues en évaluant les patterns de co-agrégation de ces troubles dans ces familles;
  • un éventail de facteurs de risque et de facteurs protecteurs potentiels pour les troubles de l'humeur et les troubles liés à l'utilisation de substances psycho-actives.

Les patients psychiatriques en consultations ambulatoires ou hospitalisés, présentant des troubles de l’humeur (bipolaires ou unipolaires) ou des troubles liés à l’utilisation des substances psycho-actives, et ayant au moins un enfant entre 6 et 17.9 ans, ont été recrutés entre 1996 et 2004 dans les départements de Psychiatrie du CHUV et des HUG. Les sujets contrôles ont été recrutés au sein des départements d’orthopédie des deux mêmes hôpitaux. Lors du recrutement, il était proposé aux participants d’inclure dans l’étude leurs membres de famille de premier degré. La sous-étude prospective «high risk» de cette étude familiale de grande envergure regroupe ainsi les probands, leurs enfants ainsi que les co-parents biologiques des enfants en question. Cette sous-étude s’intéresse spécifiquement au risque de psychopathologie chez les enfants des patients.

Au total, 207 probands (81 et 64 présentant des troubles bipolaires ou unipolaires respectivement, et 62 contrôles) et 566 membres de famille (201 conjoints et 365 enfants âgés de 6 à 17.9 ans au moment du recrutement) constituent l’étude familiale Lausanne-Genève. Ces participants sont interviewés tous les trois ans par des psychologues à l’aide d'un entretien diagnostique validé pour déterminer la présence de troubles psychiatriques. Ils ont également répondu à des questions sur les traits de personnalité, les événements de vie, et le fonctionnement professionnel et familial.

L’étude familiale Lausanne-Genève présente l’énorme avantage de posséder, en parallèle aux évaluations des patients et des enfants, également l’évaluation des co-parents. Cela est extrêmement rare dans le domaine, et permet de prendre en considération non seulement l’effet de la pathologie des parents-patients sur la psychopathologie de leurs enfants, mais également l’effet des troubles psychiatriques des co-parents.
   

NCCR Synapsy – Endophénotypes des troubles de l’humeur

L’étude de cohorte clinique a récemment été élargie pour étudies les endophénotypes des troubles de l’humeur. Le Pôle de Recherche National (PNR) Synapsy réunissant la psychiatrie et la neurobiologie, créé en 2010 et financé par le Fonds National Suisse de la recherche scientifique, cherche à mieux comprendre la genèse des troubles psychiques et cognitifs, afin d’améliorer leur diagnostic et leur traitement. Les projets de recherche de Synapsy se déploient autour de deux axes. Le premier se tourne vers les facteurs biologiques qui influencent le développement, de la conception aux premières années de vie, afin d’identifier les gènes qui pourraient augmenter la vulnérabilité aux maladies mentales. Le second explore les facteurs environnementaux, liés au parcours de vie, susceptibles de laisser des traces dans le cerveau. Le projet «Troubles de l’humeur» de l’axe 2 a pour objectif d'identifier les phénotypes cliniques et fonctionnels spécifiques qui serviront de base pour explorer les mécanismes neurobiologiques sous-jacents de la psychopathologie.

Le concept d’ «endophénotype» est une approche prometteuse pour surmonter les difficultés actuelles de la définition de phénotypes valides pour les troubles mentaux. Ce concept est basé sur l'hypothèse que les gènes impliqués dans les variations des endophénotypes (composants mesurables invisible à l'œil nu entre la maladie et le génotype distale), sont moins nombreux que ceux impliqués dans les troubles mentaux. En outre, certains endophénotypes potentiels des troubles de l'humeur, y compris les caractéristiques cliniques, tels que l'anhédonie et l'anxiété, les performances cognitives, les paramètres de stress ainsi que les caractéristiques neurophysiologiques et neurobiologiques peuvent être étudiés chez les humains et les animaux.

Ainsi, les buts spécifiques de ce projet sont :

  • de tester la validité des endophénotypes psychopathologiques, neuropsychologiques et biologiques des troubles de l’humeur;
  • de déterminer la contribution des déterminants génétiques dans les endophénotypes précédemment validés.

L’étude familiale Lausanne-Genève (incluant 200 nouveaux patients) présente un intérêt particulier de part le suivi régulier et exhaustif des participants, offrant une opportunité unique de valider les endophénotypes. L’inclusion de patients présentant des troubles bipolaires ou unipolaires ainsi que d’autres troubles permet de tester la spécificité d’endophénotypes particuliers pour ces troubles. La participation des membres de famille de premier degré ainsi que des contrôles permet de tester l’agrégation familiale (l’endophénotype est plus fréquent parmi les membres de famille des probands présentant un trouble de l’humeur que parmi les membres de famille des probands contrôles) et la co-ségrégation (l’endophénotype est plus fréquent parmi les membres de famille présentent un trouble de l’humeur que parmi les membres de famille contrôles des probands affectés) des endophénotypes. De plus, la comparaison de la prévalence des endophénotypes entre les membres de famille de premier degré des probands présentant un trouble de l’humeur et ceux des probands contrôles offre une information supplémentaire sur la spécificité des endophénotypes.
   

Publications récentes de l’étude clinique

  • Vandeleur C.L., Strippoli M-P.F., Castelao E., Gholam-Rezaee M, Ferrero F, et al. The Lausanne-Geneva cohort study of offspring of parents with mood disorders: methodology, findings, current sample characteristics, and perspectives. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology 2017; 52:1041-1058.
  • Vandeleur C.L., Merikangas K.R., Strippoli M-P.F., Castelao E., Preisig M. Specificity of psychosis, mania and major depression in a contemporary family study. Molecular Psychiatry 2014; 19: 209-213.
  • Vandeleur C.L., Rothen S., Gholam-Rezaee M., Castelao E., Vidal S., et al. Mental disorders in offspring of parents with bipolar and major depressive disorders. Bipolar Disorders 2012; 14: 641-653.
  • Vidal S., Vandeleur C.L., Rothen S., Gholam-Rezaee M., Castelao E., et al. Risk of mental disorders in children of parents with alcohol or heroin dependence: A controlled high risk study. European Addiction Research 2012; 18:253-264.
       

2. Cohorte de la population générale: Colaus|PsyColaus

Les maladies cardiovasculaires et les troubles psychiatriques sont fréquents dans la population générale. De nombreuses études épidémiologiques suggèrent que ces deux types de pathologies se manifestent souvent ensemble. Plusieurs études ont mis en évidence que les patients atteints de maladie coronarienne souffrent souvent de symptômes dépressifs et qu'à l'inverse, la présence de symptômes dépressifs peut augmenter le risque cardiovasculaire. Un autre mécanisme d’association potentiel serait que l’expression de troubles psychiatriques et cardiovasculaires est attribuable à une cause en commun. Peu d'études qui essaient de répondre à ces questions ont combiné jusque-là l'examen physique objectif et mesuré avec une évaluation psychologique basée sur des entretiens d'investigation précis en présence de psychologues formés et expérimentés.

L’étude Colaus|PsyCoLaus a pour but des répondre aux questions suivantes :

  • Quelle est la fréquence des troubles psychiatriques dans un échantillon aléatoire de la population de Lausanne?
  • Quelle est la fréquence et quels sont les déterminants génétiques, métaboliques et environnementaux des facteurs de risque et des maladies cardiovasculaires?
  • Quelle est l’association entre troubles psychiatriques et maladies cardiovasculaires dans cette population?

Les participants de la cohorte, d'un total de 6'733 personnes âgées initialement de 35 à 75 ans, ont bénéficié d'un premier examen de santé entre 2003 et 2006 comprenant un entretien sur les habitudes de vie, un examen physique et une prise de sang. Entre 2004 et 2008 3'727 personnes âgées de 35 à 65 ans ont été interviewés par des psychologues à l’aide d'un entretien diagnostique validé pour déterminer la présence de troubles psychiatriques. Ils ont également répondu à des questions sur la migraine, leur tempérament et les facteurs de stress. Les 2 suivis Colaus|PsyColaus se sont déroulés entre 2009 et 2017. Au total, 5120 personnes ont accepté de participer au moins une fois à l’investigation psychologique.

Ce projet, entièrement financé par le Fonds National Suisse de la recherche scientifique, a été renouvelé afin de continuer les investigations lors d’un nouveau suivi (2018-2020).

Le fait que les participants de CoLaus|PsyCoLaus aient eu des investigations approfondies aussi bien pour les maladies cardiovasculaires, leurs facteurs de risque et les troubles psychiatriques rend cette étude unique au monde et aide à mieux comprendre les liens existants entre ces deux types de pathologies.
   

Projet terminé

Linked2Safety – A Next-Generation, Secure Linked Data Medical Information Space For Semantically-Interconnecting Electronic Health Records and Clinical Trials Systems Advancing Patients Safety In Clinical Research

Linked2Safety est un projet FP7 financé par la commission européenne. Son ambition est de faire progresser la recherche médicale en offrant aux professionnels de la santé un outil innovant et efficace leur permettant d’avoir accès à des ressources médicales homogènes et anonymes.

Ce projet a pour objectif de créer une plateforme sécurisée, évolutive et extensible pour des données médicales issues de toute l’Europe. Ces informations agrégées et anonymisées seront mises à profit dans la recherche clinique pour soutenir des prises de décisions, exécuter efficacement des essais cliniques, permettre aux professionnels de la santé et aux collaborateurs de recherche de soumettre facilement leur requête et d’avoir accès à des données médicales homogènes de haute qualité. Cela permettra l'analyse, pendant un essai clinique, de toutes les données disponibles tels que la génétique, les facteurs environnementaux, l’anamnèse aboutissant à l'identification de facteurs associés à des effets indésirables spécifiques d’un médicament et donc la détection précoce de questions de sécurité pour le patient. La sélection de sujets pour les essais cliniques sera aussi rendue possible, offrant une meilleure collaboration entre sites pour des études cliniques.

Le projet Linked2Safety s’assure de la conformité avec les législations européenne et nationales, en ce qui concerne la publication, l'accès et la réutilisation des données médicales des patients. L'utilisation de la plateforme Linked2Safety sera démontrée par la mise en œuvre de « showcases » (démonstrations liées à des problématiques spécifiques). Grâce à ces projets pilotes, un guide d’utilisation sera créé décrivant la méthodologie Linked2Safety.

Le CEPP participe aux projets pilotes nécessaires à la validation du projet européen Linked2Safety. 

Quelques publications importantes de l’étude CoLaus/PsyCoLaus

  • Lasserre AM, Strippoli MPF, Glaus J, Gholam-Rezaee M, Vandeleur CL, et al., Prospective associations of depression subtypes with cardio-metabolic risk factors in the general population. Molecular Psychiatry 2017; 22:1026-1034.
  • Glaus J., Vandeleur C.L., Gholam-Rezaee M., Castelao E., Perrin M., et al., Atypical depression and alcohol misuse are related to the cardiovascular risk in the general population. Acta Psychiatrica Scandinavica 2013; 128: 282-293.
  • Preisig M., Waeber G., Vollenweider P., Bovet P., Rothen S., et al., The PsyCoLaus study: methodology and characteristics of the sample of a population-based survey on psychiatric disorders and their association with genetic and cardiovascular risk factors. BMC Psychiatry 2009; 9: 9.
  • Firmann M., Mayor V., Marques-Vidal P., Bochud M., Pécoud A., et al., The CoLaus study: a population-based study to investigate the epidemiology and genetic determinants of cardiovascular risk factors and metabolic syndrome. BMC Cardiovascular Disorders 2008; 8:6 [121 p.].   

Une liste complète des publications de cette étude est disponible au lien suivant :
Publications de l’étude Colaus|PsyColaus

 Dernière mise à jour le 12/11/2019 à 10:24